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Federico II

Contexte historique
Pour comprendre la présence de la dynastie des Hohenstaufen en Italie méridionale, en particulier celle de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric II, il faut remonter à la chute de l’Empire carolingien en 887, puis à la mort de l’empereur d’Occident Bérenger Ier de Frioul en 924, qui provoqua la vacance du trône de l’Empire d’Occident, héritier de l’Empire romain. Cependant, l’hégémonie territoriale née en 800 de la vision de l’empereur Charlemagne, ainsi que la dignité de faire couronner l’empereur par le pape, continuaient à hanter les esprits et à exalter les ambitions.

Ce fut Otton Ier, roi de Germanie et peut-être lointain descendant par les femmes de Charlemagne, qui décida de reprendre le sceptre impérial. Il s’était couvert de gloire aux yeux de ses compatriotes en écrasant en 955 les envahisseurs hongrois et en intervenant en Italie en faveur du pape Jean XII contre les projets expansionnistes de Bérenger II, petit-fils de Bérenger Ier. Reconnaissant, le pape le désigna comme le successeur de Charlemagne qui, lui, avait protégé la papauté contre les Lombards, et le couronna le 2 février 962 empereur du Saint-Empire romain germanique.

Le titre impérial n’apportait pas à Otton Ier une simple satisfaction d’amour-propre, mais la base d’une politique déterminée de mainmise sur l’ensemble de l’Italie. Dans cet esprit, son fils Otton II épousa Théophano Skleraina, la nièce de l’empereur byzantin Jean Ier Tzimiskès qui dominait l’Italie méridionale. Malheureusement, ce mariage ne fut pas suffisant pour donner à Otton II des droits dans le sud et, soutenu par les princes de Capoue et de Bénévent, il tenta la conquête militaire des Pouilles et de la Calabre. L’expédition fut un échec, les troupes impériales furent battues le 13 juillet 982 par les Sarrasins, alliés des Byzantins, à la bataille du cap Colonne et l’empereur dut se replier sur Rome.

Otton_II_et_Théophano - Author: Clio20

A sa mort, en 983, l’Empire revint à son fils, le futur Otton III, âgé de trois ans. Malgré les intrigues de la cour contre l’enfant, sa mère et sa grand-mère réussirent à lui conserver son trône jusqu’à sa majorité. En 996, le jeune Otton se rendit en Italie pour se faire couronner, mais aussi pour répondre à l’appel à l’aide du pape Jean XV, mis en péril par le puissant patricien romain Jean Crescentius. Le pape mourut alors que le jeune prince se trouvait à Pavie et Otton y reçut une délégation romaine qui lui demanda de nommer lui-même le nouveau pontife. Il choisit son cousin, Bruno de Carinthie, qui fut couronné le 3 mai 996 sous le nom de Grégoire V. Dix-huit jours plus tard, le 21 mai, Otton fut couronné empereur du Saint-Empire par le pape qu’il avait nommé.

Les circonstances particulières de la nomination du pape imposé à la Curie romaine, ajoutées au fait que Grégoire V était le premier pape d’origine étrangère, provoquèrent une période de troubles de la part de l’aristocratie romaine, menée par Crescentius, qui déposa le pape par la violence et, avec le soutien actif de l’empereur d’Orient Basile II, mit sur le trône de Saint-Pierre Giovanni di Gallina Alba sous le nom de Jean XVI. Otton III revint en Italie en 997 avec son armée, emprisonna l’anti-pape et replaça Grégoire V sur le trône pontifical. Par ailleurs, il décida d’asseoir le pouvoir impérial en Italie en faisant de Rome le siège de son empire. L’idée était de créer dans le Saint-Empire une union de pays organisés de manière identique, non soumis les uns aux autres, et ayant Rome pour capitale spirituelle et politique afin que la chrétienté latine retrouve son unité sous la double impulsion du pape et de l’empereur.

Malheureusement, la mort d’Otton III en janvier 1002 interrompit cette idée impériale. Ses successeurs, les empereurs Henri II et Conrad II favorisèrent l’aristocratie au détriment de l’Eglise et permirent ainsi la naissance des fiefs seigneuriaux et des mouvements communaux. Les tensions entre les deux pouvoirs aboutirent au concordat de Worms de 1122 qui accorda au pape l’investiture spirituelle et à l’empereur la seule investiture temporelle. Le rêve d’Otton III de créer un empire qui rassemblerait toute la chrétienté, sans soumission vassalique, s’effondrait.

