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da Feltre

Vittorino de’ Rambaldoni, connu sous le nom de Vittorino da Feltre de par sa ville de naissance en Vénétie, naquit en 1378, d’une famille noble mais désargentée. Très jeune, il montra un vif intérêt pour les études et, à dix-huit ans, il quitta Feltre pour étudier à l’université à Padoue qui était gratuite. Mais ses parents étaient trop pauvres pour lui acheter ses livres et le jeune homme choisit de donner en parallèle à ses études des cours de grammaire aux écoliers. Après avoir réussi sa licence en littérature et philosophie, il étudia les mathématique avec Biagio Pelacani, puis la physique et l’astrologie avec Jacopo da Forlì.

Il resta à Padoue jusqu’en 1415, enseignant la grammaire et les mathématiques. Il fréquenta les grands humanistes de son temps: Pier Paolo Vergerio l’Ancien, Giovanni Conversini, Gasparino Barzizza et Paolo Nicoletti, et c’est durant cette période qu’émergea la vocation qui le rendit célèbre: l’enseignement.

En 1415, il partit à Venise pour s’inscrire à l’école de grec de Guarino Veronese. Il y resta deux ans, puis revint à Padoue où il fonda un pensionnat pour l’instruction et la formation des jeunes nobles. En 1421, il devint titulaire de la chaire de rhétorique à l’université de Padoue, mais en 1422 déjà, il repartit à Venise pour fonder un deuxième pensionnat. Alors qu’il pensait s’établir dans cette ville, il dut la quitter l’année suivante, suite à l’arrestation de son cousin pour des délits politiques.

Il fut alors invité par Gianfrancesco Gonzaga, seigneur de Mantoue, qui lui confia l’éducation de ses enfants. Gonzaga l’installa dans une maison de sa propriété, construite par l’un de ses ancêtres et connue sous le nom de Ca’ Zoiosa (maison de la joie) pour les danses de cour et les jeux qui s’y tenaient. Da Feltre y fonda un pensionnat destiné aux descendants des Gonzaga et des autres maisons princières, mais également fréquenté par des étudiants sélectionnés sur la base de leurs mérites. Il prit une approche humaniste en enseignant les quatre sciences du quadrivium classique (arithmétique, musique, géométrie et astronomie) et les arts du trivium (grammaire, rhétorique et dialectique), mais aussi le chant, le dessin, le grec et le latin. Parallèlement à l’éducation de l’esprit, il considérait l’éducation physique comme primordiale et fit participer ses élèves à des compétitions d’escrime et de lutte, des courses de vitesse, des baignades et des jeux de balles.

Son école se démarquait des autres établies à l’époque sur plusieurs points. Tout d’abord, dans une Renaissance qui tendait à « aristocratiser » l’éducation, da Feltre ouvrit son école aux élèves pauvres qui fréquentaient sur un pied d’égalité les enfants princiers. Ensuite, il appliqua la principe de la mixité des genres, puisqu’il exigeait que chaque groupe d’élèves eût au moins une fille. Finalement, il attribua une importance aussi grande à la formation professionnelle et religieuse qu’à l’éducation morale et physique, et les enseignements religieux ne constituaient qu’un des éléments de l’ensemble du curriculum, au contraire d’autres écoles de l’époque, comme celle d’Erasme par exemple, qui subordonnaient rigoureusement toutes les disciplines profanes à une visée religieuse.

Comme il l’écrivit: « Tout le monde n’est pas appelé … à vivre sur le devant de la scène. Tout le monde n’est pas doté par la nature de dons exceptionnels. Mais tous, autant que nous sommes, avons été créés pour la vie en société et les devoirs qu’elle implique. Tous, nous sommes responsables de l’influence personnelle qui se dégage de nous. » Profondément moral et religieux, da Feltre fut particulièrement attentif à la formation d’âmes droites et intègres, nourries dans la crainte de Dieu et dans l’amour du prochain, et il fonda son enseignement sur un juste équilibre des sciences et des arts classiques, des principes chrétiens et des nouveaux idéaux de l’humanisme.

Son école devint ainsi un grand vivier, non seulement de lettrés et d’humanistes, mais aussi d’hommes d’état, de militaires, de prélats et d’enseignants.

Da Feltre ne se maria jamais et consacra toute sa vie à ses élèves. Il enseigna dans la Ca’ Zoiosa jusqu’à sa mort le 2 février 1446. L’école resta encore ouverte vingt ans, puis disparu lors des travaux qui amenèrent à la construction d’une des cours les plus resplendissantes d’Europe. Mais elle servit de modèle à plusieurs écoles européennes et est considérée comme un des prototypes de la pédagogie moderne.

Vittorino Feltre - Author: Giusto di Gand e Pedro Berruguete

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