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Ugo Foscolo est le type même du poète romantique, amoureux de la patrie, de la femme et de la langue italienne, et il utilisera cette dernière pour servir la première et exalter la beauté de la deuxième.

Né en 1778 sur l’île ionienne de Zante, alors en territoire vénitien, d’une mère grecque et d’un père italien, Ugo était un vénitien de coeur. La famille s’établit en 1785 à Spalato où le père avait trouvé un travail de médecin, puis après la mort de celui-ci en 1788, elle déménagea à Venise. Le jeune homme continua ses études d’abord à l’école San Cipriano à Murano, puis à l’université de Padoue où il étudia le grec ancien et moderne, le latin, la philosophie et les écrivains italiens et étrangers. En 1795, pour des raisons mal connues, il changea son prénom de baptême, Niccolò, en Ugo et il écrivit sa première tragédie, Thyeste, qui fut jouée le 4 janvier 1797 au théâtre Sant’Angelo.

Le 12 mai 1797, Venise fut occupée par les troupes de Napoléon Bonaparte au terme de la campagne d’Italie. Enthousiasmé par les idées démocratiques, Foscolo salua l’arrivée des Français par une Ode à Bonaparte libérateur, mais déçu par le traité de Campo-Formio du 18 octobre 1797 qui livrait Venise à l’Autriche, il se rendit à Milan où il se lia avec les écrivains Vincenzo Monti et Giuseppe Parini. L’année suivante, il partit à Bologne pour travailler comme journaliste.

La même année, il commença à écrire Les dernières lettres de Jacopo Ortis considéré comme le premier roman épistolaire de la littérature italienne. Foscola s’inspira des Souffrances du jeune Werther de Goethe et de La nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, mais au thème de l’amour malheureux s’ajoute la déception du jeune patriote causée par le traité de Campo-Formio. Passion amoureuse et passion politique se conjuguent pour le malheur d’un Ortis noble et pur, rejeté par une société corrompue, et conduisent à son suicide.

En 1798, il s’enrôla dans la Garde nationale et combattit aux côtés des Français dans plusieurs villes italiennes. Blessé à la bataille de Cento, il fut fait prisonnier par les Autrichiens, mais fut libéré peu de temps après par les troupes françaises. Entre 1799 et 1804, il participa à plusieurs batailles en Italie, avant d’être envoyé à Valenciennes en France pour préparer l’invasion de l’Angleterre. Il y resta deux ans et, lorsque le projet fut abandonné, il retourna en Italie où il se retira de l’armée.

Pendant toutes ces années, il avait eu le temps de se consacrer à son activité littéraire et composé plusieurs odes et sonnets qui furent rassemblés en un livret. Foscolo composa ses vers sur le modèle des classiques grecs et latins et traita de sujets autobiographies, centrés sur les thèmes de la perte et de la quête (de la jeunesse, de l’histoire individuelle et collective, de la mémoire, de la langue, de l’amour).

Ugo_Foscolo - Author: Andrea Appiani

En 1807, il publia son oeuvre la plus importante, Les Tombeaux. Le XVIIIe siècle avait vu le développement de la littérature « sépulcrale » initiée en Angleterre par les écrivains romantiques Thomas Gray et Edward Young, et Foscolo reprit ce thème en écho à l’édit de Napoléon de 1804 qui avait fait fermer les cimetières situés autour des églises et exigeait que, pour des raisons démocratiques, tous les tombeaux aient la même taille et que leurs inscriptions soient contrôlées par une commission spéciale. Bien qu’athée, Foscolo répondit par un long poème de 295 versi sciolti (vers hendécasyllabe non rimé, intermédiaire entre la poésie lyrique et la prose narrative) dans lequel il décrit l’utilité des sépultures et des rites funéraires comme lien entre les vivants et les morts et rappelle que le tombeau éternise le nom des grands et, surtout, donne une valeur d’exemple aux nouvelles générations. Il traça une ligne ascendante qui va de la tombe comme lieu de douleur qui réunit la famille et les amis à la tombe comme symbole de la mémoire de toute une famille à travers les siècles créant une continuité de valeurs de père en fils, de la tombe comme signe individuel à la tombe qui porte en elle les valeurs idéales et les droits civils de tout un peuple.

En mars 1808, Foscolo fut nommé professeur d’éloquence à l’université de Pavie, mais les chaires de cette discipline furent supprimées par Napoléon quelques mois plus tard. Foscolo eut cependant le temps de prononcer une magnifique leçon inaugurale, De l’origine et des devoirs de la littérature, dans laquelle il exposa, entre autres, l’idée qu’il se faisait de la mission des professeurs, la seule profession où l’on soit entretenu par la société pour dire la vérité et il engagea son auditoire à considérer la littérature dans une perspective nationaliste.

Son rêve d’indépendance s’écroula en 1814, lorsque les Autrichiens instaurèrent le royaume de Lombardie-Vénétie. Refusant de prêter serment à l’occupant, il s’exila en Suisse jusqu’en 1816, puis partit à Londres. Toute sa vie, Foscola fut amoureux, mais jamais de la même femme. Lorsqu’il était stationné en France, il avait rencontré une jeune Anglaise, Lady Fanny Hamilton, de laquelle il eut une fille, Mary, qu’il appellera toujours Floriana. C’est chez cette dernière qu’il se réfugia et il connut à la fois la vie mondaine des salons littéraires et la misère des soucis financiers domestiques. Il continua à écrire, en italien sur Dante Alighieri et Boccace, en anglais sur Pétrarque.

Il mourut à Londres le 10 septembre 1827 et fut enterré au cimetière de Chiswick. Le 7 juin 1871, ses restes furent ramenés en Italie, à la demande du roi Victor-Emmanuel II, et enterrés, à côté de Nicolas Machiavel, Vittorio Alfieri, Michel-Ange et Galilée, dans l’église de Santa Croce à Florence, le Panthéon de la gloire italienne qu’il avait célébré dans Les Tombeaux.

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