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Presa di Roma

A la fin 1866, le territoire du royaume d’Italie s’étendait sur toute la botte italienne, sauf dans l’enclave autour de Rome, encore en possession du pape Pie IX. En 1864, la France, protectrice des Etats pontificaux, avait accepté de retirer ses troupes qui défendaient Rome contre la garantie que l’Italie respecterait les frontières pontificales et transférerait sa capitale de Rome à Florence – afin de bien montrer sa volonté de ne pas faire de Rome sa capitale – sous la condition, cependant, que si un foyer révolutionnaire éclatait à Rome, l’Italie avait une totale liberté d’action pour le réprimer.

C’était ne pas avoir écouté le discours devant le parlement de Camillo Cavour le 25 mars 1861 lorsqu’il avait dit: « Ho detto e affermo ancora una volta che Roma, Roma sola, deve essere la capitale d’Italia » (J’ai dit et j’affirme encore une fois que Rome, Rome seule, doit être la capitale d’Italie).

Et c’était compter sans Giuseppe Garibaldi qui rassembla, en octobre 1867, 5 000 volontaires entre Terni et Orvieto pour tenter la prise de Rome, avec l’accord non officiel du gouvernement d’Urbano Rattazzi. Garibaldi encercla l’état pontifical, sans pour autant violer ses frontières en vertu de l’accord entre la France et l’Italie de 1864, et attendit vainement un soulèvement populaire à Rome qui lui permettrait d’entrer dans la ville. Mais, pendant ce temps, l’empereur Napoléon III avait envoyé environ 2 000 hommes de Paris qui débarquèrent à Civitavecchia le 29 octobre et qui affrontèrent et repoussèrent les Garibaldiens, mettant fin pour quelques années aux espoirs des Italiens.

Car, alors que les troupes de Garibaldi avaient respecté l’accord de 1864 de ne pas pénétrer dans l’état pontifical, les Français le violèrent en laissant leurs troupes à l’intérieur de Rome. La position de Paris fut exprimée par le ministre d’Etat Eugène Rouher devant le parlement français: « Nous déclarons que l’Italie peut faire sans Rome et qu’elle ne s’emparera jamais de cette ville. La France ne supportera jamais cette violence faite à son honneur et au catholicisme. » En réponse de quoi, Giovanni Lanza déclara dans son discours d’investiture de la présidence de la chambre des députés le 9 décembre 1867 que « nous sommes unanimes à vouloir la réalisation de l’unité nationale, et Rome, tôt ou tard, pour la nécessité des choses et pour la raison des temps, devra être la capitale de l’Italie. »

Ce fut la Prusse qui, involontairement, débloqua la situation trois ans plus tard en provoquant la France dans la célèbre dépêche d’Ems du 13 juillet 1870 au sujet de la candidature de Leopold Hohenzollern au trône d’Espagne vacant depuis 1868. La France répondit en déclarant la guerre à la Prusse et elle retira ses troupes de Rome pour les faire participer au conflit. La route de Rome était ouverte.

Le roi Victor-Emmanuel II essaya de parlementer avec Pie IX en lui expliquant « l’inévitable nécessité pour assurer la sécurité de l’Italie et du Saint-Siège, que mes troupes, déjà en place aux frontières, s’avancent pour occuper les positions indispensables pour la sécurité de Votre Sainteté et le maintien de l’ordre ». Le pape déclara la demande illégitime et s’en remit à Dieu.

Le 20 septembre 1870, après cinq heures de cannonade par les bersaglieri, une charge de dynamite, posée près de la Porta Pia, provoqua une brèche d’environ trente mètres dans le mur d’Aurélien et permit l’entrée des troupes italiennes et l’occupation de la ville. Elles ne rencontrèrent qu’une résistance symbolique de la part des troupes pontificales qui avaient reçu l’ordre d’éviter une riposte militaire violente, mais Pie IX condamna sévèrement cette occupation qui mettait fin à la domination séculaire de l’Eglise sur Rome. En effet, depuis 752, Rome était le siège du pouvoir temporel des papes et elle devint ce jour-là (même si la date officielle fut le 3 février 1871) la capitale du royaume d’Italie, engendrant la fameuse « question romaine » qui sépara le pape de ses fidèles italiens pendant près de soixante ans, jusqu’aux accords du Latran du 11 février 1929.

Après plus d’un demi-siècle de luttes passionnées et meurtrières, le Risorgimento était accompli. L’Italie était unifiée et Rome était enfin sa capitale. Un nouveau mouvement vit alors le jour dans la péninsule, l’irrédentisme, qui revendiquait l’annexion des territoires de langue italienne: le Trentin, la Dalmatie, l’Istrie et la ville de Trieste. Il fut très actif dans les premières années du XXe siècle et aboutit à l’intégration dans le royaume d’Italie des territoires revendiqués, ainsi que de la ville de Fiume, prise par le poète Gabriele D’Annunzio en 1919.

A noter que suite à la déclaration de Rouher de 1867, le terme « jamais » entra dans le vocabulaire italien pour souligner les prévisions définitives démenties par les événements ultérieurs.

unione di Roma all'Italia

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