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Fratelli Bandiera

Lorsqu’Attilio Bandiera naquit en 1810 à Venise, cette dernière n’était déjà plus la Sérénissime mais faisait partie du Regno Italico créé par Napoléon Bonaparte en 1805. Neuf ans plus tard, lorsque son petit frère Emilio vit le jour, Venise était passée aux mains des Autrichiens et faisait partie du royaume de Lombardie-Vénétie. Leur père, le baron Francesco, s’était adapté à ces changements et faisait carrière dans la marine. Nommé lieutenant de frégate sous les Français, il atteignit sous les Autrichiens le grade de capitaine de vaisseau, puis celui de contre-amiral. Ses fils suivirent son exemple et entrèrent à l’Académie impériale de marine de Venise. Attilio fut reçu officier en 1828 et Emilio en 1836.

Au début des années 1840, les deux frères étaient inséparables, et les idées et les sentiments de l’un correspondaient à ceux de l’autre. Gagnés à la cause de la liberté et de l’unité de l’Italie, ils fondèrent une société secrète, l’Esperia, proche de l’esprit des carbonari, et ils entrèrent en contact avec Giuseppe Mazzini et d’autres membres du mouvement politique La Giovine Italia.

Durant l’année 1843, les frères Bandiera participèrent à des actions de propagande et enrôlèrent à la cause patriotique plusieurs de leurs collègues de la marine, la plupart italiens. Début 1844, convaincus que l’unification d’Italie commencerait par le Mezzogiorno, ils planifièrent de capturer un navire de guerre pour bombarder la ville de Messine et attaquer la garnison des Bourbons du royaume des Deux-Siciles, mais trahis par un informateur, ils désertèrent et s’enfuirent sur l’île de Corfou d’où était originaire leur mère.

Pendant ce temps, en mars 1844, des émeutes contre les Bourbons éclatèrent à Cosenza, en Calabre. Elles furent rapidement réprimées et conduisirent à la condamnation à mort de 21 insurgés, dont six seulement furent exécutés. Les frères Bandiera entendirent parler de l’insurrection et partirent pour la Calabre avec 19 hommes, dont le brigand calabrais Giuseppe Meluso et le bandit corse Pietro Boccheciampe. Le 16 juin 1844, ils arrivèrent à l’embouchure de la rivière Neto, près de Crotone, et apprirent que la révolte avait pris fin et que la population avait été mâtée. Ils décidèrent cependant de continuer leur expédition et se dirigèrent sur le plateau de la Sila.

Le Corse, entendant qu’il n’y avait plus de révolte, disparut et se rendit à la police de Crotone où il dénonça ses compagnons. L’alarme fut donnée et les gardes bourbons commencèrent les recherches. Le 20 juin, alors que l’expédition arrivait à San Giovanni in Fiore, elle fut repérée et, après un court affrontement où deux compagnons furent tués, tous les conspirateurs furent capturés, sauf Meluso qui réussit à s’enfuir grâce à sa connaissance de la région. Les blessés furent emmenés à Cosenza tandis que les autres étaient emmenés à la prison de Rovito. Ils furent jugés en cour martiale et condamnés à mort. Le roi Ferdinand II des Deux-Siciles commua aux galères les peines de huit condamnés et les neuf autres furent fusillés le 25 juillet 1844. Il s’agissait d’Aurelio et Emilio Bandiera, Giovanni Venerucci, Anacarsi Nardi, Nicola Ricciotti, Giacomo Rocca, Domenico Moro, Francesco Berti et Domenico Lupatelli. Ils tombèrent en lançant le cri: « Viva l’Italia! » Parmi les survivants dont les peines furent commuées en prison à vie se trouvaient Carlo Osmani, Giuseppe Tesei (dont le frère Francesco avait été tué lors de l’affrontement), Giovanni Vanessi et Giuseppe Pacchioni qui dessina le portrait de six des condamnés.

Attilio e Emilio Bandiera - Author: Giuseppe Pacchioni

Les corps des neufs victimes furent ensevelis dans l’église Sant’Agostino, avant d’être transférés dans la cathédrale de Cosenza. Ceux des frères Bandiera et de Domenico Moro furent rapatriés à Venise le 18 juin 1867, moins d’un an après la réunification de la ville au royaume d’Italie à la fin de la troisième guerre d’indépendance, et ils furent enterrés à la basilique San Zanipolo.

Le martyre des frères Bandiera fut rapidement connu à travers toute la péninsule et devint le symbole de la résistance. Entre 1961 et 1966, la commune de Crotone fit construire par l’architecte Giorgio Volpato un monument à la mémoire des neufs fusillés. La première pierre fut posée à l’occasion du centenaire de l’unification de l’Italie le 26 mars 1961.

Monument Bandiera - Author: BeppeveltriLien externe

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