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Sbarco a Marsala

N.B. Cet article est le deuxième d’une série de six sur l’Expédition des Mille.

Le 6 mai, Giuseppe Garibaldi partit de Quarto, un quartier de Gênes, sur les deux navires fournis non-officiellement par le royaume de Sardaigne, avec 1162 volontaires qui avaient été recrutés dans les régions du centre et du nord et comprenaient principalement des étudiants, des artisans, des médecins, des avocats et des ingénieurs. Ils n’avaient pas d’uniforme, mais certains portaient une chemise rouge comme celles que Garibaldi avaient fournies à la légion de volontaires italiens lors de son séjour en Uruguay.

Ils étaient équipés de vieux fusils, mais n’avaient ni munitions, ni poudre. Les deux navires accostèrent alors le 7 mai à Talamone, sur la côte toscane, pour s’en procurer auprès de la garnison de l’armée piémontaise stationnée dans le fort militaire. Les militaires leur donnèrent en plus trois vieux canons et une centaine de carabines.

Le 9 mai, l’expédition s’arrêta à Porto Santo Stefano pour s’approvisionner en charbon et Garibaldi en profita pour débarquer 64 volontaires menés par le colonel Callimaco Zambianchi à qui il donna l’ordre de provoquer une insurrection dans les Etats pontificaux. L’objectif était de faire croire au roi Francesco II des Deux-Siciles que les Garibaldiens avaient l’intention de traverser les Etats pontificaux avant d’attaquer le royaume des Deux-Siciles, ceci afin de provoquer le départ des troupes napolitaines de Sicile et de faciliter le débarquement de l’expédition des Mille. La mission échoua et Zambianchi fut arrêté sur ordre de Camillo Cavour qui craignait une rupture des relations avec la France, alliée des Etats pontificaux. Outre les 64 volontaires qui quittèrent le groupe, neuf républicains partisans de Giuseppe Mazzini abandonnèrent l’expédition lorsqu’ils réalisèrent qu’ils devraient se battre pour la monarchie de Savoie et non pour la république. Garibaldi continua avec 1 089 volontaires.

L’expédition prit la direction de la Sicile, alors que la Royal Navy positionnait ses vaisseaux dans le canal de Sicile et le long des côtes méridionales, afin d’intimider Francesco II. En effet, le Royaume-Uni, dont les relations avec le royaume des Deux-Siciles étaient tendues depuis la tentative, en 1836, du roi Ferdinand II de lui retirer sa concession sur les mines de soufre et qui voyait d’un mauvais oeil les ingérences françaises dans les affaires italiennes, avait pris ouvertement parti pour Garibaldi et soutenait la création d’un état unifié sur l’ensemble de la péninsule. La France, quant à elle, avait la position ambiguë d’être à la fois la puissance protectrice du pape et le principal allié du royaume de Sardaigne, dont elle aurait préféré toutefois que le territoire se limitât à l’Italie septentrionale. Le royaume des Deux-Siciles avait pour lui l’Espagne, l’Autriche et la Russie, mais ces puissances ne firent aucun mouvement pour lui montrer leur volonté de l’aider.

Malgré cette position isolée, Francesco II pouvait compter sur une armée de 100 000 hommes et la flotte la plus puissante de toute la Méditerranée. Son adversaire n’avait que mille volontaires, mais prêts à tout, et il escomptait le soutien des Sicilens, tant des grands propriétaires fonciers que de la population, qui avaient tous gardé en mémoire la terrible répression des Bourbons qui avait suivi l’insurrection de 1848. Un mois avant l’expédition, en avril 1860, un patriote sicilien exilé au nord, Rosolino Pilo, s’était rendu en Sicile dans l’intention de préparer le terrain pour une future expédition. Lors de son séjour, une révolte avait éclaté dans les collines autour de Palerme, puis s’était répandue en ville où elle avait été rapidement réprimée par les troupes de Francesco II. Bien que mâtée, elle avait montré au nord la volonté des Siciliens de se débarrasser des Bourbons et l’avait convaincu d’entreprendre l’expédition.

Garibaldi avait l’intention de débarquer à Sciacca, mais il se dérouta vers Marsala en apprenant de l’équipage d’un voilier anglais que le port de la ville n’était pas protégé par les navires bourboniens. En outre, deux navires de guerre de la Royal Navy, l’Intrepid et l’Argus, se tenaient à l’entrée du port afin d’entraver toute action de la marine royale des Deux-Siciles. Lorsque le Stomboli arriva pour protéger Marsala, c’était trop tard, les Garibaldiens avaient déjà débarqué.

L’ensemble des puissances européennes se rassembla pour protester contre l’acte de piraterie du « bandit Garibaldi », royaume de Sardaigne compris. Cependant, officieusement, Turin envoya en renfort des troupes sardes habillées en civils. Les habitants de Marsala montrèrent d’abord peu d’enthousiasme, inquiets d’un débarquement qui les mettait en danger face aux autorités royales de l’île, mais les forces de Garibaldi augmentèrent rapidement au fur et à mesure de leur progression à l’intérieur de l’île. Le jour du débarquement, le 11 mai, Garibaldi motiva les ardeurs par une proclamation restée célèbre où il appelait toute la population sicilienne à prendre les armes.

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