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« Un château du désert de style cistercien », voici comment je décrirais cette étrange construction située sur une éminence rocheuse près de la petite ville d’Andria, dans les Pouilles. En effet, ce château présente certaines caractéristiques architecturales des bâtiments construits par les princes omeyyades. Agencées autour d’une cour centrale à huit pans, huit salles trapézoïdales identiques forment un octogone parfait, dont chaque angle est lui-même remplacé par une tour octogonale. Cet agencement rappelle beaucoup celui du Dôme du Rocher à Jérusalem datant du VIIe siècle. En outre, Castel del Monte présente une verticalité et une linéarité typiques du style cistercien. On retrouve dans ses lignes épurées et la simplicité de ses éléments architecturaux les recommandations de Bernard de Clairveaux sur l’idéal d’austérité.

La construction de Castel del Monte remonte au XIII, vers l’an 1240. Par l’intermédiaire de Constance de Sicile qui avait épousé le fils de Frédéric Ier Barberousse, la région des Pouilles était passée aux mains de la famille des Hohenstaufen de Souabe. A son arrivée au pouvoir en 1220, l’empereur Frédéric II se consacra la réorganisation de l’économie rurale et renforça la fortification des villes. Il construisit plusieurs châteaux, dont celui de Trani et Castel del Monte.

On ne sait pas exactement la date du début de la construction du château et on pense qu’il n’était pas entièrement fini à la mort de Frédéric II en 1250. Mais on sait qu’en 1246, il accueillit le mariage de la fille naturelle de l’empereur, Violante di Svevia, avec le conte de Caserte Riccardo Sanseverino. L’entrée principale, construite en brèche corallienne, reproduit un arc de triomphe classique encadrant un arc brisé. Les murs sont construits avec d’énormes blocs de pierre calcaire incrustée de quartz brillant et étaient recouverts, à l’intérieur, de marbres blanc et rose. Il y a deux niveaux, avec chacun huit pièces identiques. Les salles trapézoïdales de l’étage inférieur ont des voûtes ogivales profondément nervurées qui reposent sur des colonnes engagées. Celles de l’étage supérieur leur correspondent parfaitement en plan, mais ont été plus soigneusement décorées: leurs voûtes reposent sur des chapiteaux à télamons qui coiffent des triples colonnes de marbre grec; le sommet de la voûte est décoré d’un chapiteau unique. Chacune de ces salles présente un banc en marbre à la base des colonnes et une corniche décorative. Le deuxième niveau est également plus lumineux avec une fenêtre à deux arcs sur chaque mur extérieur et, dans trois des salles, une porte donnant sur une gallerie en bois, aujourd’hui disparue, qui faisait le tour de la cour centrale. Au centre de cette dernière se trouvait un bassin octogonal taillé dans un bloc unique de marbre.

L’utilisation de Castel del Monte est entourée de mystères. Il est dépourvu de la plupart des traits qui caractérisent la très grande majorité des édifices militaires de cette période. Les escaliers en colimaçon dans les tours, par exemple, sont en sens inverse de ceux des forteresses défensives habituelles et forceraient les occupants à se défendre de la main gauche. L’absence d’écuries et d’autres bâtiments annexes, en outre, exclut également son utilisation comme résidence de chasse.

Par contre, le nombre important d’allusions astronomiques, géométriques et mathématiques laisse à penser qu’il servait peut-être de lieu de recueillement ou d’études. Par exemple, la cour centrale, enserrée dans ses hauts murs, évoque l’idée d’un puits, ce qui dans la symbolique médiévale représente la connaissance. L’entrée principale est dirigée exactement vers le lever du soleil lors des equinoxes. En certains points, l’ombre au lever et au coucher du soleil a la forme d’un rectangle aux proportions divines telles que les avait calculées Leonardo Fibonacci. La forme même du château est symbolique: l’octogone est la figure géométrique intermédiaire entre le carré, symbole de la terre, et le cercle, symbole de l’infinité du ciel, et il marque le passage de l’un à l’autre. De plus, vu à une certaine distance, le château ressemble à une couronne, et en particulier, à celle – octogonale – qu’avait reçue Frédéric II lors de son couronnement dans la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle qui est, elle-même, de forme… octogonale. L’empereur était un homme très cultivé, féru d’arts et de sciences et avide de connaissances, et on dit qu’il aurait lui-même dessiné les plans du château.

La mort de Frédéric II affaiblit le contrôle des Hohenstaufen dans la région et, avec l’arrivée des Angevins à la tête du royaume, le château fut délaissé. Utilisé comme place forte, puis comme caserne durant le XIXe siècle, il perdit peu à peu sa magnifique décoration du fait des pillages, du vandalisme et de l’abandon. En 1876, il fut acquis par l’Etat italien et fut restauré en 1928. En 1936, il fut déclaré monument national et depuis 1996, il fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO.

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