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da montefeltro

Parmi les personnages remarquables qui marquèrent le XVe siècle en Italie, il en est un qui représente à la fois l’esprit militaire et l’amour des arts, caractéristiques de cette période. Federico da Montefeltro, fils illégitime d’un petit noble marchesan, fut l’un des meilleurs condottieri de son temps et donna au duché d’Urbino une splendeur et une magnificence rarement égalées.

Federico naquit en 1422 à Gubbio, fils du comte Guidantonio da Montefeltro et de sa maîtresse, Elisabetta degli Accomandugi. Il fut présenté à la cour en 1424, lors de la mort de l’épouse légitime de Guidantonio, mais en fut à nouveau éloigné en 1427 lors de la naissance du premier héritier mâle, Oddantonio, que le comte eut avec sa seconde femme, Catarina Colonna. Il passa sa petite enfance dans un monastère bénédictin près d’Urbino, puis fut envoyé en 1433 à Venise, puis à Mantoue où il fréquenta l’école de Vittorino da Feltre.

En 1437, il fut adoubé chevalier par l’empereur Sigismond Ier du Saint-Empire et, l’année suivante, il obtint le commandement de la compagnie militaire « Feltria » qui faisait partie de l’armée du condottiere Niccolò Piccinino au service du duc de Milan.

En 1437 également, il épousa dans sa ville natale Gentile Brancaleoni qui lui apporta en dot la terre de Mercatello dont il fut fait comte en 1443. Cette année-là, son père mourut et Oddantonio lui succéda en tant que duc d’Urbino grâce à l’autorisation du pape Eugène IV. Mais l’année suivante, en 1444, le jeune duc fut brutalement assassiné et Federico revint à Urbino pour se faire désigner comme nouveau seigneur de la ville. Pendant deux ans, il dut se défendre contre des complots internes, jusqu’à la conspiration dite de carnavale, lors de laquelle des alliés de son défunt demi-frère essayèrent, au prix de leur vie, de le renverser.

Da Montefeltro continua son métier de militaire, combattant pour différents maîtres, mais la plupart de ses choix furent influencés par une ancienne rivalité qui séparait sa famille de celle du seigneur de Rimini, Sigismondo Pandolfo Malatesta. Ce n’est qu’en 1462, lors de la bataille de Cesano, que da Montefeltro réussit à vaincre son adversaire et à lui prendre la totalité de ses possessions, à l’exception de Rimini. Ayant souvent combattu pour le pape, il fut nommé vicaire des territoires conquis et gonfalonier de l’Eglise par Pie II.

Da Montefeltro prenait soin de ses soldats et de leur famille en cas de blessure ou de décès et ces derniers lui étaient totalement loyaux. De toute sa carrière militaire, il ne perdit pas une seule bataille et, en 1474, il atteignit son apogée: malgré sa naissance illégitime, le pape Sixte IV lui accorda le titre de duc d’Urbino et il maria son neveu favori, Giovanni della Rovere, à la fille du nouveau duc. Par ailleurs, da Montefeltro fut décoré de l’ordre de la Jarretière par le roi Edouard IV d’Angleterre et fut fait chevalier de l’Ordre de l’Hermine par le roi de Naples, Ferdinando Ier.

Après la mort de sa première femme en 1457, da Montefeltro se remaria avec Battista Sforza avec laquelle il eut six filles et un héritier, Guidobaldo. Battista était une femme cultivée, ayant reçu une éducation humaniste, et que le peintre Giovanni Santi décrivit comme « une jeune fille dotée de toutes les grâces et d’une rare vertu ». De son côté, da Montefeltro était attiré par les arts classiques, notamment l’histoire et la philosophie. Ensemble, ils firent d’Urbino le centre d’une cour raffinée où ils attirèrent des artistes célèbres tels que Luciano Laurana, Francesco di Giorgio Martini, Donato Bramante, Piero della Francesca, Sandro Botticelli, Paolo Uccello, Pedro Berruguete, Baccio Pontelli et Joos van Wassenhove pour construire et décorer le magnifique palais ducal d’Urbino dont le joyau principal est le studiolo, un cabinet de travail personnel réalisé en marqueterie en trompe-l’oeil.

Studiolo - Copyright free

Par ailleurs, da Montefeltro accueillit et soutint de nombreux artistes, comme Leon Battista Alberti, Luca della Robbia, Melozzo da Forlì, Luca Signorelli, Pietro Perugino, Giovanni Santi et Pinturicchio et se lia d’amitié avec le mathématicien Luca Pacioli et l’écrivain Cristoforo Landino. Grâce au travail des libraires Vespasiano da Bisticci et Federico Veterani et avec l’aide des meilleurs copistes, il constitua la bibliothèque la plus complète après celle du Vatican, qui fut rachetée et sauvée de la destruction en 1657 par le pape Alexandre VII.

Après la mort de Battista en 1472, da Montefeltro fit de Gubbio la deuxième résidence de sa famille et construisit un palais ducal en agrandissant et transformant un ensemble d’édifices médiévaux. Il fit dessiner par di Giorgio Martini et exécuter par Giuliano da Maiano un studiolo semblable à celui d’Urbino. Ce chef-d’oeuvre fut racheté et transporté dans son intégralité en 1939 par le Metropolitan Museum of Art à New York.

Da Montefeltro mourut à Ferrare en 1482, alors qu’il commandait l’armée du duc de Ferrare contre Venise et le pape. Il est enterré dans l’église San Bernardino à Urbino. Son ami, Piero della Francesca, dit de lui qu’il était « la lumière de l’Italie ». Son fils, Guidobaldo lui succéda et suivit l’exemple de son père en embrassant la carrière militaire et en développant les arts sur son territoire.

Il existe une anecdote intéressante concernant Federico da Montefeltro: lors d’une joute à cheval, il fut blessé au visage et perdit l’oeil droit. Il subit une opération chirurgicale pour casser son arête nasale afin d’agrandir son champ de vision, comme on peut le voir sur tous les portraits faits de lui après cet accident où il présente son profil gauche.

Federico_montefeltro_and_son - Author Pedro Berruguete

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