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unita d'Italia

Au temps de la rencontre entre le roi Victor-Emmanuel II et Giuseppe Garibaldi à Teano le 26 octobre 1860, le territoire du royaume de Sardaigne s’étendait du nord au sud de la péninsule. En moins de dix-huit mois, depuis le début de la deuxième guerre du Risorgimento, il s’était agrandi pour comprendre les différents duchés de l’Emilie, ainsi que la Toscane (intégrés suite à des plébiscites en mars 1860), le royaume des Deux-Siciles (conquis par Garibaldi lors de l’expédition des Mille pendant le printemps et l’été 1860 ) et la Romagne, les Marches et l’Ombrie (enlevés aux Etats pontificaux par l’armée de Sardaigne en septembre 1860). Le royaume de Sardaigne avait perdu Nice et la Savoie, et il manquait encore la Vénétie occupée par les Autrichiens, ainsi que Rome et ses alentours sous domination du pape Pie IX, mais à cette date, l’unification d’Italie touchait à son but.

Unità d'Italia - Author unknown

L’étape suivante pour finaliser la nouvelle nation était la proclamation du royaume d’Italie. Le premier ministre de Victor-Emmanuel, Camillo Cavour, organisa en janvier 1861 les élections du premier parlement, selon le modèle du Statut Albertin instauré dans le royaume de Sardaigne en 1848: la chambre des députés fut élue par le peuple et le Sénat nommé par le roi.

Bien qu’encore définie comme la VIIIe législature du royaume de Sardaigne, la première session « italienne », avec les représentants de tout le pays, se tint le 18 février 1861 au palais Carignano à Turin et fut inaugurée, selon la tradition, par le discours du trône dans lequel le roi demandait aux députés et aux sénateurs de donner des institutions communes et une base stable à une Italie « libre et presque totalement unie ». Le 21 février, puis le 26 février, Cavour soumit aux chambres un projet de loi composé d’un seul article pour officialiser le nouveau nom du royaume:

Articolo unico:
Il Re Vittorio Emanuele II assume per sè e suoi successori il titolo di Re d’Italia
(Le roi Victor-Emmanuel II assume pour lui et ses successeurs le titre de roi d’Italie)

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Les députés de gauche auraient préféré une autre formulation de la loi. Ils désiraient associer le peuple et marquer une rupture entre le royaume de Sardaigne et le royaume d’Italie en éliminant le « II » du titre du roi, et ils proposèrent: « Victor-Emmanuel est proclamé par le peuple roi d’Italie ». Ils auraient aimé institutionnaliser le premier souverain d’un nouvel état de la même manière que le roi Jacques VI d’Ecosse était devenu Jacques Ier d’Angleterre lorsqu’il avait réuni sous la même couronne l’Ecosse, l’Irlande et l’Angleterre. Alors qu’ils considéraient que la conservation du « II » n’était qu’une simple extension de la souveraineté du royaume de Sardaigne sur le reste de l’Italie (ce qu’on appellera la piémontisation de l’Italie), les autres députés y virent un signe de continuité de la dynastie de la Maison de Savoie qui avait réalisé la « conquête royale » de l’unification italienne et la proposition fut refusée.

Le projet de loi tel que proposé par Cavour fut approuvé le 14 mars et le 17 mars 1861 la loi fut entérinée.

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Le nouvel état n’avait pas une tradition politique unique, le centre et le nord ayant des traditions municipales ou seigneuriales et le sud une forte tradition monarchique centralisée à Naples, mais il reposait sur une culture antique commune et une conscience nationale qui servirent d’éléments fédérateurs. Cependant, le dicton attribué à Massimo d’Azeglio juste avant sa mort en 1866, « Fatta l’Italia, bisogna fare gli Italiani » (l’Italie est faite, maintenant il faut faire les Italiens), montre bien que l’unification ne fut pas un événement limité et ponctuel de l’histoire, mais un long et laborieux processus.

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L’unification fit bien des déçus, particulièrement dans la sud du pays. A cause du coût des campagnes militaires, les finances du royaume étaient exsangues et les rares capitaux furent investis au nord. Le développement économique en cours de réalisation sous le régime des Bourbons prit subitement fin et les industries du sud furent laissées à l’abandon afin de ne pas concurrencer celles du nord. Les populations, qui avaient cru que leurs conditions de vie s’amélioreraient, durent au contraire faire face à des impôts plus élevés et à la conscription obligatoire. En 1868, Garibaldi écrivit: « Les outrages subis par les populations méridionales sont incommensurables. Je suis convaincu de ne pas avoir fait mal, même si je ne referais pas aujourd’hui le chemin de l’Italie méridionale de peur d’être lapidé, étant celui qui a occasionné seulement de la misère et suscité seulement de la haine. »

Sur le plan international, le royaume d’Italie fut immédiatement reconnu, dès le 30 mars, par l’Angleterre et la Suisse, suivies deux semaines plus tard par les Etats-Unis. A part l’Espagne, l’Autriche et la Russie qui avaient rompu les relations diplomatiques avec Turin lors de l’expédition des Mille, la plupart des états européens reconnurent rapidement le nouveau royaume, même la France – protectrice des Etats pontificaux – qui négocia cependant d’abord la présence de troupes françaises à Rome pour assurer sa défense. Les puissances européennes considéraient qu’une Italie unifiée pouvait être une source de stabilité pour l’ensemble du continent au lieu d’être une terre de conflits et beaucoup la considéraient, d’une part, comme un obstacle aux tendances expansionnistes de la France et de l’Autriche et, d’autre part, comme une concurrente à la France et à l’Angleterre pour le contrôle de la Méditerranée.

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