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Niccolò Tommaseo naquit en Dalmatie, dans la ville de Sebenico (l’actuelle Šibenik en Croatie) en 1802, dans une famille de commerçants italiens. La ville avait été sous domination vénitienne pendant des siècles, était entrée dans le territoire de l’Empire d’Autriche en 1797, était devenue française en 1805 pour redevenir autrichienne en 1815, et le jeune Niccolò développa très jeune une forte identité italienne. Il fit ses premières écoles au séminaire de Spalato (l’actuelle Split) et, en 1817, il entra à l’université de droit de Padoue.

Après l’obtention de son diplôme en 1822, il passa quelques années entre Padoue et Milan, où il travailla comme journaliste et fréquenta des personnalités du monde intellectuel catholique comme Antonio Rosmini, Alessandro Manzoni et Antonio Fortunato Stella. En 1827, il s’installa à Florence et publia, en 1830, le Dizionario dei Sinomini della Lingua Italiana qui établit auprès de l’élite italienne ses compétences linguistiques. Il collabora également activement à la revue mensuelle florentine, l’Antologia, de Giovan Pietro Vieusseux et Gino Capponi, mais un de ses articles, paru en 1832 sur la guerre d’indépendance grecque, provoqua la fermeture du journal par le grand-duc Leopold II de Toscane. En janvier 1834, il termina Dell’Italia, un essai sur sa conception de la nation italienne; cependant, sachant qu’il ne pourrait pas le publier en Italie et que son permis de séjour à Florence ne serait pas renouvelé, Tommaseo choisit de s’exiler en France.

Cet exil volontaire, d’abord à Paris de 1834 à 1837, puis brièvement à Nantes et finalement à Bastia, joua un rôle primordial dans son identité italienne, comme si le Dalmate, pas tout à fait italien en Italie, devenait plus italien hors d’Italie. Il écrivit divers ouvrages dans lesquels le thème de l’exil revenait fréquemment et où il exprimait une grande souffrance (difficultés matérielles, nostalgie, isolement ou incompréhension), mais aussi une sorte de volonté de vivre l’exil dans les pires conditions possibles. Pour comprendre la démarche psychologique de Tommaseo lors de son séjour en France, je vous propose de lire l’excellent essai d’Aurélie Gendrat-Claudel référé dans les liens externes.

Pendant son séjour à Bastia, Tommaseo fréquenta l’écrivain bastiais, Salvatore Viale, qui défendait l’italien comme langue culturelle de l’île et avec lequel il compila les traditions orales italiennes de la Corse. Il écrivit également un grand roman historique, Fede e bellezza, influencé par les Promessi sposi de Manzoni, mais qui s’en démarquait par l’exploration de solutions narratives variées: du journal intime au récit et de la forme épistolaire au roman historique. Par ailleurs, Tommaseo analysa non seulement le contexte extérieur, mais également la réalité intérieure de l’homme, tentant de faire progresser le genre historique vers le genre psychologique, sur le modèle de Manon Lescaut de l’abbé Prévost.

En 1839, Tommaseo put rentrer en Vénétie et il s’installa pendant 10 ans à Venise. Il publia les deux premiers volets de Fede, ainsi que deux ouvrages qui sont des exemples rares au XIXe siècle de culture métropolitaine: Canti popolari italiani, corsi, illirici, greci (1841) et Scintille (1842).

Manin et Tommaseo - Author Napoleone Nani

En janvier 1848, il fut emprisonné avec l’avocat et patriote Daniel Manin pour ses positions anti-autrichiennes, puis libéré deux mois plus tard par les révolutionnaires qui chassèrent les Autrichiens de Venise. Il fut nommé ministre de la nouvelle République de Saint-Marc, puis son ambassadeur à Paris, jusqu’à sa chute en août 1849 où la ville fut reprise par les Autrichiens.

A nouveau contraint à l’exil, il partit à Corfou où il écrivit plusieurs essais, parmi lesquels Rome et le monde, écrit en français, dans lequel il soutenait la nécessité pour l’Eglise catholique de renoncer à son pouvoir temporel sur Rome.

Il retourna en Italie en 1854, à Turin d’abord, puis en 1859 à Florence où il resta jusqu’à sa mort en 1874. Républicain convaincu, il montra son opposition à la Maison de Savoie en refusant la position de sénateur du tout nouveau royaume d’Italie. Il continua d’écrire des essais polémiques en se déclarant contre la peine de mort dans Supplizio d’un italiano a Corfù et contre le darwinisme dans L’uomo e la scimmia. Il fut l’un des premiers à saisir l’importance de la question des Balkans, luttant pour la reconnaissance d’une autonomie de la région, et il s’engagea dans une réconciliation entre les Eglises catholique et orthodoxe. En parallèle et en collaboration avec Bernardo Bellini, il consacra les vingt dernières années de sa vie au monumental Dizionario della lingua italiana.

Niccolo_Tommaseo_Venezia - Author: Francesco Barzaghi

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