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Ernesto Teodoro Moneta naquit à Milan le 20 septembre 1833. Sa famille avait des origines aristocratiques remontant au XVIe siècle et bénéficiait d’une situation économique solide grâce au grand-père d’Ernesto qui avait fondé la première fabrique moderne de savon et de carbonate de sodium. Au début de l’année 1848, alors âgé de 14 ans, Ernesto assista et participa aux Cinq journées de Milan, événement qui développa chez lui un fort sentiment patriotique. Abandonnant ses études, il s’enfuit avec deux camarades pour s’enrôler dans l’armée piémontaise, mais considéré comme trop jeune, il fut envoyé à l’école militaire d’Ivrea. A la fin de l’année scolaire, il retourna à Milan.

On ne sait pas grand-chose des années qui suivirent, mais on le retrouve en 1858 – juste après la tentative d’assassinat de Napoléon III par Felice Orsini – lorsqu’il fonda avec d’autres étudiants une société secrète anti-autrichienne. L’année suivante, en 1859, il abandonna ses idéaux républicains et se rendit à Turin pour rejoindre la Società nazionale Italiana, dont le programme incluait l’unification italienne sous la dynastie des Savoie. La même année, il s’engagea avec cinq de ses frères dans les troupes de montagne commandées par Giuseppe Garibaldi, puis suivit ce dernier lors de l’Expédition des Mille. Promu officier d’état-major, il continua sa carrière militaire jusqu’en 1866 lors de la troisième guerre d’indépendance contre les Autrichiens. Déçu par la défaite de Custoza, qui révéla l’incompétence des cadres supérieurs de l’armée italienne, et choqué par le grand nombre de morts et de blessés dont le sacrifice lui parut vain au regard des accords politiques et diplomatiques subséquents qui permirent, malgré les échecs militaires, à l’Italie d’annexer la Vénétie, Moneta décida de renoncer à sa carrière militaire pour se consacrer au journalisme.

Deux de ses amis avaient repris la direction du quotidien milanais, Il Secolo, et Moneta fut d’abord engagé comme reporter avant d’être promu au poste de directeur en 1869. Il transforma le journal selon les modèles français, en envoyant les reporters dans la rue pour trouver des informations de première main et en publiant des illustrations et des photographies en première page. Il Secolo se démarqua rapidement de ses concurrents et devint un puissant instrument de formation de l’opinion publique. Moneta l’utilisa pour exprimer ses idéaux pacifistes nés de son expérience de la guerre, ainsi que sa position contre les abus du clergé qui, selon lui et malgré ses convictions profondément religieuses, constituaient un empêchement à l’unification d’Italie et au progrès social.

Les souffrances dont Moneta avait été témoin pendant sa carrière militaire l’incitèrent à rechercher des moyens pour abolir la guerre et, en 1887, il fonda la Società Internazionale per la Pace: Unione Lombarda pour convaincre l’opinion publique de la nécessité du désarmement, de la création d’une ligue des nations et du règlement des conflits internationaux par arbitrage. En 1895, il devint le représentant italien à la commission du Bureau International de la Paix.

En 1896, il quitta Il Secolo et fonda deux ans plus tard La Vita Internazionale, une revue pacifiste qui devint l’organe officiel de l’Unione Lombarda. Le but du magazine était d’éduquer les générations futures à la paix, à la non-violence, à la doctrine de l’arbitrage et aux grandes questions internationales, telles que l’étude des alliances politiques dans l’intérêt général de la civilisation.

En septembre de la même année, il organisa en collaboration avec une revue pacifiste française, L’Humanité nouvelle, un questionnaire auprès des lecteurs sur le sujet du militarisme et de la prévention de la guerre, les invitant à trouver une solution utile pour l’ensemble de l’humanité et pour le progrès civil des peuples. L’écrivain russe Léon Tolstoï répondit dans un article intitulé « Carthago delenda est » où il développa une défense de la non-violence tellement vigoureuse et excessive que Moneta fit précéder l’article d’un billet dans lequel il dissociait les rédacteurs de La Vita Internazionale de la pensée idéologique de Tolstoï. L’article, qui incitait la population à se révolter contre l’armée et contre toute forme d’autoritarisme, entraîna la saisie temporaire de la revue par l’autorité judiciaire.

Parallèlement à son travail à La Vita Internazionale, Moneta écrivit un grand recueil historique, Le guerre, le insurrezioni e la pace nel secolo XIX, publié en quatre volumes en 1903, 1904, 1906 et 1910, dans lequel il présentait une synthèse des événements historiques du XIXe siècle, ainsi qu’une chronique du mouvement de paix analysé dans ses origines et ses buts. Dans son recueil, Moneta mit en évidence les faits de caractère général, afin d’en saisir pour chacun les conséquences directes et indirectes, et son récit est riche en documentation et en souvenirs personnels.

En 1906, il planifia et fit construire le Pavilion pour la Paix à l’Exposition internationale de Milan, durant laquelle il présida le quinzième Congrès International de la Paix. Ses actions répétées en faveur de la paix lui valurent la reconnaissance de ses pairs en 1907, lorsqu’il partagea le prix Nobel de la Paix avec le Français Louis Renault. Pour des raisons de santé, il ne put se rendre à Oslo pour recevoir son prix et ne put s’exprimer devant le Comité Nobel norvégien que pendant l’été 1909. Dans son discours, il résuma sa vision du pacifisme en ces termes: « Le pacifisme ne vise pas à détruire les patries, en les fondant dans le creuset du cosmopolitisme, mais à les constituer, si elles ne le sont pas encore, suivant la justice ».

Malgré tout, Moneta reste une personnalité paradoxale, comme le mentionne la page qui lui est consacrée dans le site officiel du Prix Nobel. En 1911, il soutint la guerre que l’Italie mena contre la Turquie, en raison de la mission civilisatrice de l’Italie en Libye, et en 1915, il plaida en faveur de l’entrée de l’Italie dans le premier conflit mondial, afin de combattre les desseins impérialistes de la Triple-Alliance.

Moneta mourut en 1918 d’une pneumonie et fut enterré à Missaglia, près de Lecco. Le monument que ses amis lui consacrèrent à Milan souligne le paradoxe de sa vie en le décrivant à la fois comme garibaldien et comme défenseur de la paix.

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