Quand, en 1125, mourut le dernier empereur de la dynastie des Saliens (Henri V), deux dynasties se disputèrent le trône et la faveur des princes-électeurs. Les Welf, menés par le duc de Saxe Lothaire de Supplinbourg, soutenaient une ligne politique d’autonomie en faveur des privilèges nobiliaires et présentaient l’Eglise comme un gage d’opposition et d’indépendance face au Saint-Empire. La dynastie des Hohenstaufen, menés par le duc de Souabe Frédéric II et son frère Conrad de Hohenstaufen, en revanche, s’opposaient au pouvoir des pontifes en affirmant la suprématie de l’institution impériale. Dans un premier temps, les princes-électeurs choisirent le parti des Welf en élisant Lothaire, mais à sa mort en 1137, ils préférèrent le champion des Hohenstaufen, Conrad, moins puissant que l’héritier de Lothaire, Henri X le Superbe.

Frédéric Barberousse - Copyright free

Conrad désigna de son vivant son héritier qui fut confirmé, à sa mort en 1152, par les princes-électeurs. Il s’agissait du duc Frédéric III de Souabe, choisi au détriment du jeune fils de Conrad, car il appartenait à la famille Welf par sa mère et aux Hohenstaufen par son père. Le nouvel empereur, plus connu sous le nom de Frédéric Ier Barberousse, se rendit à Rome en 1154. Les conditions de son couronnement avaient été discutées préalablement à Constance et l’empereur s’était engagé à soumettre la commune de Rome et à la restituer à l’autorité papale, à ne signer aucune paix avec les Romains et les Normands sans l’accord du pape, à rétablir et à renforcer le pouvoir spirituel du pape sur l’Eglise romaine et à circonvenir toute velléité byzantine en Italie.

L’entente entre le pape et l’empereur fut de courte durée, au point qu’en 1177, Barberousse fut excommunié. Le pape ne put alors empêcher l’empereur de s’allier aux Normands de Sicile et de marier son fils et héritier, le futur Henri VI, à la nièce du roi de Sicile, Constance de Hauteville, dont personne ne savait qu’elle se retrouverait seule héritière du royaume et que son fils, le futur Frédéric II, serait ainsi roi de Sicile et empereur du Saint-Empire romain germanique.

Carte de Frédéric II - Author unknown

Frédéric II du Saint-Empire
Frédéric de Hohenstaufen naquit en 1194 à Jesi, à côté d’Ancône. En 1196, son père le fit élire roi des Romains (première marche pour accéder au trône impérial) afin d’assurer la continuité dynastique des Hohenstaufen. Mais à la mort prématurée d’Henri VI le 28 septembre 1197, sa mère ne revendiqua pas les droits de l’enfant. Par contre, elle confia à la tutelle du pape Innocent III son royaume et son fils, dans le cas où il lui arriverait malheur. Elle mourut un peu plus d’une année après son mari, le 27 novembre 1198, et Frédéric se retrouva orphelin à quatre ans. Innocent III assura la régence du royaume de Sicile jusqu’à la majorité et le couronnement de Frédéric en 1208.

En mars 1198, les princes-électeurs choisirent le fils de Frédéric Barberousse, Philippe de Souabe, pour remplacer Henri VI sur le trône du Saint-Empire et le couronnèrent roi des Romains. Mécontent, Innocent III organisa sa propre « diète » et fit élire Otton de Brunswick en juin 1198. Il n’osa cependant pas le couronner empereur et le trône du Saint-Empire resta vacant jusqu’à l’assassinat de Philippe de Souabe en juin 1208. Réélu à Francfort le 11 novembre 1208 par les princes-électeurs, Otton de Brunswick put alors recevoir la couronne impériale du pape le 4 octobre 1209.

