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Silvio Pellico

Silvio Pellico naquit en 1789 à Saluzzo dans le Piémont. Il fit ses écoles à Pignerol, puis à Turin où son père, pourtant monarchiste, l’emmena assister aux assemblées populaires du département français du Pô qui avait chassé la Maison de Savoie de ses possessions au Piémont. Très jeune, Silvio développa ainsi un fort sentiment patriotique. Parallèlement, il était passionné de littérature et, à l’âge de dix ans, il écrivit une tragédie inspirée de la traduction de James Macpherson des poèmes d’Ossian.

A 17 ans, il partit à Lyon pour faire un apprentissage de commerce auprès de son oncle et revint en Italie quatre ans plus tard. Il s’installa à Milan avec sa famille et obtint un poste de professeur de français au Collège des orphelins militaires. Toujours aussi passionné de littérature, il se lia avec les écrivains Ugo Foscolo et Vincenzo Monti. Sous leur influence, il écrivit en 1813 une première pièce de théâtre, Laodamie, que Foscolo trouva admirable. Pourtant, ce fut sa deuxième pièce, Francesca di Rimini, celle justement que Foscolo lui conseilla de jeter au feu, qui fit connaître Pellico au grand public. Pellico s’inspira de la tragédie, immortalisée dans L’Enfer de Dante Alighieri, des amours tragiques de Francesca et de son beau-frère Paolo Malestra, mais en l’interprétant à la lumière des influences romantiques de l’époque. La pièce sortit le 18 août 1815, à Milan, et fut jouée par l’actrice choisie – et aimée – par Pellico, Carlotta Marchionni.

A la chute de Napoléon Bonaparte, Pellico perdit son travail au Collège militaire et s’installa à Magenta, auprès du comte Luigi Porro Lambertenghi qui lui confia l’éducation de son fils. Le comte était un fervent patriote, partisan de la formation d’un royaume indépendant en Lombardie et il fut déçu de l’arrivée des Autrichiens. A ses côtés, Pellico découvrit le carbonarisme et il rencontra des patriotes de renom comme Federico Confalonieri, Ludovico di Breme et Pietro Borsieri. Ensemble, ils fondèrent Il Conciliatore, un bi-hebdomadaire traitant principalement de politique et de littérature, mais aussi d’économie, de technique et de droit. Conçu à la base comme un journal non radical, Il Conciliatore présentait en réalité des articles progressistes de tendance anti-autrichienne  et rassemblait les écrits des grands penseurs patriotes de l’époque, tels que Giuseppe Pecchio, Gian Domenico Romagnosi ou Melchiorre Gioia. Le premier numéro sortit le 3 septembre 1818 et Pellico fut nommé directeur et rédacteur en chef. Un peu plus d’une année plus tard, le 26 octobre 1819, Pellico fut convoqué au commissariat de police où il lui fut demandé de ne plus envoyer des articles de nature politique à la censure sous peine d’être expulsé du royaume de Lombardie-Vénétie. Les amis et collaborateurs d’Il Conciliatore décidèrent alors, comme acte de solidarité et de protestation, de supprimer le journal.

Arresto_pellico_maroncelli - Author: Carlo Felice Biscarra

En 1820, Pellico devint membre des carbonari et il eut juste le temps d’écrire une nouvelle tragédie, Euphemio da Messina, avant d’être arrêté le 13 octobre 1820, avec son ami Piero Maroncelli. Les deux hommes, d’abord détenus à Milan, furent transférés aux Plombs de Venise. Ils furent accusés de haute trahison et, après un long procès, ils furent condamnés à mort le 6 décembre 1821. Le 6 février 1822, l’empereur François Ier d’Autriche commua leur peine à vingt ans pour Maroncelli et quinze ans pour Pellico, à servir dans la terrible forteresse du Spielberg en Moravie.

Pellico resta dans cette prison jusqu’en août 1830, lorsqu’il fut pardonné. Il rentra à Turin le 17 septembre, considérablement marqué physiquement et moralement par cette longue détention. En 1831, il publia quelques pièces qu’il avait écrites en prison, et commença à écrire, encouragé par son confesseur, son expérience carcérale. Le livre, Mes prisons, sortit l’année suivante et connu immédiatement un immense succès, même au-delà des frontières italiennes. Mes prisons décrit avec réalisme, sans amertume, la dureté de la prison de Spielberg et le premier ministre autrichien, Klemens von Metternich, dit du livre qu’il fit plus de mal à l’image de l’Autriche qu’une guerre perdue. Dès 1833, Mes prisons fut traduit en langue étrangère et il circula dans les salons, attirant la sympathie des intellectuels européens envers les mouvements insurrectionnels des Italiens contre la domination autrichienne en Italie du nord.

Sur le point d’émigrer en raison de l’ostracisme dont il était victime à cause de son passé carbonariste, Pellico fut invité par le marquis de Barolo à séjourner dans son palais de Turin. Il devint l’ami de la marquise, Juliette Colbert, qui le prit comme secrétaire et l’associa à ses projets de réforme des prisons. Il mourut 31 janvier 1854 et est enterré dans le cimetière monumental de Turin.

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