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battaglia di Bezzecca

Après les importantes conquêtes de 1860, la proclamation du royaume d’Italie en mars 1861 et la mort du premier ministre Camillo Cavour trois mois plus tard, le processus du Risorgimento marqua un temps d’arrêt. Pourtant, l’unification italienne ne pouvait pas être considérée comme accomplie, tant que Rome resterait sous le pouvoir temporel du pape Pie IX et que la Vénétie, le Trentin et Trieste seraient sous domination autrichienne.

Sachant que l’empereur des Français, Napoléon III, se posait en fervent défenseur de ce qu’il restait des Etats pontificaux, le roi d’Italie Victor-Emmanuel II désirait donner la priorité au problème de la Vénétie. Pensant que le gouvernement leur était favorable, Giuseppe Garibaldi et Giuseppe Mazzini préparèrent en 1862 une armée de volontaires qu’ils rassemblèrent aux frontières du Tyrol, mais Turin intervint et arrêta l’expédition afin de prévenir des répercussions internationales prématurées.

L’attention de Garibaldi se tourna alors vers Rome et il débarqua avec 2 000 volontaires en Sicile en juillet 1862 dans l’intention de remonter la botte italienne jusqu’à Rome. Dans un discours à Palerme, il attaqua violemment Napoléon III en le traitant de « voleur, rapace et usurpateur » et en finissant son harangue par « Va-t’en, Napoléon, va-t’en! Rome est à nous! » Turin dut envoyer une division de l’armée qui combattit Garibaldi et ses hommes dans le massif de l’Aspromonte. Garibaldi, blessé et arrêté, fut renvoyé dans sa résidence sur l’île de Caprera.

La question de Rome fut à nouveau d’actualité deux ans plus tard. La France et l’Italie, désireuses d’atténuer le conflit qui les opposait concernant les Etats pontificaux, signèrent le 15 novembre 1864 la Convention de septembre selon laquelle Napoléon III retireraient ses troupes de Rome dans les deux ans, tandis que l’Italie garantissait les frontières des Etats pontificaux et s’engageait à déplacer la capitale du royaume de Turin à Florence, afin de bien montrer sa volonté de ne pas faire de Rome sa capitale. La confiance ayant été rétablie entre les deux nations, Turin pouvait enfin se tourner vers Venise et Trieste.

Pendant ce temps, les nuages s’accumulaient au nord de l’Europe et, en 1865, un conflit semblait inévitable entre l’Autriche et la Prusse. Le premier ministre prusse, Otto von Bismarck, dépêcha son ambassadeur à Florence pour sonder le premier ministre italien, Alfonso La Marmora, sur l’attitude du royaume d’Italie en cas de conflit. Après des mois d’échanges diplomatiques entre les deux pays (et la France qui servit de médiatrice), l’Alliance italo-prussienne fut signée le 8 avril 1866 à Berlin, établissant les modalités de l’entrée en guerre des deux nations contre l’Empire d’Autriche et les compensations respectives en cas de victoire. Pour l’Italie, la compensation serait la Vénétie.

L’Autriche tenta de rompre l’Alliance en proposant à la France de lui céder la Vénétie qu’elle céderait à son tour à l’Italie (l’Autriche n’ayant pas reconnu le royaume d’Italie, elle ne pouvait s’adresser directement à lui) en échange de la neutralité de la France et de l’Italie en cas de conflit austro-prussien. La Marmora refusa.

La guerre entre la Prusse et l’Autriche débuta début juin 1866 et l’Italie déclara la guerre à l’Autriche le 20 juin. C’était la première guerre de la nouvelle armée italienne qui était composée des bataillons des anciennes armées sarde et napolitaine, ainsi que de soldats venant des armées pontificale et autrichienne et d’environ 40 000 volontaires menés par Garibaldi. Elle n’avait pas suffisamment de troupes d’artillerie et manquait d’officiers subalternes. En outre, elle était fortement handicapée par le manque de cohésion et les rivalités entre les anciens bataillons des armées de terre et des marines des royaumes de Sardaigne et des Deux-Siciles et le roi Victor-Emmanuel, commandant en chef des armées, n’avait pas les capacités de commandement nécessaires pour apaiser les différends.

