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Cola di Rienzo

Nicola di Lorenzo, abrégé Cola di Rienzo, partageait avec ses contemporains, les poètes Dante Alighieri et Francesco Pétrarque, l’amour de la Rome antique et une ardente aspiration au rétablissement d’un ordre et d’une unité fondés sur la justice dans une Italie alors déchirée.

Il naquit en 1313 à Rome, le fils d’un modeste aubergiste, même si des années plus tard il prétendit être le fils illégitime de l’empereur Henri VII du Saint-Empire. A la mort de sa mère en 1323, il partit vivre chez un de ses oncles à Agnani où il étudia les lettres et revint à Rome à l’âge de vingt ans pour faire des études de notaire. Ses talents d’orateur lui valurent d’être choisi par la population de Rome en 1343 comme ambassadeur en Avignon pour inviter le pape Clément VI à revenir à Rome et à mettre fin à la guerre incessante que se livraient les deux plus puissantes familles de Rome: les Colonna et les Orsini. Le pape n’accepta pas l’offre, mais nomma di Rienzo secrétaire de la Camera Capitolina, l’une des deux chambres qui gouvernaient Rome à la Renaissance.

Di Rienzo devint extrêmement populaire et, le 19 mai 1347, à la faveur d’un coup d’état, il forma un nouveau gouvernement dans lequel il assuma la fonction de tribun et établit une nouvelle constitution qui lui donnait presque tous les pouvoirs. Clément VI soutint son initiative et le nomma Recteur de Rome, conjointement avec le vicaire papal Raimondo, évêque d’Orvieto. Di Rienzo prit immédiatement des mesures en faveur de la classe marchande et du peuple et entreprit de contenir les abus de pouvoir des familles aristocratiques. Il affirmait vouloir restaurer le droit romain, et rétablir le rôle historique de Rome. L’un de ses plus grands admirateurs fut Pétrarque qui adhéra inconditionnellement au projet politique de di Rienzo et mit fin à ses rapports avec les Colonna.

Lors d’une cérémonie solennelle qui eut lieu au Latran le 1er août 1347, di Rienzo exigea le retour à Rome de Clément VI, conféra la citoyenneté romaine à toutes les villes d’Italie et déclara que l’Empereur du Saint-Empire serait désormais élu par le peuple romain. Il était allé trop loin dans ses idées républicaines et, en une journée, il perdit l’appui de l’Eglise. Clément VI chercha le soutien des Colonna et des Orsini et, en octobre 1347, il ordonna que di Rienzo soit déposé. Les familles nobles rassemblèrent leurs armées et affrontèrent di Rienzo et ses partisans le 20 novembre, juste à l’extérieur de la Porta Tiburtina. Le dictateur eut le dessus, mais la fin était proche. Le peuple, déçu par le faste de ses fêtes et l’augmentation des impôts, l’abandonna et, le 15 décembre, di Rienzo, excommunié, démissionna et s’enfuit de Rome.

Il trouva refuge pendant deux ans dans un monastère des Abruzzes, puis se rendit à Prague pour tenter de convaincre Charles IV du Saint-Empire de rétablir la grandeur de Rome et celle de l’Eglise. L’empereur le fit arrêter et le livra à Clément VI. Di Rienzo passa en jugement et fut condamné à mort, sans toutefois que la sentence fût exécutée. Il resta en prison, malgré les demandes de Pétrarque pour sa libération, jusqu’à la mort de Clément VI en 1352.

Le nouveau pape, Innocent VI, lui pardonna et le libéra, puis, deux ans plus tard, l’envoya à Rome avec le titre de sénateur afin d’aider le cardinal Egidio de Albornoz à rétablir l’autorité de l’Eglise dans les Etats pontificaux. Di Rienzo fit une entrée triomphale à Rome le 1er août 1354 et retrouva ses anciens pouvoirs. Malheureusement, il perdit rapidement sa popularité en imposant de lourdes taxes au peuple, en organisant des orgies et des fêtes somptueuses et en rançonnant les jeunes aristocrates. Au cours d’une émeute le 8 octobre 1354, il fut tué par la foule en colère et son corps fut traîné jusque devant le palais des Colonna où il resta deux jours et une nuit, avant d’être brûlé et les cendres dispersées.

Même s’il ne resta que quelques mois au pouvoir et qu’il mourut dans l’infamie, son nom survécut à l’Histoire, peut-être grâce à Pétrarque qui lui dédia quelques vers. Au XIXe siècle, sa personnalité devint une figure de proue du mouvement du Risorgimento et une statue en son honneur fut érigée le long de la Cornorata, l’escalier monumental qui conduit à la place du Capitole.

Cola di Rienzo - Author:  WolfgangM

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