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Celui qui visiterait Campione d’Italia sans connaître son histoire pourrait croire qu’il se trouve en Suisse: la monnaie courante utilisée est le franc suisse, les plaques d’immatriculation des voitures sont suisses, le réseau téléphonique fixe est géré par Swisscom et la TVA est de 8%, comme en Suisse. En fait, l’un des rares signes que ce village est italien est dans son nom, Campione d’Italia, rajouté en 1933, sur la demande du maire.

Campione se trouve au bord du lac de Lugano et, jusqu’au VIIIe siècle, partagea le même destin que les autres villages de la vallée. Mais, en 777 déjà, alors que les évêques de Côme dominaient la région, le seigneur de Campione, Totone da Campione, légua tous ses biens au monastère de Sant’Ambrosio, à Milan. Campione resta ainsi soumis à l’abbé du monastère pendant dix siècles, indépendamment des luttes de pouvoir entre les seigneurs de Milan, ceux de Côme et la Confédération helvétique que subissaient les villages voisins.

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La campagne d’Italie de la fin du XVIIIe siècle bouleversa irrémédiablement cet ordre géo-politique millénaire. Alors que Napoléon envahissait l’Italie, les villages de la région choisirent d’entrer dans la Confédération helvétique en créant le canton du Tessin. Campione, par contre, décida de rester lié au destin de Milan et fut incorporé dans la nouvelle république cisalpine. Jusqu’en 1815, les Suisses essayèrent par divers moyens d’obtenir l’annexion de Campione au Tessin, mais sans succès. En revanche, lorsque éclata la première guerre d’indépendance italienne en 1848, les habitants du village demandèrent leur entrée dans le Tessin, ce que le gouvernement suisse refusa afin de conserver sa neutralité dans le conflit entre l’Autriche et le royaume de Sardaigne. Campione entra ainsi dans le royaume d’Italie en 1861, avec la particularité d’être la seule exclave italienne.

De par sa situation géographique exceptionnelle à l’intérieur du territoire suisse, Campione fut épargné du destin cruel qui frappa l’Italie lors du deuxième conflit mondial, après l’armistice de Cassibile du 8 septembre 1943. Alors que tout le nord de l’Italie était sous le contrôle militaire des Allemands et gouverné par le régime de Benito Mussolini de la République sociale italienne, Campione passa rapidement sous le contrôle des Américains, autorisé par les autorités suisses à partir du moment où les alliés ne faisaient pas de vagues.

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C’est durant cette période que se dessina la situation helvetico-italienne actuelle de Campione. La ville n’avait plus de liens réels avec l’Italie, mais n’appartenait pas à la Suisse. Afin de pallier le manque d’argent, elle décida d’émettre, en 1944, ses propres timbres qui serviraient de monnaie d’échange. Ces timbres présentaient la particularité d’être émis par le royaume d’Italie, mais imprimés en Suisse, et d’avoir une valeur en francs suisses. Ils furent immédiatement recherchés par les collectionneurs et leur vente permit à la commune et à ses habitants de survivre jusqu’à la fin de la guerre en avril 1945.

Ces timbres, en tant que tels, n’étaient valables que pour les adresses en Suisse et au Liechtenstein. Pour tous les autres pays (même l’Italie), les timbres suisses étaient requis et devaient être oblitérés en territoire suisse. Cette particularité dura jusqu’en 1952, où il fut décidé que le bureau de poste de Campione vendrait désormais les timbres italiens officiels et les timbres suisses, et que la commune recevrait un numéro postal italien et un numéro postal suisse.

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Les habitants de Campione bénéficient d’autres privilèges suisses, mais reçoivent également de nombreux avantages de la part de l’Italie. Si ce n’était que leur électricité est fournie par une société italienne, on pourrait dire qu’ils bénéficient du meilleur des deux mondes.

Du XIIe au XIVe siècle, Campione était réputé pour la qualité de ses constructeurs et sculpteurs qui travaillèrent sur les grands chantiers religieux de l’époque. On retrouve ainsi l’oeuvre de ces maîtres dans la cathédrale de Modène, dans la basilique de Santa Maria Maggiore à Bergame ou même dans la cathédrale de Milan.

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Leurs descendants avaient hérité une parcelle de leur génie et ont fait construire quelques jolies églises dans le village, comme l’église de Santa Maria dei Ghirli, celle de San Zenone ou celle de San Pietro. Malheureusement, ce génie s’est évaporé à partir du début du XXe siècle avec l’autorisation d’ouvrir des casinos sur le territoire de la commune qui a subi, en conséquence, un important développement immobilier. Le summum de la laideur fut atteint en 2007, lorsque l’architecte suisse, Mario Botta, défigura honteusement le paysage en construisant le nouveau casino, surnommé l’Ecomostro par les journalistes.

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