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Umberto Giordano

Sur la place Giordano à Foggia, le temps s’est figé dans le mouvement d’amour qui précède la mort. Andrea Chénier tient par la main Madeleine, ils sont vêtus d’une simple chemise au col dégagé, prêts pour le couperet trapézoïdal, mais sous le soleil des Pouilles, la « veuve » n’ose montrer son éclat mortel; Stephana, déjà touchée à la poitrine par la balle du garde, gît dans les bras de son amoureux Vassili, elle mourra dans une minute, mais à Foggia, cette minute-là s’est arrêtée à jamais; quant à Fedora, le poison qu’elle vient de boire n’a pas encore atteint son coeur, elle regarde une dernière fois Loris, une dernière fois qui s’éternise depuis plus de cinquante ans sur la petite place.

Ces personnages figés dans les derniers instants de leur impossible amour sont des statues qui entourent la statue de leur créateur, le compositeur Umberto Giordano, sur une des plus jolies places de la ville.

Piazza-Giordano - Author: chicercatrova

Né en 1867 à Foggia et connu internationalement pour ses opéras lyriques, Giordano est l’un des natifs les plus célébrés de la ville qui lui dédia, en 1928, son grand théâtre. Son père, chimiste, voulait qu’il suive la même voie, mais le jeune Umberto préféra s’inscrire au conservatoire de la ville. Il rata les examens d’entrée et partit au conservatoire de Naples où il suivit les cours de Paolo Serrao. En 1889, il écrivit son premier opéra, Marina, pour un concours académique, mais ce fut la Cavalleria rusticana de Pietro Mascagni, présentée la même année, qui remporta le premier prix.

Son deuxième opéra, Mala Vita, plaça immédiatement Giordano parmi les véristes les plus représentatifs de son époque. Son livret ne décrivait pas une grande fresque historique comme ceux, par exemple, de Giuseppe Verdi et ses personnages, plutôt que des héros à panache, étaient des petites gens qui touchaient un public toujours plus large. L’opéra n’eut cependant pas le succès escompté, car l’héroïne était une prostituée napolitaine et il fut jugé trop osé et scandaleux.

Le compositeur essaya alors une approche plus romantique dans Regina Diaz, mais ce fut un fiasco, et il retourna au vérisme avec Andrea Chénier, considéré comme son chef-d’oeuvre. Joué pour la première fois le 28 mars 1896 à La Scala de Milan, il fut immédiatement repris à l’Académie de Musique de New York. L’année suivante, il était donné à Hamburg sous la direction de Gustav Mahler et, en 1903, le Camden Theater de Londres le reprenait, en anglais cette fois.

Ce succès fut suivi par Fedora, l’opéra qui révéla Enrico Caruso dans le rôle de Loris Ipanov. Le livret venait de la pièce de théâtre du français Victorien Sardou écrite spécialement pour Sarah Bernhardt. Le dramaturge avait d’abord refusé de vendre les droits à Giordano et ce n’est qu’après le triomphe d’Andrea Chénier qu’il accepta. L’opéra connut un immense succès à sa sortie le 17 novembre 1898 à La Scala et fut repris par Mahler à l’opéra de Vienne, puis à Paris et finalement à New York au Metropolitan.

Giordano connut d’autres succès avec Siberia et Marcella, mais ses dernières oeuvres manquaient du souffle qui avait caractérisé Andrea Chénier et Fedora. Il se fit remarquer en 1915 avec un opéra-comique, Madame Sans-Gêne, puis en 1924 avec La cena delle beffe et, en 1929, avec Il Re.

Giordano mourut en 1948 à Milan, mais nous ne savons pas les détails des dernières années de sa vie. Andrea Chénier, Fedora et Siberia sont encore joués dans le monde et Giordano est resté connu comme un des compositeurs qui contribuèrent à rendre l’opéra, jusqu’alors aristocratique, populaire. Alors qu’auparavant le petit peuple était représenté dans les livrets pour amuser un public distingué, les véristes comme Giordano en firent le personnage principal, capable de susciter chez les spectateurs de condition plus modeste un écho immédiat.

Umberto Giordono - Author unknown

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