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Isole Tremiti

De par leur situation à une vingtaine de kilomètres de l’éperon du Gargano, au milieu de la mer Adriatique, les îles Termiti accueillirent au cours des siècles les proscrits des différents régimes de la péninsule. Les premières illustres prisonnières furent la fille de l’empereur Auguste, Julia, qui n’y resta que quelques années, et la fille de cette dernière, Julia Vipsania, qui y resta pendant vingt ans jusqu’à sa mort, toutes les deux exilées pour adultère. Même si le nom officiel de l’archipel était Trimerus – qui dérivait du grec Trimeros (τρίμερος), il fut très vite surnommé Colonia Penale.

Heureusement, l’histoire des îles ne se résume pas à ce triste aspect et est accompagnée de merveilleuses légendes. L’archipel aurait été créé par le roi d’Argos, Diomède, qui aurait jeté à la mer trois énormes rochers rapportés de Troyes. Les blocs de pierre auraient donné naissance aux trois grandes îles (San Nicola, San Domino et Capraia). Plus tard, le héros grec serait venu y mourir et il est dit qu’un tombeau funéraire de l’époque hellénique découvert sur l’île San Nicola serait le sien. Quant aux nombreux albatros qui nichent sur les rochers, ils ne seraient autres que ses compagnons de route, transformés par la déesse Athéna.

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L’île San Nicola comporte un autre monument de bien plus grande importance: le monastère de Santa Maria a Mare. Sa fondation est, elle aussi, accompagnée d’une légende. Un ermite aurait trouvé refuge sur l’île au début du IVe siècle et aurait eu une vision de la Vierge lui intimant de construire un lieu de prières en son honneur. Le moine, dépassé par l’ampleur et les frais de la tâche, continua ses méditations sans commencer l’ouvrage. La Vierge lui apparut une nouvelle fois afin de lui indiquer l’endroit où creuser pour trouver le trésor nécessaire à la construction. La légende dit que c’était le trésor que Diomède avait laissé lors de son passage sur l’île. Le moine construisit un sanctuaire qui devint tellement fréquenté par les pèlerins que le pauvre ermite, alors vieux de six cents ans, demanda l’aide du pape. Le sanctuaire fut alors donné à des moines de l’ordre de saint Benoît.

En réalité, un premier centre religieux fut construit au IXe siècle par des moines bénédictins comme dépendance de l’abbaye de Montecassino. Au XIe siècle, il avait atteint son apogée et l’abbé Alderico décida la construction de l’église Santa Maria a Mare et du monastère adjacent, consacrés par l’évêque de Dragonara en 1045.

Deux siècles plus tard, les moines avaient accumulé de grandes richesses et de nombreuses possessions le long de la côte adriatique des Pouilles. Après une période de décadence morale et à cause de liens trop serrés avec les populations dalmates que désapprouvait Rome, les bénédictins furent remplacés, en 1237, par des moines cisterciens.

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En 1334, le monastère fit l’objet d’une attaque perfide: le corsaire dalmate Almogavaro et ses hommes se présentèrent au monastère pour célébrer les funérailles de l’un des leurs mort en mer, mais pendant les obsèques dans l’église, ils massacrèrent tous les moines, puis pillèrent et emportèrent hors de l’île toutes les richesses qu’ils trouvèrent. Ce ne fut qu’en 1412 qu’une petite communauté de chanoines réguliers du Latran, sur les ordres du pape Grégoire XII, osèrent revenir sur l’île. Ils restaurèrent et agrandirent le complexe abbatial selon le style de la Renaissance et, en quelques années, réussirent à reconquérir des territoires dans les Pouilles et à reconstituer des richesses culturelles considérables.

En 1737, après l’arrivée des Bourbons sur le trône de Naples, les îles Tremiti devinrent propriété royale. En 1782, la communauté religieuse fut dissoute et le roi Ferdinand IV en acquit toutes les propriétés sur la péninsule. Cinq ans plus tard, il établit une colonie pénitentiaire sur l’archipel où furent envoyés, au XIXe siècle, beaucoup de nationalistes actifs dans le mouvement du Risorgimento. Pendant la période napoléonienne, les partisans de Joseph Murat détenus sur l’archipel résistèrent avec succés aux assauts de la flotte anglaise dont on peut encore voir sur la façade de l’église Santa Maria a Mare les impacts de boulets.

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En 1911, environ 1 300 Libyens, opposants à l’occupation coloniale italienne, furent déportés sur l’archipel. Les conditions de vie étaient tellement misérables qu’après un an, un tiers d’entre eux étaient morts du typhus. La prison resta active pendant les premières années de l’ère fasciste et elle accueillit les opposants politiques au régime. La Colonia Penale fut fermée à la fin des années 1920 et, en 1932, les îles Termiti devinrent une commune. En 1989, une partie de son territoire fut déclarée Réserve naturelle marine et, en 1991, elle fut englobée dans le Parc national du Gargano.

En 1987, le colonel Mouammar Kadhafi déclara unilatéralement que l’archipel faisait partie du territoire libyen, en raison de la déportation des citoyens libyens organisée lors de la colonisation. La crise diplomatique qui en résulta ne fut résolue qu’en 2008, lorsque que le maire et une trentaine d’insulaires acceptèrent de passer des tests ADN afin de vérifier s’ils étaient les descendants des déportés libyens de 1911. Les résultats se révélèrent négatifs. En 2004, un mausolée fut construit pour honorer les 1 300 déportés.

Isole Tremiti - Author: NordNordWestLien externe

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