Pour obtenir le soutien pontifical, Otton IV avait promis au pape le renoncement à toute idée de suzeraineté sur les Etats pontificaux, la reconnaissance de la souveraineté pontificale sur la Sicile et le renoncement à des interventions impériales dans les élections épiscopales en Germanie, mais sitôt son pouvoir affermi, l’empereur renia ses engagements. Innocent III l’excommunia en 1210 et soutint la candidature de son pupille sur le trône du royaume de Rome. Frédéric fut élu à Nuremberg en 1211 et couronné le 9 décembre 1212 à Mayence avec les copies des insignes royaux, dont les originaux étaient encore détenus par Otton IV. Ce dernier, battu le 27 juillet 1214 à la bataille de Bouvines qui opposa le roi d’Angleterre Jean sans Terre au roi Philippe II de France, dut rendre les insignes et Frédéric fut à nouveau sacré roi des Romains, avec les vrais insignes royaux, à Aix-la-Chapelle en juillet 1215. Finalement, le successeur d’Innocent III, le pape Honorius III le couronna empereur du Saint-Empire en 1220.

En réunissant sur une seule tête ses deux héritages (l’Empire et la Sicile), Frédéric II devenait l’un des hommes les plus puissants du monde occidental du XIIIe siècle. Ayant été éduqué en Sicile, il se sentait plus italien qu’allemand et il connaissait bien le potentiel du royaume de Sicile, avec son agriculture florissante, ses grandes villes, ses ports bien protégés et surtout son extraordinaire position stratégique au centre de la Méditerranée. Tout en gardant le pouvoir suprême, il décida de laisser le gouvernement en Germanie à son fils Henri et de se consacrer à l’Italie.

Federico_II - Author: Raffaele Esposito

Pendant les premières années de son règne, Frédéric II se consacra à renforcer les institutions de son royaume. Il réaffirma le pouvoir royal face aux droits féodaux et il réintroduisit le droit romain, en particulier le code de Justinien. En 1224, il créa l’université de Naples pour ses sujets qui désiraient entrer comme fonctionnaires à son service et il modernisa l’école de médecine de Salerne. Mais sa volonté de centraliser l’administration du royaume et de réduire le pouvoir des seigneurs féodaux locaux, notamment en ordonnant la destruction des fortifications qui pouvaient représenter une menace pour le gouvernement central, rencontra une forte résistance de la part des barons et Frédéric II passa plusieurs années à tenter de s’imposer militairement dans les territoires du centre de l’Italie.

Dans un premier temps, ses relations avec le pape se passèrent bien, car Frédéric II respecta la plupart de ses engagements. En 1220, il émit la Confoederatio cum principibus ecclesiasticis, dans lequel il renonçait à un certain nombre de privilèges impériaux en faveur des princes ecclésiastiques. En contrepartie, les évêques soutinrent la candidature de son fils Henri sur le trône de Rome, afin de le faire reconnaître comme son successeur.

Mais l’empereur ne tenait pas une promesse faite à Innocent III en 1215 et sur laquelle insistait son successeur, le pape Honorius III: la sixième croisade. Pour le convaincre, le pape lui proposa d’épouser la fille de Jean de Brienne, régent au nom de sa fille Isabelle du royaume de Jérusalem. Frédéric était veuf depuis 1222 de sa première femme, Constance d’Aragon, et ce nouveau mariage présentait de nombreux avantages: de Brienne espérait qu’un grand nombre de chevaliers du Saint-Empire viendrait l’aider à reconquérir les territoires du royaume perdus depuis la conquête du Sultan Saladin; le pape espérait qu’il aiderait à convaincre Frédéric II de se croiser; et Frédéric y voyait l’occasion d’agrandir ses états, de s’implanter en Orient et de donner à son empire une dimension méditerranéenne.

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Le mariage avec Isabelle II de Jérusalem fut célébré le 9 novembre 1225 dans les Pouilles et Frédéric II déposa dès le lendemain Jean de Brienne de la régence du royaume. Scandalisé par cette manoeuvre que les négociations du mariage n’avaient pas laissé présager, ce dernier quitta définitivement le royaume de Jérusalem. Frédéric II, cependant, ne partit pas en Terre Sainte, trop occupé à combattre la résistance des communes lombardes rassemblées en ligue contre son pouvoir. Finalement, en 1226, Honorius III ordonna à Frédéric II de se croiser sous peine d’excommunication. L’empereur résista et, le 28 septembre 1227, le nouveau pape, Grégoire IX, l’excommunia.

Frédéric II était donc banni de la Terre Sainte et, à cause de son caractère particulier, j’aurais envie de dire: donc il y alla! En effet, malgré l’interdiction du pape, il partit de Brindisi le 28 juin 1228 en direction de Saint-Jean-d’Acre. Mais à la place de prendre les armes, il résolut le conflit par la diplomatie. Le 17 mars 1229, il fit son entrée dans Jérusalem et se fit couronner le lendemain. En mai, il repartait vers l’Italie.

