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Le numéro 145 de la via Tasso à Rome est resté tristement célèbre dans la mémoire des Romains pour avoir été le centre de commande des services de renseignements (Sicherheitsdienst) et de la police de sûreté (Gestapo et police criminelle) allemands du 11 septembre 1943 au 4 juin 1944. Pendant ces neuf mois, entre la prise de contrôle de Rome par les Allemands et la libération de la ville par les forces alliées, plus de deux mille personnes y furent détenues, interrogées et torturées.

Le bâtiment fut construit à la fin des années 1930 par le prince Francesco Ruspoli qui le loua à l’ambassade d’Allemagne. Celle-ci y installa ses bureaux culturels, ainsi que le bureau de liaison entre les polices politiques allemande et italienne, dirigé par le commandant SS Herbert Kappler.

En septembre 1943, après l’armistice de Cassibile signée entre l’Italie et les Alliés, les Allemands occupèrent Rome et le 145, via Tasso devint le centre d’interrogatoire et de torture de la Gestapo, dont on ne sortait que pour être transféré à la prison de Regina Coeli à Rome, déporté en Allemagne ou condamné et exécuté à Forte Bravetta, sur le Janicule. Les pièces à partir du deuxième étage furent transformées en cellules et les fenêtres murées de l’intérieur. Les conditions de vie y étaient extrêmement dures, avec un seul repas par jour, très peu d’air et de lumière. N’y furent pas seulement incarcérés des militaires opposés à l’occupation allemande ou des résistants engagés activement dans la lutte contre les Allemands, mais également des civils, de tous milieux et de tous âges, que les SS soupçonnaient de posséder des informations sur les organisations de résistance, sur les filières d’aide aux résistants et aux juifs ou sur les lieux où se trouvaient des presses clandestines.

Anthony M - museo liberazione

Après l’attentat du 23 mars 1944 de la via Rasella où trente-trois policiers allemands trouvèrent la mort, Kappler fournit un certain nombre de prisonniers de la via Tasso pour atteindre l’objectif prévu en représailles:  335 Italiens (dix pour chaque Allemand tué) qui furent exécutés le lendemain dans les Fosses ardéatines.

A la libération de Rome par les Alliés, le 4 juin 1944, les SS de la via Tasso partirent en catastrophe, emmenant quatorze prisonniers avec eux, dont le syndicaliste Bruno Buozzi. Arrivés à une quinzaine de kilomètres au nord de Rome, au lieu-dit La Storta, les prisonniers furent emmenés dans une grange où ils furent exécutés d’une balle dans la tête.

Pendant ce temps, à Rome, le 145, via Tasso fut investi par la population et les prisonniers restants furent libérés. Pendant quelques années, des familles dans le besoin squattèrent le bâtiment. En 1950, la propriétaire des lieux, la princesse Josepha Ruspoli Savorgnan de Brazza, donna quatre appartements à l’Etat italien, répartis sur trois niveaux pour en faire un musée. Le rez-de-chaussée et le deuxième étage furent inaugurés le 4 juin 1955 par le président de la République italienne Giovanni Gronchi, le troisième étage fut inauguré en août 1957.

Avec la Porta San Paolo et les Fosses ardéatines, le musée historique de la Libération est un emblème de la résistance romaine face aux Allemands. Il rassemble et expose des documents, des écrits, des photographies et des objets qui aident à la reconstitution des événements de cette époque et à la compréhension des problèmes liés à l’occupation allemande de Rome et qui témoignent du courage et de l’acharnement de la résistance, armée ou non, ainsi que de la lutte pour la libération.

Le rez-de-chaussée, qui servait à l’administration allemande, a été transformé pour accueillir une salle de conférence utilisée pour l’accueil des groupes et des visites éducatives, pour la projection de films ou pour la réalisation de conférences, d’événements ou d’expositions. On y trouve également une bibliothèque et une salle d’archives.

Le deuxième et le troisième étages n’ont pas été modifiés et sont tels que les Allemands les ont laissés dans leur fuite en juin 1944: même système électrique, mêmes fenêtres murées et portes grillagées, mêmes papiers peints sur les murs. Les revêtement en plâtre des deux cellules d’isolement sont couverts des graffitis creusés par les prisonniers, parfois avec des clous, souvent avec leur ongles.

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Chaque cellule expose des documents relatifs à un aspect ou à un événement de l’occupation allemande ou de la résistance romaine. On y trouve, par exemple, le drapeau blanc de fortune utilisé pour négocier la reddition de Rome avec le maréchal allemand Albert Kesselring et le drapeau italien qui fut hissé sur le Capitole le jour de la libération. Deux cellules sont consacrées aux massacres des Fosses ardéatines et de La Storta, une autre à la rafle des juifs en octobre 1943 et une quatrième aux exécutions commises à Forte Bravetta.

Le musée a connu des hauts et des bas, suivant qui le dirigeait. Mais grâce à la direction, au début des années 2000, du professeur Arrigo Paladini, un ancien détenu de la via Tasso, puis de sa femme Elvira Sabbatini Paladini, il a acquis une envergure et une réputation qui lui permettent maintenant d’accueillir environ quinze mille visiteurs par an.

Roma - Author: NordNordWest

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