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Solferino

N.B. Cet article est le dernier d’une série de quatre sur la deuxième guerre d’indépendance italienne. Pour le contexte historique, voir San Fermo.

Après la bataille de Magenta remportée par les forces franco-piémontaises, les Autrichiens se replièrent vers le Mincio, dans le « quadrilatère » formé par les villes de Peschiera, Mantoue, Legnago et Vérone, leur système défensif depuis 1815 compris entre le Mincio à l’ouest, le Pô au sud, l’Adige à l’est et la voie ferrée Milan-Venise qui permettait d’assurer le ravitaillement. C’était à cet endroit que Vienne avait pensé entraîner les troupes de l’empereur Napoléon III au début de la guerre, en avril 1859, mais les Franco-Italiens avaient stratégiquement imposé le centre des premiers combats autour de Milan, lorsque les troupes autrichiennes n’étaient pas encore complètement rassemblées. A son retour à Vérone, le maréchal Ferencz Gyulai trouva l’empereur François-Joseph Ier venu de Vienne pour reprendre le commandement de l’armée et qui le releva de ses fonctions suite à la défaite de Magenta.

QuadrilateroAustriaco - Author: Sacranon

Une fois la prise de Milan assurée le 8 juin et le reste de la Lombardie libéré de la présence autrichienne, Napoléon III avança vers l’est pour poursuivre l’ennemi. Il s’attendait à trouver les Autrichiens sur la rive est du Mincio, plus favorable tactiquement à l’ennemi, mais François-Joseph retraversa le Mincio, abandonné quelques jours plus tôt par Gyulai, afin de se positionner sur les collines au sud du lac de Garde et surprendre l’armée française.

Alors que le 23 juin au soir les deux armées étaient déployées sur deux lignes parallèles, très proches l’une de l’autre, qui s’étendaient du nord au sud sur 20 kilomètres, la coalition franco-italienne était convaincue que les patrouilles de reconnaissance autrichiennes qu’elle avait rencontrées tout au long de la journée faisaient partie de l’arrière-garde de l’armée de Gyulai. De leur côté, les Autrichiens pensaient que l’ennemi serait retardé et désorganisé par la traversée de la rivière Chiese dont ils avaient détruit tous les ponts et ils ne se doutaient pas de l’efficacité du génie français qui permit à l’armée franco-piémontaise d’arriver plus vite que prévu au niveau des collines que venait justement d’occuper François-Joseph.

Solferino - Author: Ligabo

Le 24 juin à l’aube, l’armée franco-piémontaise se mit en marche pour une mission qu’elle pensait facile: occuper les villages de Solferino, Cavriana, Medole, Guidizzolo et Pozzolengo, ceux-là mêmes dans lesquels était implantée l’armée autrichienne. En quelques heures, de violents combats commencèrent qui conduisirent à une mêlée générale, chaotique et très violente, qui dura plus de 18 heures. De nombreux combats se déroulèrent à Médole, Solferino et San Martino et l’absence de plan de bataille ordonné, l’équilibre des forces en jeu et la détermination féroce des deux camps furent les principales causes de l’énorme carnage.

Ce fut une des batailles les plus meurtrières de l’histoire du XIXe siècle. Les forces franco-italiennes se présentèrent avec 173 000 fantassins, 14 500 cavaliers et 522 canons contre 147 000 fantassins autrichiens, 88 escadrons de cavalerie et 688 pièces d’artillerie. A la fin de la journée, elles avaient perdu 2 500 hommes, laissaient sur le terrain 12 500 blessés et comptaient 3 000 prisonniers ou disparus. Les Autrichiens comptaient 3 000 morts, 10 800 blessés et 8 600 prisonniers ou disparus.

Souvenir_Solferino - Author: Henri Dunant

Le champ de bataille était couvert de cadavres et de blessés qui agonisaient sans qu’aucun secours ne fût organisé. Les services sanitaires étaient insuffisants, ils manquaient de tout, de moyens, de nourriture et de personnel. Certains blessés furent transportés à Castiglione, dans l’église, dans l’école et chez les habitants. Un suisse de 31 ans, Henri Dunant, alors en voyage d’affaires dans la région, fut amené à visiter le champ de bataille à Solferino. Choqué par tant d’horreurs, il se transforma pour quelques jours en brancardier et, à son retour à Genève, alerta ses amis pour organiser une mission de secours à Castiglione. En 1862, il rédigea un livre sur son expérience, Un souvenir de Solferino, et en 1864, après de nombreuses démarches, il parvint à faire signer par 19 pays une convention sur le secours aux blessés de guerre. En 1863, il créa, avec un groupe de citoyens de Genève, le Comité international de la Croix-Rouge et il reçut le premier prix Nobel de la paix en 1901.

Au terme des combats, les Autrichiens furent rejetés au-delà du Mincio dans le « quadrilatère » où ils auraient la possibilité de s’appuyer sur leurs grandes forteresses et de recevoir des renforts de Vienne. Inquiet des mouvements de mobilisation prussiens sur le Rhin dégarni de troupes françaises, désireux de ne pas trop affaiblir l’Autriche, éventuel rempart contre les ambitions prussiennes, et embarrassé par les mouvements révolutionnaires en Italie centrale et méridionale qui menaçaient les Etats pontificaux alliés de la France, Napoléon III choisit de suspendre les hostilités le 8 juillet malgré les protestations piémontaises. Lors des négociations, ni le premier ministre du royaume de Sardaigne Camillo Cavour, ni le roi Victor-Emmanuel II, n’était présent et les conditions de l’armistice furent négociées sans eux. Elles furent donc moins intéressantes pour les Italiens qu’ils ne s’y attendaient et ces derniers se sentirent trahis au point que Cavour préféra démissionner.

Les deux empereurs se rencontrèrent à Villafranca di Verona et, le 11 juillet, l’armistice fut signé. L’Autriche cédait la Lombardie (Mantoue et Peschiera exceptées) à la France qui la redonnait au royaume de Sardaigne. La Vénétie, par contre, restait autrichienne. Victor-Emmanuel II donna son accord « à titre personnel », laissant ainsi la porte ouverte à toute rétractation gouvernementale.

Les gains du royaume de Sardaigne étant inférieurs à ceux prévus par l’Alliance franco-sarde de janvier 1859, le roi n’était plus tenu de céder Nice et la Savoie à la France. En 1860, la Toscane, Modène, Parme, l’Emilie et la Romagne choisirent de rejoindre le royaume de Sardaigne et Victor-Emmanuel II accepta alors de signer le traité de Turin, le 24 mars 1860, par lequel il déliait ses sujets de Nice et de la Savoie de leur serment de fidélité. Napoléon était parvenu à ses fins, mais Victor-Emmanuel dut attendre encore 6 ans et la bataille de Sadowa le 3 juillet 1866 pour que la Vénétie intègre enfin le royaume d’Italie.

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