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San Fermo

N.B. Cet article est le premier d’une série de quatre sur la deuxième guerre d’indépendance italienne.

La première phase du Risorgimento (1848-1849) vit le développement de différents mouvements révolutionnaires sur l’ensemble de la péninsule et un conflit entre le royaume de Sardaigne et l’Empire d’Autriche, mais elle se conclut par un retour au statu quo, avec les mêmes frontières politiques définies lors du Congrès de Vienne en 1815.

Italia 1859 - Author: Pramzan

Pour réussir la réunification d’Italie, le royaume de Sardaigne abandonna alors l’idée d’une confrontation militaire et s’engagea dans la voie diplomatique. Camillo Cavour, premier ministre depuis 1852, se rapprocha de la France et de l’Angleterre afin d’obtenir une place parmi les puissances européennes les plus progressistes. Dans cette perspective, il envoya en 1855 un corps de bersaglieri en Crimée combattre la Russie, aux côtés de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Empire ottoman, ce qui lui permit de s’asseoir à la table des négociations du congrès de Paris en 1856 et de nouer des premiers contacts avec l’empereur des Français Napoléon III. En effet, cette opération avait restauré le prestige de l’armée sarde et créé des liens de fraternité entre les Français et les Piémontais.

C’est ainsi qu’en juillet 1858, et malgré l’attentat du 14 janvier 1858 de Felice Orsini contre Napoléon III qu’il rendait responsable de l’échec de la République romaine de 1849, des négociations secrètes se tinrent à Plombières en France entre l’empereur et Cavour contre l’Empire d’Autriche. Ces accords prévoyaient que, après une guerre victorieuse contre l’Autriche, la péninsule serait divisée en quatre principaux états liés dans une confédération présidée par le pape: le royaume de la Haute Italie sous le roi Victor-Emmanuel II de Savoie, le royaume de l’Italie centrale, les Etats pontificaux limités à Rome et à ses environs, et le royaume des Deux-Siciles.

Après six mois de négociations de la part des deux protagonistes pour en obtenir le meilleur parti, les accords de Plombières furent entérinés par l’Alliance franco-sarde signée le 28 janvier 1859 selon laquelle, en cas d’attaque militaire de la part de Vienne, la France interviendrait afin de défendre le royaume de Sardaigne avec pour objectif de libérer la Lombardie-Vénétie de la domination autrichienne et de la céder au Piémont. En retour, la France recevrait les territoires de Nice et de la Savoie. L’alliance fut « informellement » officialisée par le mariage de la fille de Victor-Emmanuel II, Marie-Clotilde, avec le cousin de Napoléon III, Napoléon-Jérôme Bonaparte.

Ainsi, le rêve de l’unité nationale de Cavour dépendait, paradoxalement, de Vienne puisque l’article 1 stipulait que l’Alliance ne deviendrait active que dans le cas d’un acte d’agression de la part de l’Autriche. Cavour mit alors au point une série de provocations militaires à la frontière et organisa son armée. Il contacta Giuseppe Garibaldi, revenu depuis 1855 de son exil américain sur l’île de Caprera dans l’archipel de La Maddalena, afin de le mettre à la tête des volontaires. Garibaldi constitua le corps des chasseurs des Alpes, une brigade légère principalement constituée d’exilés de Lombardie-Vénétie, des différents duchés et du Trentin qui désiraient être enrôlés sous les ordres de Victor-Emmanuel II. Le 23 avril, l’Autriche, exaspérée par ces préparations et ces provocations, lança à Cavour un ultimatum de désarmer son armée dans les trois jours. Cavour refusa et l’Autriche ouvrit les hostilités contre le Piémont le 26 avril 1859, ce qui déclencha l’exécution des conditions de l’Alliance franco-sarde.

Le 29 avril, l’armée autrichienne du général Ferencz Gyulai franchit la rivière Tessin à proximité de Pavie et envahit le territoire piémontais. Le 30, elle occupa Novare, Mortara et Gozzano, le 2 mai Vercelli et le 7 mai Biella. L’armée piémontaise ne s’opposa pas à l’opération et resta au sud du Pô, entre Alessandria, Valenza et Casale. Arrivé à 50 kilomètres de Turin, Gyulai reçut l’ordre de Vienne de revenir vers le Mincio, là où les Autrichiens avaient battu l’armée piémontaise onze ans plus tôt et sauvé leurs possessions en Italie. Ce fut une erreur stratégique importante, car en renonçant à battre séparément les Piémontais et les Français, les Autrichiens permettaient la jonction de leurs deux armées.

Napoléon III rejoignit Alessandria le 14 mai et prit le commandement de l’armée franco-piémontaise, comme convenu dans l’Alliance franco-sarde. Le 22 mai, Garibaldi et ses chasseurs des Alpes passèrent en Lombardie par le lac Majeur à Sesto Calende, avec l’objectif de soutenir l’offensive principale sur le côté nord du front. Dans la nuit du 23 mai, ils occupèrent Varèse, qu’ils défendirent avec succès le 26 mai contre une attaque des Autrichiens supérieurs en nombre menée par le général Karl von Urban.

Le lendemain, le 27 mai, ils prirent la route de Côme – la ville la plus importante de la Lombardie septentrionale et base des Autrichiens – à la poursuite des troupes autrichiennes défaites la veille. Afin de protéger Côme, von Urban établit une ligne de défense entre San Fermo au nord-ouest de la ville et Villa Guardia au sud-ouest. Garibaldi se présenta à quelques kilomètres de San Fermo et chargea le lieutenant colonel Giacomo Medici de mener l’offensive.

Medici décida de donner l’assaut avec trois colonnes: la première, du capitaine Cenni, devait faire diversion sur la gauche; la deuxième, du capitaine Carlo De Cristoforis, devait mener l’attaque frontale; et la troisième colonne, du capitaine Vacchieri, devait menacer le repli adverse sur la droite. Le petit oratoire où s’était replié l’avant-poste autrichien devint le centre de la bataille. Après plusieurs heures, les volontaires garibaldiens réussirent à conquérir la position. Ils perdirent 13 hommes (dont De Cristoforis) et eurent 60 blessés, alors que les Autrichiens perdirent 68 hommes et eurent 264 blessés.

Pendant ce temps, Garibaldi avançait vers Côme et il s’installa sur les collines entre San Fermo et la ville. Les Autrichiens, stationnés en ville, tentèrent de donner l’assaut, mais furent repoussés par les chasseurs. A 21h30, alors que Garibaldi entrait par la porte Sala (l’actuelle Porte Garibaldi), les Autrichiens sortaient par la porte Torre et se repliaient sur Monza, laissant leur matériel et leurs prisonniers aux mains des Piémontais.

Cette bataille fut la première d’une série victorieuse qui repoussa les Autrichiens hors de la Lombardie. En commémoration, San Fermo fut rebaptisée San Fermo della Battaglia et un petit obélisque en granit rouge avec le nom des 13 victimes fut inauguré le 27 mai 1873.

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