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Le nom de Luigi Galvani sera toujours associé à celui d’Alessandro Volta, l’homme avec lequel il déclencha une « guerre scientifique » qui se répandit dans toute l’Europe à la fin du XVIIIe siècle. Et si le nom de Volta fut choisi pour représenter l’unité de force électromotrice, le « volt », celui de Galvani est entré dans le langage de tous les jours pour désigner l’action de provoquer l’enthousiasme de quelqu’un, « galvaniser ».

Galvani naquit en 1737 à Bologne. Il venait d’une famille aisée d’artisans qui put lui payer des études. Adolescent, le jeune garçon voulait entrer dans les ordres, mais au moment de prononcer ses voeux, sa famille le convainquit d’y renoncer et d’étudier les sciences. En 1755, il entra à l’université de Bologne en faculté de médecine. A l’époque, les cours étaient surtout théoriques, sur la base des travaux des Grecs anciens, comme Hippocrate et Claude Galien, et ceux du grand médecin persan du Moyen Age, Avicenne. Mais Galvani eut également l’occasion d’étudier et de pratiquer la chirurgie, ce qui lui servit plus tard dans ses manipulations sur les corps vivants.

En 1759, il passa ses examens en philosophie et en médecine et fut nommé assistant à l’université de Bologne. En 1762, il devint anatomiste et lecteur honoraire en chirurgie. A partir de 1769 jusqu’à 1797, il enseigna l’anatomie et l’obstétrique à l’Académie des Sciences de Bologne. Sa nouvelle position exigeait qu’il enseignât la pratique de l’anatomie, par des dissections du corps humain. Il pratiqua également la profession médicale, aidé par sa femme, Lucia Galeazzi, elle-même scientifique de renom.

Dans le cadre de sa nomination à l’Académie des Sciences, Galvani se devait de consacrer une partie de son temps à la recherche expérimentale. Il s’intéressa dès lors au domaine de ce qu’il appela plus tard l’électricité animale. A la fin du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe siècle, les naturalistes s’étaient penchés sur la question des phénomènes physiques et chimiques à l’oeuvre dans le mouvement musculaire. Alors qu’au XVIIe siècle, les savants comme René Descartes expliquaient ce mouvement par la théorie des « esprits animaux » (des fluides subtils, émis par le cerveau et s’écoulant par les nerfs, provoquant un gonflement des muscles et ainsi la contraction musculaire), des nouvelles voies de recherche fut explorées au XVIIIe siècle faisant intervenir la chimie, puis l’électricité. Et lorsqu’au milieu du siècle fut découverte par le physicien néerlandais Pieter van Musschenbroek la bouteille de Leyde qui permettait de faire circuler un « fluide électrique » à travers des corps vivants, l’intérêt pour l’effet de l’électricité sur des corps vivants s’étendit à toute la communauté scientifique.

La légende dit que Galvani commença ses travaux au début des années 1880 alors qu’il dépeçait lentement une grenouille morte sur une table où il avait effectué des expérimentations avec l’électricité statique. Son assistant toucha un des nerfs cruraux à nu de la grenouille avec un scalpel en métal chargé en électricité et les deux scientifiques virent des étincelles et la jambe de la grenouille tressaillir comme si elle était encore en vie. Cette observation amena ainsi Galvani à noter la relation entre l’électricité et la vie et lui procura les bases pour une nouvelle compréhension de l’impetus des mouvements musculaires, animé non pas par l’air ou des fluides comme soutenu jusqu’alors, mais par un liquide ionique. Il pensa avoir trouvé une forme distincte d’électricité qu’il nomma « électricité animale ».

Il continua ses expérimentations pendant dix ans et annonça sa découverte en 1791, dans un mémoire intitulé De viribus electricitatis in motu musculari, Commentarius. Sa conclusion était que le tissu animal contient une force vitale innée, l’électricité animale, qui active les nerfs et les muscles lorsque ces tissus sont reliés par un arc métallique. La nouvelle retentit dans les milieux scientifiques italiens et Volta, alors professeur de physique expérimentale à l’université de Pavie, commença à répéter les expériences de Galvani sur les grenouilles. D’abord enthousiaste face à cette nouvelle électricité, Volta devint vite sceptique et, dès la fin 1792, il affirma clairement son refus de l’électricité animale. Pour lui, les tissus musculaires ne jouaient qu’un rôle passif et c’était le contact de deux métaux différents qui mettait en mouvement l’électricité.

S’en suivit une controverse, d’abord limitée entre l’école de Pavie et celle de Bologne, puis qui s’étendit à travers toute l’Europe, entre les galvanistes et les voltaïstes. Chaque camp mena expériences et contre-expériences, jusqu’à ce que l’invention, en 1800, de la première électrique par Volta mette fin à cette « guerre scientifique » en prouvant que l’électricité ne devait rien à un organisme vivant.

Mais il serait faux de déclarer que Galvani eut tort, car en réalité, les deux scientifiques découvrirent deux choses différentes et la victoire, dans la controverse, n’appartient à postériori pas à Volta seulement, mais à Volta et à Galvani ensemble. Il faut pour cela se replacer dans le contexte culturel, social et politique dans lequel cette controverse se déroula. Galvani était médecin et anatomiste, alors que Volta était physicien. Leur approche par rapport à une même étude était différente et chacun chercha à amener la controverse dans son propre domaine d’expertise professionnelle. D’autre part, Volta avait voyagé dans toute l’Europe pour présenter ses découvertes et inventions et ses publications en langues modernes avaient une audience internationale, alors que Galvani était resté à l’Académie des Sciences de Bologne et n’avait publié que très peu et toujours en latin. Finalement, les guerres napoléoniennes qui bouleversèrent la réalité de la France et de l’Italie à la fin du XVIIIe siècle ne furent pas étrangères au déroulement et à la conclusion de la controverse. Homme de l’Ancien Régime et ennemi des idées républicaines et révolutionnaires, Galvani refusa en 1798 de prêter serment à la République cisalpine instaurée par Napoléon Bonaparte. Il perdit son poste et mourut dans la pauvreté en 1798, deux ans avant la découverte de la pile électrique. Volta, au contraire, accepta le serment et fut protégé par le pouvoir français.

Aujourd’hui, les scientifiques considèrent que Galvani et Volta avaient tous les deux partiellement tort et raison. Galvani avait raison d’attribuer la contraction du muscle à un stimulus électrique, mais tort d’appeler ce dernier « électricité animale ». Volta nia quant à lui à juste titre l’existence de cette électricité, mais supposa à tort que seuls deux métaux différents peuvent provoquer un effet électrophysiologique.

L’hypothèse de l’électricité animale fut délaissée pendant trente ans, jusqu’à ce que des instruments très sensibles de mesure des courants permettent la naissance de l’électrophysiologie, dont les physiologistes reconnaissent en Galvani l’un des fondateurs. En outre, Galvani fut honoré en 1836 lorsque les scientifiques nommèrent l’ampèremètre inventé par le physicien et chimiste allemand Johann Schweigger « galvanomètre ». Un cratère sur la lune, ainsi qu’un astéroïde, furent également nommés en son honneur. Et l’on retrouve son nom dans des termes d’électrochimie tels que « potentiel Galvani », « cellule galvanique » et « corrosion galvanique ». Finalement, la « galvanisation » est l’action de recouvrir une pièce d’une couche de zinc dans le but de la protéger contre la corrosion.

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