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Martiri di Belfiore

En 1848-1849, la péninsule italienne fut secouée par des soulèvements populaires contre les dominations étrangères – Habsbourg au nord, Bourbon au sud et les papes au centre – qui touchèrent toutes les grandes villes et, pendant quelques mois, les patriotes italiens eurent l’espoir de voir se réaliser leur rêve d’indépendance, de liberté et d’unité nationale. Dans le royaume de Lombardie-Vénétie, après la prise de Milan et de Venise, tombées aux mains des patriotes le même jour, le 22 mars 1848, les Autrichiens durent céder toutes leurs possessions en Italie du Nord, sauf le quadrilatère formé par les forteresses de Peschiera, Mantoue, Legnago et Vérone où ils se réfugièrent. Mais très rapidement, ils reconquirent les territoires perdus et forcèrent le royaume de Sardaigne, qui était venu en aide aux insurgés, à capituler. Le 9 août 1848, l’armistice de Salasco mit fin à la première guerre d’indépendance et l’Empire d’Autriche retrouva ses frontières établies en 1815 par le Congrès de Vienne.

En reprenant le pouvoir, les Autrichiens menèrent une véritable politique de représailles pour mâter tout mouvement révolutionnaire. Les insurgés furent jugés et 961 d’entre eux exécutés. Plus de 4 000 prisonniers politiques furent emprisonnés et tous les biens des exilés saisis. Le maréchal Joseph Radetzky, commandant en chef de l’armée autrichienne en Lombardie-Vénétie, encourageait la répression, soutenu par la cour de Vienne.

Enrico Tazzoli

L’opposition ainsi muselée s’organisa dès lors dans l’ombre et les sociétés secrètes proliférèrent. A Mantoue, où les habitants n’avaient pas réussi à se libérer de l’occupation autrichienne pendant le « Printemps des peuples », Don Enrico Tazzoli, un prêtre de 38 ans, organisa et coordonna la formation d’un comité insurrectionnel, en accord avec Giuseppe Mazzini. Les vingt premiers conjurés se rencontrèrent pour la première fois le 2 novembre 1850 et se mirent en contact avec les cellules de Milan, Venise, Brescia, Vérone, Padoue, Trévise et Vicence. Ils imprimaient des tracts et récoltaient de l’argent en vendant des « bons d’emprunt » de solidarité imaginés par Mazzini pour financer les activités révolutionnaires.

Au printemps 1851, les Autrichiens arrêtèrent un patriote de Côme, Luigi Dottesio, en possession de documents compromettants qui conduisirent à l’arrestation, en octobre 1851, du prêtre de Cerese, Don Giovanni Grioli. Les deux furent condamnés à mort et exécutés.

Giovanni_Grioli - Author: Massimo Telò

Les Autrichiens renforcèrent leur surveillance et, en janvier 1852, arrêtèrent Luigi Pesci, un collecteur d’impôts de Mantoue, soupçonné de fabriquer des faux billets de banque autrichiens. Alors qu’ils perquisitionnaient sa maison, les Autrichiens trouvèrent par hasard un « bon d’emprunt » de Mazzini. Soumis à la torture, Pesci avoua l’avoir reçu de Don Ferdinando Bosio, un prêtre ami de Tazzoli. Bosio ne résista pas non plus à la torture et dénonça Tazzoli comme coordinateur du mouvement.

Tazzoli ne parla pas sous la torture, mais les Autrichiens trouvèrent chez lui un registre dans lequel il avait codé le nom des adhérents qui avaient versé leurs cotisations. Grâce à un informateur, les Autrichiens trouvèrent la clé de lecture le 24 juin 1852 et 110 patriotes furent arrêtés. En peu de temps, les Autrichiens apprirent le nom des conjurés du comité insurrectionnel et ceux des adhérents des autres provinces et de l’étranger, ainsi que les différents complots en préparation contre les Autrichiens, dont un attentat contre Radetzky et un autre contre l’empereur d’Autriche François-Joseph.

Un premier procès eut lieu le 13 novembre 1852 et se termina par la condamnation à mort de dix conspirateurs, dont Tazzoli. Mais, selon la loi, un prêtre ne pouvait être jugé que par un tribunal ecclésiastique. Une année plus tôt, lorsque Grioli avait été condamné à mort, l’évêque de Mantoue, Giovanni Corti, avait refusé de désavouer le prêtre et ce dernier avait été fusillé avec sa soutane, ce qui avait été considéré comme un crime par les autorités ecclésiastiques. Corti refusa également de condamner Tazzoli et les autorités autrichiennes se tournèrent alors vers le pape Pi IX. Le 24 novembre, un ordre spécial arriva de Rome qui força Corti à procéder à la lecture de l’acte de condamnation de Tazzoli, à lui faire retirer ses vêtement consacrés et à lui ôter, avec un couteau, la peau des doigts qui avait touché l’hostie de l’eucharistie.

Don_Enrico_Tazzoli - Author: Massimo Telò

Radetzky commua cinq condamnations à mort en peine de prison et, le 7 décembre 1852, Tazzoli fut pendu, avec Angelo Scarsellini, Carlo Poma, Bernardo De Canal et Giovanni Zambelli, à Belfiore, juste à l’extérieur des murs de Mantoue. Le 3 mars 1853, trois autres conspirateurs, Tito Speri, le héros de l’insurrection de Brescia en 1848, Carlo Montanari et Don Bartolomeo Grazioli, prêtre de Revere, furent condamnés à mort et pendus. Pietro Frattini et Pietro Fortunato Calvi furent pendus le 19 mars et le 4 juillet, portant à onze le nombre des martyrs de Belfiore.

Pour l’exemple, le gouvernement autrichien interdit l’enterrement religieux des pendus et leurs corps furent enterrés en bas des fortifications de la ville. Ils furent découverts en juin 1866 par des ouvriers qui les cachèrent dans le cimetière de la ville et, après la réunification de la Vénétie au royaume d’Italie, ils furent officiellement enterrés selon le rite chrétien.

Le 7 décembre 1872, un monument fut élevé en l’honneur des martyrs sur la place Sordello de Mantoue.

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