En apparence, la sixième croisade fut un succès. Jérusalem était de nouveau chrétienne et Frédéric II avait montré que l’Occident pouvait se maintenir en Terre Sainte par des moyens autres que militaires. Mais en repartant si rapidement, il laissait un grand nombre de problèmes non résolus. Les fortifications de Jérusalem n’avaient pas été rebâties et la ville se trouvait à la merci du premier émir venu. Par ailleurs, le royaume n’avait plus de roi résident. Officiellement, le trône était partagé entre l’empereur et son deuxième fils, Conrad, né d’Isabelle, mais ni l’un, ni l’autre ne s’installa en Terre Sainte. Peu après le départ de Frédéric II, la guerre civile éclata entre les barons et dura jusqu’en 1243. L’absence d’un roi et le refus de se doter d’une régence forte empêcheront l’existence d’un pouvoir central capable d’arbitrer les litiges et, à la disparition du dernier descendant de Frédéric II et d’Isabelle en 1268, les Mamelouks reprirent peu à peu toutes les places fortes du royaume. Le royaume de Jérusalem disparut le 28 mai 1291 avec la chute de Saint-Jean-d’Acre.

Pendant son absence, Grégoire IX avait tenté d’envahir le royaume de Sicile et certaines villes s’étaient soumises aux forces pontificales. A son retour de Terre Sainte, Frédéric II les reprit, mais jugea bon de se réconcilier avec le pape. Le 23 juillet 1230, il promit de restituer les biens volés aux monastères et aux églises et de reconnaître la vassalité de la Sicile envers le pape, et le 28 août, Grégoire IX retira son excommunication.

Dans les mois qui suivirent, Frédéric II travailla, en compagnie de l’archevêque de Capoue, Giacomo Amalfitano, et de son chancelier Pietro della Vigna, à l’élaboration du Liber Augustalis, plus connu sous le nom de Constitutions de Melfi. Ce code de lois du royaume de Sicile, fondé sur le droit romain et normand, fut instauré le 1er septembre 1231 et servit de base aux lois du royaume de Sicile pendant les six siècles suivants. Il contenait 253 articles, divisés en trois livres, le premier traitant du droit public, le second des procédures judiciaires et le troisième du droit féodal, privé et pénal. Il concernait non seulement le royaume de Sicile, mais aussi tous les peuples soumis à l’empereur: les Lombards, les Byzantins, les Sarrasins, les Germains et les Juifs. Le pouvoir royal y était renforcé, au détriment des droits des vassaux, et il soulignait le rôle sacré de l’empereur dont le pouvoir venait directement de Dieu.

Liber Augustalis - Author unknown

Le code interdisait le port d’armes sans permission et instituait une armée permanente de Sarrasins, afin d’éviter à l’empereur de devoir s’appuyer sur ses versatiles barons. La vente des fiefs était interdite et tous les vassaux, clergé compris, étaient soumis aux diverses taxes royales. Les membres du clergé étaient d’autant plus affectés qu’ils était également soumis aux tribunaux de droit commun, privés de jugements sur les hérétiques, interdits d’aquérir des terres et contraints de vendre leurs héritages. Les villes, ainsi que les grands diocèses, étaient désormais soumis non seulement à l’empereur, mais également à ses ministres. Sur l’exemple de l’Italie du Nord, les villes devenaient des communes, avec défense d’élire des magistrats, et ne pouvaient plus appliquer la justice pénale qui dépendait uniquement du roi et de ses ministres. Par ailleurs, elles étaient taxées sur la soie, le fer et le grain, et les privilèges précédemment accordés à Pise et à Gênes étaient annulés. Par contre, les droits de douane à l’intérieur du royaume étaient abolis. Finalement, tous les citoyens étaient égaux devant la loi, réduisant ainsi considérablement le pouvoir de la noblesse. Les historiens actuels considèrent que le Liber donna naissance au premier état administratif centralisé moderne.

Les années qui suivirent furent difficiles pour Frédéric II. En 1234, son fils Henri le trahit en Germanie et l’empereur le remplaça par son deuxième fils Conrad. Certaines villes continuaient à se révolter contre son pouvoir et les antagonismes du siècle précédent entre les familles Welf et Hohenstaufen avaient été transférés en Italie avec la création des partis Guelfes et Gibelins. En novembre 1237, finalement, l’empereur défit les armées de la Ligue Lombarde à Cortenuova, mais il ne put jamais vaincre la résistance des communes. Venise et Gênes s’unirent aux villes de Lombardie et le conflit entre les villes partisanes de l’empereur et celles opposées ne fit qu’empirer.