Vénétie - Author: Decan

L’armée fut divisée en deux corps, l’un dirigé par La Marmora sur le Mincio, l’autre dirigé par le général Enrico Cialdini sur le Pô, mais les deux hommes ne s’accordèrent pas sur les tactiques militaires à suivre. Le résultat fut la terrible défaite de Custoza, le 24 juin. L’armée de La Marmora qui s’était avancée à l’intérieur du quadrilatère autrichien formé par les forteresses de Peschiera, Mantoue, Legnago et Vérone, fut repoussée au-delà du Mincio, sans recevoir le soutien prévu de Cialdini, pourtant avantagé par la faiblesse de défense des Autrichiens au nord du Pô. Ce ne fut que le 29 juin que ce dernier accepta à traverser le Pô, mais à la condition de prendre d’abord la forteresse de Borgoforte où il rencontra, contre toute attente, une forte résistance.

Le 14 juillet, les Italiens tinrent un conseil de guerre à Ferrare où il fut décidé que Cialdini mènerait une armée de 150 000 hommes à travers la Vénétie, pendant que La Marmora, avec 70 000 hommes, bloquerait les troupes autrichiennes du quadrilatère. Pendant ce temps, la marine italienne, commandée par l’amiral Carlo di Persano, partirait d’Ancône pour se diriger vers l’île de Lissa en Dalmatie qui lui servirait de point de débarquement. Quant aux volontaires de Garibaldi, ils devaient envahir le Trentin et s’approcher le plus possible de la ville de Trente, car si le sort de la Vénétie avait été réglé lors de l’Alliance italo-prussienne, il n’avait pas été question du Trentin.

Les succès obtenus par Cialdini, qui s’avança rapidement à travers la Vénétie jusqu’à Udine qu’il atteint le 22 juillet, et par Garibaldi, qui mena une bataille décisive à Bezzecca le 21 juillet, furent malheureusement obscurcis par la défaite de la marine italienne lors de la bataille navale de Lissa le 20 juillet.

Néanmoins, les actions italiennes réussirent à occuper les troupes autrichiennes sur le front alpin, permettant ainsi à la puissante armée prussienne de remporter des batailles importantes sur le front allemand. Le 26 juillet, l’Autriche capitula devant la Prusse et, le 31 juillet, une trêve fut déclarée entre l’Italie et l’Autriche jusqu’au 10 août. Lors des pourparlers de Nikolsburg, l’Autriche refusa de remettre directement la Vénétie à l’Italie, estimant qu’elle n’avait pas perdu la guerre sur ce front. Il fut donc décidé qu’elle la remettrait à la France qui la rétrocéderait à l’Italie avec le consentement de la population au travers d’un plébiscite.

Unione all'Italia

Après la défaite de Lissa, la guerre entre l’Italie et l’Autriche n’aurait pu se poursuivre que sur le front du Trentin, mais sans le soutien des Prussiens, Victor-Emmanuel II préféra ordonner la retraite. Le 9 août, il envoya un télégramme à Garibaldi lui ordonnant de se retirer des territoires nouvellement conquis, auquel le général répondit par son fameux: « Obbedisco! » (J’obéis!).

La fin des hostilités fut signée à Cormons le 12 août 1866 et la paix signée le 3 octobre lors du traité de Vienne. Malgré les défaites militaires, l’Italie avait remporté une importante victoire dans sa lutte pour l’unification de son territoire. Elle aurait pourtant encore à lutter pour conquérir Rome, le Trentin et Trieste.

En plus de la Vénétie, l’Italie remporta l’un des plus forts symboles de la royauté en Italie, la Couronne de fer, réalisée, selon la légende, en 591 sur l’ordre de Théodelinde de Bavière à partir d’un des clous de la Sainte Croix. Elle fut portée par les rois lombards d’Italie, puis servit au sacre de Charlemagne en 774. Les empereurs germaniques la ceignirent lors de leur sacre comme rois d’Italie jusqu’à Charles-Quint en 1530. Napoléon Bonaparte la reçut lors de son couronnement à Milan le 26 mai 1805 et les empereurs d’Autriche en firent le symbole officiel du royaume, figurant sur ses armes et ses monnaies. A partir de 1890 et jusqu’en 1946, elle fut intégrée dans les grandes armoiries du royaume d’Italie.

Couronne de fer - Author: James Steakley

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