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Daniele Comboni

Jusqu’au début du XIXe siècle, le continent africain était resté terra incognita pour les Européens qui n’en avaient exploré que les côtes avec l’établissement de quelques comptoirs coloniaux, et les missions chrétiennes, bien qu’actives sur le continent depuis le XVe siècle, n’avaient pu développer que peu de contacts avec les Africains.

La situation commença à changer dans la première moitié du XIXe siècle lorsque les puissances européennes lancèrent des expéditions pour cartographier l’ensemble du continent et réalisèrent les vastes ressources qui s’y trouvaient. Dans le même temps, les progrès technologiques, comme le développement de la marine à vapeur, les transports ferroviaires et le télégraphe, ainsi que les progrès médicaux contre les maladies tropicales, notamment l’utilisation de la quinine contre la malaria, permirent aux Européens de pénétrer dans des zones tropicales jusque-là inexplorées. Dans l’élan de ce nouveau colonialisme, des congrégations missionnaires pénétrèrent plus avant dans les terres et s’établirent durablement avec la mise en place d’institutions et d’infrastructures ecclésiales.

En 1857, un prêtre de Vérone, Nicola Mazza, fondateur d’un institut religieux d’études supérieures pour les pauvres à Vérone, organisa une expédition missionnaire, composée de cinq de ses disciplines et d’un laïc, en Afrique centrale – aujourd’hui le Soudan. Le benjamin de l’équipe avait 26 ans et s’appelait Daniele Comboni.

Il était né en 1831 à Limone sul Garda, en Lombardie, d’une famille d’agriculteurs employés chez des riches propriétaires. Daniele était le quatrième enfant d’une fratrie de huit, mais il fut le seul à survivre jusqu’à l’âge adulte. A l’âge de douze ans, il entra dans l’institut fondé par le père Mazza qui lui instilla l’amour de l’Afrique et des missions. En 1849, il décida de devenir prêtre et jura à Mazza de consacrer toute sa vie à l’Afrique sub-saharienne. Cinq ans plus, il compléta ses études de philosophie et de théologie et fut ordonné prêtre le 31 décembre 1854.

Trois ans plus tard, le 8 septembre 1857, il réalisa son rêve et partit avec l’expédition organisée par Mazza. Les missionnaires arrivèrent à Khartoum le 8 janvier 1858, puis continuèrent leur route jusqu’à la station Sainte Croix, dans la région du Haut Nil Blanc, où ils restèrent un peu moins d’un an. Les conditions furent très dures, deux de ses compagnons moururent des fièvres, mais le jeune Comboni ne se découragea pas. Il écrivit à ses parents: « Nous devrons nous fatiguer, transpirer, mourir; mais la pensée qu’on sue et qu’on meurt par amour de Jésus-Christ et pour le salut des âmes les plus abandonnées du monde est trop douce pour nous faire renoncer à cette grande entreprise. » A la mort de l’un des deux missionnaires, il fut même confirmé intérieurement dans sa décision de poursuivre la mission, comme il l’écrivit: « Ou l’Afrique ou la mort! »

Daniele_Comboni_1873 - Author unknown

Malade, Comboni revint pourtant en Italie en 1859 et travailla avec des jeunes Africains libérés de l’esclavage et envoyés à Vérone dans l’institut de Mazza. Il écrivit des dictionnaires et des livres de grammaire des dialectes qu’il avait entendus lors de sa première mission: le Denka, le Bari, le Kordofan et le Nuba. En 1864, alors qu’il se trouvait devant le tombeau de saint Pierre à Rome, il eut une révélation qui le conduisit à mettre sur pied un « Plan pour la régénération de l’Afrique » qu’il soumit au pape Pie IX. Ce dernier lui déclara: « Labora sicut bonus miles Christi pro Africa » (travaille comme un bon soldat du Christ pour l’Afrique). Face aux difficultés provoquées par le climat et les maladies, ainsi que celles provoquées par les problèmes d’adaptabilité culturelle des étudiants africains en Europe, Comboni recommandait que tous les ordres missionnaires européens réunissent leurs ressources et construisissent des instituts sur l’ensemble du continent, dans les zones climatiques favorables aux Européens. Une fois les Africains instruits, tant dans les manières religieuses que laïques, ils se rendraient dans les zones plus difficiles d’accès pour les Européens et continueraient la mission évangélisatrice. Comboni écrivit: « La régénération de l’Afrique par l’Afrique elle-même me semble le seul moyen de christianiser le continent. » C’était une conviction révolutionnaire pour l’époque, car elle soutenait que les Africains étaient les égaux des Européens et que l’Afrique avait la capacité de se sauver elle-même sur tous les niveaux: moraux, culturels et sociaux.

Comme on pouvait s’en douter, ce plan ne fut soutenu par aucun pays, car il impliquait une action commune de l’ensemble des nations européennes alors qu’elles n’étaient motivées, à l’époque, que par leurs intérêts nationaux. Néanmoins, Comboni ne perdit par espoir et fonda à Vérone, en 1867, un institut pour la formation des missionnaires, sur le modèle des Missions étrangères de Paris. La direction et l’enseignement furent confiés aux Jésuites et l’institut fut approuvé le 8 décembre 1871 sous le nom de « Fils du Sacré-Coeur de Jésus ». Très rapidement, l’institut combonien devint un point de référence pour les missionnaires qui voulaient continuer leur travail, mais qui n’étaient plus soutenus par leur propre hiérarchie pour des raisons financières.

A la fin 1867, Comboni partit en Egypte avec trois pères camiliens, trois soeurs françaises et 16 Africaines éduquées en Europe pour mettre en place un institut missionnaire au Caire. Il revint ensuite en Europe et fit la tournée des capitales pour recruter des volontaires et trouver des fonds, toujours dans l’idée que son Plan devait être l’oeuvre de l’ensemble de l’Europe et non d’une seule nation.

En 1872, il fonda la Mission combonienne des Soeurs, ainsi qu’une revue missionnaire qui devint dix ans plus tard l’actuelle Nigrizia. Le 2 juillet 1877, Pie IX le nomma vicaire apostolique de l’Afrique centrale et Comboni fut consacré évêque en août de la même année.

En 1880, il repartit en Afrique pour consolider le travail des missionnaires, durement frappés par la sécheresse et les maladies. Sa tâche était d’autant plus compliquée qu’elle était entravée par la traite des esclaves qui représentait une industrie établie. A chacun de ses voyages, Comboni se battit pour traquer les trafiquants et fermer les marchés aux esclaves. Mais il ne put mener à bien le combat: le 5 octobre 1881 à Khartoum, âgé de cinquante ans, il fut frappé par de fortes fièvres et il mourut cinq jours plus tard. Il fut enterré dans le jardin de la mission le jour suivant. Ses derniers mots avaient été: « Je me meurs, mais mon oeuvre, qui est l’oeuvre de Dieu, ne mourra pas. » Sa sépulture fut vandalisée quelques années plus tard, lors de la guerre des Mahdistes. Ses ossements furent retrouvés par des missionnaires en 1898 et enterrés dans une église à Assouan, en Egypte.

Comboni fut béatifié par le pape Jean-Paul II le 17 mars 1996, puis canonisé le 5 octobre 2003.

Daniele Comboni - Author: Giacomo Augusto 2

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