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Gentili

Alberico Gentili naquit en 1552 à San Ginesio dans les Marches. Son père était médecin et sa mère d’origine noble. Il fit ses études de droit à l’université de Perugia qui avait supplanté la fameuse université de Bologne en valorisant l’école des commentateurs, représentée par Bartolo da Sassoferrato au XIVe siècle, au détriment de celle des glossateurs dont Irnerio avait été le fondateur au XIe siècle. Les commentateurs avaient cherché à adapter les textes de loi du corpus iuris civilis romani aux institutions de l’Italie du XIVe siècle et c’est sous leur influence que le jeune Alberico obtint son titre de docteur en droit civil en 1572.

De 1572 à 1573, il fut podestat d’Ascoli Piceno, avant de revenir dans sa ville natale pour préparer une version révisée des lois statutaires de la commune. Sa famille s’étant convertie au protestantisme, son père décida en 1579 de s’exiler avec deux de ses fils, Alberico et Scipione, et ils partirent à Lubiana dans l’actuelle Slovénie. Le père obtint le poste de médecin-chef des duchés de Carinthie et de Carniole et s’installa de manière permanente à Lubiana, tandis que les deux frères partaient pour Tübingen, en Allemagne. Scipione, qui n’avait que 16 ans, s’inscrivit à l’université et Alberico continua sa route en direction de l’Angleterre où il arriva en 1580.

Avec l’appui du chancelier Robert Dudley, comte de Leicester et favori de la reine Elisabeth Ire, et celui du poète Philip Sidney, Gentili obtint une place de professeur de droit civil à l’université d’Oxford, poste qu’il garda jusqu’à sa mort.

Pour comprendre l’héritage que nous a laissé Gentili, il faut expliquer le contexte juridique qui régnait à l’époque entre les nations. Les Romains avaient établi un code juridique, le ius gentium, qui définissait le statut des hommes libres non citoyens (les pérégrins) et les relations entre les pérégrins et les citoyens romains. Ce ius gentium, qui au départ ne concernait que les pérégrins, était accepté par tous ceux qui vivaient dans l’Empire romain et, par extension, il devint le ius naturale, un droit naturel suivi par les personnes « normales ». A la chute de l’Empire, le droit naturel évolua, mais fut peu à peu supplanté par le droit canonique qui devint la principale philosophie juridique en vigueur.

Grâce à sa formation à l’université de Perugia, Gentili se détacha de la doctrine catholique aux principes abstraits et, prenant en compte les faits et règles établis par la coutume et les traités et s’attachant aux événements contemporains, il se fit l’éminent représentant de la tendance historique et de l’ancien droit romain ius naturale. S’inspirant des méthodes de Bartolo, il écrivit une vingtaine d’ouvrages sur le droit, dont certains servirent de base au droit international public actuel. Les plus importants sont De legationibus libri tres, Commentationes de iure belli, De iure belli libri tres, De armis romanis libri duo et Advocatio Hispanica.

Dans De iure belli, il remit en cause la légitimité des guerres pour des motifs religieux. Selon lui, la seul justification des guerres résidait dans l’absence d’une juridiction susceptible de trancher les conflits. Cependant, il préconisait, avant l’emploi de la force, le recours à l’arbitrage. Par ailleurs, il considérait que le droit international public devait comprendre les pratiques réelles des nations civilisées, tempérées par des considérations morales (mais pas spécifiquement religieuses).

A partir de 1590, Gentili se rendit de plus en plus souvent à Londres pour plaider à la High Court of Admiralty où le droit civil continental, plutôt que la common law anglaise, était appliqué. En 1600, il fut admis à la Gray’s Inn, l’une des quatre Inns of Court de Londres et, en 1605, il devint l’avocat de l’ambassade d’Espagne auprès de la cour de l’amirauté. Il mourut en 1608 à Londres.

Ses travaux eurent une influence considérable sur les légistes du XVIIe siècle, en particulier sur le Néerlandais Hugo Grotius dans son ouvrage De iure belli ac pacis. Mais la notoriété de ses successeurs occulta la contribution de Gentili à l’élaboration du droit international. Il fallut attendre 1874, lorsque le professeur britannique Sir Thomas Erskine Holland lui dédia son discours inaugural comme professeur de droit international et de diplomatie à Oxford, pour qu’il soit redécouvert et, depuis, plusieurs ouvrages et articles ont été écrits sur sa vie et son travail.

En 1981, la ville natale de Gentili, San Ginesio, ouvrit le Centro internazionale di studi gentiliani, une institution dédiée à Gentili qui organise annuellement des conférences sur le droit international et développe des cours de formation pour les élèves du secondaire de la région des Marches.

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