Le pire restait à venir. En 1238, Frédéric II maria son fils illégitime Enzo à Adelasia di Torres, héritière des judicats de Logudoro et de Gallura en Sardaigne, et le nomma roi de Sardaigne. C’en fut trop pour Grégoire IX, à qui Adelasia avait promis son territoire, et il excommunia Frédéric II pendant la semaine sainte 1239. La décision devait être confirmée par un concile en 1241 dont Frédéric II tenta d’empêcher la tenue en bloquant les voies terrestres et en capturant les prélats qui arrivaient par mer. Il se présenta devant les portes de Rome le 21 août 1241, mais le lendemain Grégoire IX mourut. Diplomatiquement, l’empereur, toujours excommunié, se retira en Sicile arguant qu’il avait combattu Grégoire IX, mais pas l’Eglise.

Le pape suivant, Célestin IV, ne régna que dix-sept jours avant de mourir. La vacance suivante du Saint-Siège dura jusqu’en juin 1243 lorsque Innocent IV fut élu. Le nouveau pape venait d’une famille noble soutenant le parti impérial et Frédéric II essaya de trouver un accord avec lui. Mais, pendant l’été 1243, la ville de Viterbe, gibeline, se révolta contre l’empereur. Frédéric ne pouvait se permettre de perdre son principal bastion près de Rome et assiégea la ville. Selon les historiens, ce fut la décision qui scella la fin de son empire. La rupture avec le pape fut consommée et, malgré certaines négociations, ne put jamais être réparée. En juin 1245, Innocent IV réunit un concile à Lyon pendant lequel il déposa l’empereur et accorda le statut de croisés à ceux qui le combattraient. Il montrait ansi qu’il était le maître du pouvoir temporel aussi bien que spirituel puisqu’il pouvait priver un souverain de son pouvoir politique. Il somma les princes-électeurs d’élire un nouveau roi des Romains, ce qui engendra en Allemagne une « guerre civile » entre les partisans du fils de Frédéric, le roi Conrad, et ceux de l’anti-roi, aussi violente que celle qui sévissait en Italie entre les Guelfes et les Gibelins.

Le pape avait gagné: il avait divisé pour mieux régner.

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Frédéric II mourut le 17 décembre 1250 à Fiorentino di Puglia (l’actuelle Torremaggiore) dans les Pouilles et fut inhumé dans la cathédrale de Palerme. Il fut pour certains la Stupor Mundi et pour d’autres l’Antéchrist. Quelle que soit notre position, il demeure l’empereur qui chercha le plus à rétablir l’empire en Italie, mais qui en fut empêché par les papes et les barons.

Il aima le royaume de Sicile au détriment de ses possessions allemandes et toute sa politique impériale visa à étendre le royaume de Sicile en Italie plutôt que d’agrandir la Germanie vers le sud. Il embellit Naples et Capoue, bâtit de nombreuses villes, construisit des châteaux, et cultiva les beaux-arts. Il fut un politicien hors du pair, mais aussi un polyglotte qui parlait neuf langues et un humaniste dont la curiosité intellectuelle l’amena à s’intéresser à la poésie, aux mathématiques, à l’astrologie et aux sciences naturelles. Au cours de son voyage en Orient, il sut s’intéresser à la culture arabe et reconnaître sa grandeur et son raffinement et il accueillit à sa cour de nombreux scientifiques et intellectuels chrétiens, arabes et juifs.

Même le poète Dante Alighieri ne sut pas vraiment que penser de Frédéric II. Il le cita cinq fois dans La Divine Comédie: trois fois dans L’Enfer, une fois dans Le Purgatoire et une fois dans Le Paradis.

Les descendants de Frédéric, son fils légitime Conrad, le fils de ce dernier Conradin et son fils illégitime Manfred n’accédèrent pas à l’Empire. Le royaume de Sicile leur fut également enlevé par le pape qui y installa Charles d’Anjou. Ce fut la fin de la Maison des Hohenstaufen de Souabe qui laissa la place aux Habsbourg et à l’essor des cités italiennes.

Frederic II - Copyright free

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