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Dès l’époque de l’empereur romain Constantin Ier, les reliques des saints acquirent des fonctions spécifiques dans la vie sociale et politique. Certaines de ces fonctions établissaient un rapport étroit entre les saints, présents et vivants dans leurs reliques, et l’intérêt collectif, le bien-être général de la communauté, dont la préservation incombait au détenteur de l’autorité publique. Ces croyances expliquent pourquoi les empereurs, les rois, les princes ont toujours ambitionné de participer à l’organisation du culte des reliques.

L’association entre reliques et prospérité d’une communauté resta vivante tout au long du Moyen Age et la découverte de reliques ou leur obtention grâce à une translation était toujours un événement heureux qui présageait aux habitants la sécurité et la prospérité. Inversement, leur départ les privait de protecteur surnaturel et provoquait des calamités naturelles. A partir du VIIIe siècle s’établit, en outre, un rapport entre relique et paix, l’acquisition de reliques signifiant l’avènement de la paix, ainsi que l’augmentation de la puissance pour le royaume bénéficiaire, et leur départ causant la guerre, la perte et la diminution du pouvoir dans le pays d’où on les les avait enlevées.

Et, en cas d’absence d’une autorité royale efficace, l’Eglise intervenait alors dans la mise en ordre de la société en utilisant les reliques pour confirmer les traités de paix en conformité avec la loi divine. En effet, grâce au recours aux reliques, la paix qui régnait dans le royaume céleste devait se réaliser dans le royaume terrestre.

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Dans la hiérarchie des reliques, celles du Christ, témoignages matériels de son passage sur terre, étaient les plus estimées et recherchées et elles furent morcelées pour les répandre et diffuser leur culte dans l’ensemble du monde chrétien. Certaines, comme la croix, la lance ou la couronne d’épines, furent plus faciles à morceler que le calice ou les clous par exemple, et elles furent plus largement copiées. On a recensé ainsi plus de sept cents épines, dont les experts estiment que seul un dixième appartient à la vraie couronne.

Après la mort du Christ, les reliques de la Passion furent conservées par des familles chrétiennes à Jérusalem. Au VIIe siècle, elles furent transférées à Constantinople pour les protéger des invasions perses et arabes et furent placées dans la chapelle impériale. Lorsque les Croisés s’emparèrent de Constantinople en 1204 et créèrent l’Empire latin de Constantinople, les reliques furent mises en gage en 1238 auprès des banquiers vénitiens pour financer la reconstruction de la ville.

Lorsque le roi Louis IX de France entendit que les reliques risquaient de finir entre les mains d’étrangers, il se porta acquéreur de la couronne d’épines et obtint l’accord des Vénitiens, à condition qu’elle passât par Venise. Il envoya deux dominicains à Constantinople pour garantir l’authenticité de la relique et organiser son transfert à Venise où elle fut exposée dans la basilique Saint-Marc. Elle fut ensuite transportée en France, accompagnée d’un sauf-conduit de l’empereur Frédéric II, la plus haute garantie juridique de la Chrétienté de l’époque. Pour elle, et pour les autres reliques de la Passion qu’il acheta en 1241, Louis IX fit construire la Sainte-Chapelle sur l’île de la Cité à Paris.

A cette époque, la couronne n’était déjà plus complète. Les empereurs byzantins avaient offert plusieurs de ses épines comme cadeaux diplomatiques. Les rois de France en offrirent d’autres. En tout, on recense soixante-dix épines, de même nature et venant de la couronne du Christ, dispersées à travers l’Europe.

La ville d’Andria, dans les Pouilles, en possède une, offerte en 1308 par la comtesse Béatrice, fille du roi de Naples Charles II d’Anjou, à la cathédrale de la ville. Cette épine est considérée comme l’une des plus sacrées, car elle accomplit un miracle chaque fois que le Vendredi saint coïncide avec le 25 mars, le jour de l’Annonciation: les traces de sang visibles sur la superficie, de diverses grandeurs, rougissent et deviennent vives. Parfois, comme en 2005, des bourgeons de sang apparaissent. Seule une autre épine provenant de la couronne rivalise avec celle d’Andria, l’épine conservée dans l’église paroissiale de San Giovanni Bianco, dans la province de Bergame, mais ses miracles ne sont ni aussi réguliers, ni aussi apparents.

Le premier miracle enregistré dans les archives date de 1633. Le miracle le plus impressionnant se passa en 1842, lorsque dix-sept gouttes de sang apparurent sur l’épine. Le miracle de 2005 fut observé par une commission d’experts laïques et religieux convoqués par l’évêque pour témoigner de l’authenticité du changement. Le miracle de 2016 fut suivi par un très grand nombre de fidèles, car la prochaine fois q’un Vendredi saint tombera le 25 mars sera en 2157.

En écrivant cet article, j’ai dû lire beaucoup de littérature sur la valeur des reliques à travers les siècles. Voici, à mon avis, le plus beau texte sur la couronne d’épine, écrit vers 1200 par Nicolas Mésaritès:

« La première à s’offrir à la vénération, c’est la Couronne d’épines, encore verdoyante et demeurée intacte car, ayant touché la tête du Christ Souverain, elle a eu part à l’incorruptibilité… Elle n’est pas rude d’aspect, ni blessante ou pénible au contact… et, si l’on obtient de la toucher, elle n’est que souplesse et douceur. Ses efflorescences ne ressemblent pas à celles des haies clôturant les vignes qui, comme les voleurs le font par leur rapines, tirent à elles le bord de la tunique et sa frange, ou parfois même écorchent et blessent la cheville du promeneur qu’elle accrochent et ensanglantent de leurs piquants féroces : non, certes, nullement, mais elles sont comme les fleurs de l’arbre à encens, qui ont à leur naissance l’aspect de pousses minuscules, comme les chatons de l’osier, comme des bourgeons qui paraissent. »

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