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Menotti

Après la chute de Napoléon Bonaparte, le Congrès de Vienne de 1815 favorisa en Italie – et ailleurs – les principes de légitimité et de restauration monarchiques au mépris du droit des nationalités et des aspirations des peuples à l’unité nationale. Les idées libérales révolutionnaires avaient cependant marqué les esprits et restaient présentes malgré leur négation par les puissances conservatrices. Des sociétés secrètes, qui constituaient alors le seul moyen d’expression politique, virent le jour dès la conclusion du Congrès et organisèrent des mouvement insurrectionnels qui furent systématiquement réprimés par les régimes absolutistes qu’ils combattaient. Le mouvement politique qui prit le plus d’ampleur fut celui des carbonari, émergeant d’abord du royaume des Deux-Siciles avant de se répandre dans les Etats pontificaux, puis dans les royaumes de Sardaigne et de Lombardie-Vénétie.

A Modène, le duché fut rétabli et le duc François IV d’Este-Autriche monta sur le trône. Dans un premier temps, il favorisa la politique des insurgés dans l’espoir que les troubles mèneraient à la création d’un royaume d’Italie du Nord, dont il se voyait le souverain naturel de par son appartenance à la fois à la Maison des Habsbourg-Lorraine et à la Maison de Savoie. Lors des troubles de 1821 qui aboutirent au procès de 47 carbonari, il montra une certaine clémence, réduisant les peines et graciant l’un des deux condamnés à mort.

Un révolutionnaire, étrangement, ne fut pas inquiété lors de ce procès. Il s’agissait d’un jeune homme de vingt-deux ans, Ciro Menotti, qui était entré chez les carbonari en 1817. Très jeune, il avait développé de forts sentiments démocratiques et patriotiques qui l’avait amené à rejeter la domination autrichienne en Italie et il entretenait des contacts réguliers avec les cercles libéraux français et les exilés démocrates italiens dans le but de libérer le duché de Modène du joug de l’Autriche.

Connaissant l’indulgence du duc François à l’égard des carbonari et son désir d’unifier l’Italie du nord sous sa couronne, Menotti avait pris contact avec lui et avait reçu son soutien, bien que non officiel. Après les soulèvements de 1821, il devint l’un des chefs des libéraux modérés, toujours en contact avec le duc, fondant des noyaux révolutionnaires avec pour mots d’ordre « indépendance, union et liberté ».

En 1830, l’Italie s’embrasa dans un important mouvement insurrectionnel, prélude de la première guerre d’indépendance de 1848-1849. Menotti organisa en détail le soulèvement de Modène et, le 3 février 1831, rassembla dans sa propre maison quarante conspirateurs pour coordonner les différentes actions. Cependant, François IV, dans un brusque volte-face, décida de retirer son soutien à la cause des insurgés. Les historiens émettent trois hypothèses à la cause de ce double jeu: certains estiment que le duc avait compris que le projet d’un royaume d’Italie du Nord n’était qu’un rêve; d’autres parlent d’une rivalité entre Menotti et François IV; et les derniers pensent que le duc avait peur de perdre trop de privilèges après la révolution.

François IV fit donc encercler la maison et capturer les conspirateurs qui ne réussirent pas à s’échapper. Blessé, Menotti fut arrêté. Deux mois plus tard, il fut condamné à mort par pendaison avec trois autres conspirateurs. Toutes les tentatives pour convaincre le duc de commuer sa condamnation en peine de prison échouèrent et Menotti fut exécuté le 26 mai 1831. La lettre qu’il écrivit à sa femme la nuit précédant son exécution et qu’il remit à son confesseur, fut confisquée et ne fut remise qu’en 1848, deux ans après la mort de François IV, lors des émeutes qui chassèrent pendant quelques mois le nouveau duc, François V.

Menotti devint pour les patriotes du XIXe siècle l’exemple à suivre du héros romantique, courageux et révolutionnaire, à tel point que Giuseppe Garibaldi surnomma son premier-né Menotti. En 1879, le sculpteur Cesare Sighinolfi érigea une statue à son effigie en face de l’ancien palais ducal et, en 2007, la ville de Modène restaura la maison où il fut arrêté et construisit un monument à l’emplacement où il fut exécuté.

Ciro_Menotti - Author unknown

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