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barbanera

Gabriele D’Annunzio écrivait, en 1934: « Les gens ordinaires pensent que j’ai sur ma table de chevet l’Odyssée ou l’Iliade, ou la Bible, ou Horace, ou Dante, ou l’Alcyone. Mon livre de chevet est celui dans lequel se trouvent «la fleur des Temps et la sagesse des Nations»: le Barbanera ».

Ce à quoi faisait allusion D’Annunzio est un almanach dont le plus ancien exemplaire conservé de nos jours date de 1762. Connu sous le nom de Lunario Barbanera, il doit son nom au mystérieux personnage représenté sur la première page et décrit comme astronome, astrologue et philosophe: un homme avec une abondante barbe noire.

Le Lunario Barbanera fut publié pour la première fois, selon l’encyclopédie Treccani, en 1743 à Foligno en Ombrie. La ville était connue pour être le pays des éditeurs et des imprimeurs et ce fut là que fut imprimée la première version de la Divine Comédie de Dante Alighieri en 1472. Le Lunario Barbanera n’était que l’héritier d’une longue tradition d’almanachs dont l’un des premiers fut imprimé à Foligno en 1564. Ce fut la famille d’imprimeurs Campitelli qui fit le succès du Barbanera en choisissant en 1793 un format de soixante pages tel qu’il est encore édité de nos jours et, à la fin du XIXe siècle, la diffusion était quasi nationale avec quelques 400 000 exemplaires distribués en Italie centrale et méridionale.

En plus du calendrier astronomique et des prévisions météorologiques, le Lunario contenait le calendrier des saints et des festivals, des conseils, des proverbes, des dictons, des anecdotes, des recettes et des prédictions extravagantes, toujours possibles et parfois avérées, d’où sa célébrité. Il fut copié et repris à maintes reprises dans toute l’Italie: on le retrouve dès 1796 à Bologne sous le titre fabuleux: Il Girasole, ossia orologio celeste del vero e unico Barbanera (Le Tournesol, à savoir l’horloge céleste du vrai et unique Barbanera), ainsi qu’à Loreto, Palerme, Rome et Naples. Lors des grands flux migratoires de l’émigration italienne à la fin du XIXe siècle, des versions modifiées furent imprimées à New York et à Buenos Aires, contenant des conseils pratiques pour les immigrants, tels que des instructions pour le voyage ou pour transférer de l’argent en Italie.

Jusqu’au milieu des années 1970, le Lunario Barbanera était principalement lu par les habitants des zones rurales qui profitaient des prévisions météorologiques et des conseils domestiques quotidiens. Il était vendu dans les foires et par les vendeurs ambulants à partir du mois de septembre. Sa large diffusion en fit un outil parfait pour la diffusion de la langue italienne et sa popularité est démontrée par le grand nombre de références dont il fit l’objet dans la littérature italienne.

Actuellement, il est diffusé à plus de deux millions d’exemplaires chez les marchands de journaux et les librairies, souvent distribué en cadeau de fin d’année par les entreprises à leurs clients. Il appartient aux éditions Campi qui créèrent la Fondation Barbanera avec plus de 6 000 almanachs italiens et étrangers publiés depuis le XVIIe siècle et plus de 15 000 documents de toute sorte sur le Lunario.

Sa popularité est telle que le terme « lunario » est entré dans le langage courant, comme dans l’expression « perdere il lunario » qui veut dire perdre la raison. De même, « Barbanera » est devenu synonyme d’astrologue naïf. Quoi qu’il en soit, sage ou naïf:

Gli astri il sole e ogni sfera
or misura Barbanera,
per poter altrui predire,
tutto quel ha da venire

Lunario Barbanera - Author unknown

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