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N.B. L’originalité de ce timbre est expliquée dans l’article Campione d’Italia

Lorsque l’on regarde le village de Campione d’Italia depuis le lac de Lugano, un petit bijou surgit au milieu des laideurs construites au XXe siècle. C’est le sanctuaire de Santa Maria dei Ghirli, niché dans un écrin de verdure sur une hauteur dominant le lac.

La première mention d’une église à cet endroit date de 874, mais elle existait déjà au VIIIe siècle, puisqu’elle fit partie de la donation des biens du seigneur Totone da Campiona au monastère de Sant’Ambrosio, à Milan, en 777. Au XIVe siècle, elle fut transformée en oratoire selon un plan d’architecture romane, à nef unique, puis subit une importante restructuration baroque au début du XVIIe siècle.

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C’est le peintre et ingénieur Isidoro Bianchi qui s’occupa des travaux. Il allongea la nef en construisant un choeur, avec arcs en plein cintre, et une chapelle principale, ajouta une lanterne octogonale au-dessus de la croisée et remplaça le plafond en bois de la nef par une voûte. Au début du XVIIIe siècle, on modifia la façade principale en y ajoutant un arc de triomphe baroque flanqué de deux colonnes et on construisit un escalier à double rampes entrecroisées qui descend du parvis au bord du lac.

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Malgré la scénographie majestueuse côté lac, le sanctuaire présente à l’extérieur une architecture d’une grande sobriété, mise d’autant plus en contraste par l’intérieur richement décoré de fresques. Celles de la première travée datent d’avant la restructuration du XIVe siècle. Elles ont été partiellement détruites ou recouvertes d’enduit lors des travaux, mais certaines ont été restaurées au XXe siècle. Elles sont l’oeuvre d’un peintre anonyme, certainement faisant partie des Maîtres de Campione, de l’école lombarde giottesque, et elles représentent la vie de saint Jean Baptiste. Celles de la seconde travée et du choeur datent de la deuxième restructuration et sont l’oeuvre de Bianchi et de ses fils Pompeo et Francesco. L’ensemble est enrichi par d’admirables effets architecturaux en stuc, également de Bianchi et fils.

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Une magnifique fresque se trouve sur le côté extérieur droit du sanctuaire. Elle fut peinte en 1400 par Lanfranco de Veris et son fils Filippolo et est considérée comme leur chef d’oeuvre. Elle représente le jugement dernier sur deux registres horizontaux. Le supérieur a le Christ en son centre, figure sévère, émaciée, assis sur un trône rappelant les flèches du Dôme de Milan. Il est entouré d’anges portant les signes de la Passion. A ses pieds, sur la droite, les justes se prosternent en signe d’adoration, alors que sur la gauche, les damnés supplient ou maudissent. Il est intéressant de noter que les artistes n’épargnèrent aucune couche de la société: riche ou pauvre, religieux ou laïc, homme ou femme, sont également représentés. Ainsi peut-on voir un roi brandissant le poing, un riche à genoux suppliant, un moine et sa maîtresse, un malheureux assommé par sa faute et un autre pécheur gisant à terre. Le registre inférieur représente l’enfer et ses tourments. Sur un fond rouge, les damnés subissent divers supplices pour leurs vices: luxure, corruption, avarice, adultère, paresse, fornication, cupidité, orgueil et autres. A travers cette oeuvre, les de Veris ont peint une « photographie » très réaliste de la corruption morale de la société, tant laïque que religieuse, au tournant du XVe siècle.

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