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Massafra

La petite ville de Massafra s’échelonne le long de trois ravins naturels formés par l’effondrement de galeries souterraines. La vieille ville est caractérisée par des ruelles tortueuses et étroites, alors que les nouveaux quartiers, sur les hauteurs et au sud-est de la ville, présentent un plan de rues perpendiculaires typique du XIXe siècle. La géomorphologie particulière du sol karstique engendra de nombreuses grottes et cryptes le long des parois abruptes des ravins et beaucoup d’entre elles témoignent de la vie culturelle et religieuse des habitants, offrant des aspects architecturaux et iconographiques de l’Antiquité tardive d’une grande importance artistique, comme la crypte de saint Antoine où se trouve une vingtaine de fresques ou la crypte Buona Nuova décorée de splendides fresques très bien conservées.

Certains vestiges prouvent que la région était habitée au Néolithique et que les Romains avaient construit un village fortifié en bordure de la Via Appia, mais la fondation de la ville date du Ve siècle apr. J.-C., lorsque les habitants de la province romaine Africa durent fuir les attaques des Vandales et vinrent se réfugier sur les collines au-dessus de Tarente. Avec l’immigration greco-byzantine du VIe siècle commença une civilisation rupestre fascinante, dont les signes sont parsemés sur l’ensemble du territoire, tant urbain que rural.

Pendant le haut Moyen Age, grâce à sa configuration particulière, la ville fut en mesure de se défendre à plusieurs reprises contre les attaques extérieures et servit soit de refuge, soit d’avant-poste, aux habitants de Tarente.

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La première mention officielle de la ville date cependant du Xe siècle, sous les Lombards, alors qu’elle était le siège de l’administration en charge du domaine royal de la région, investie de pouvoirs militaires et judiciaires. Avec l’arrivée des Normands à la fin du XIe siècle, elle fut assignée à Riccardo Senescalco, le neveu de Robert Guiscard, et intégrée dans le diocèse de Mottola. Le château, construit le siècle précédent, fut restauré et on construisit la petite église Santa Lucia au-dessus d’une crypte datant du VIIIe siècle.

En 1269, sous les Angevins, Massafra fut cédée à un certain Oddone di Soliac, un seigneur violent et brutal qui fut finalement banni du royaume en 1296 par le roi Charles II de Naples. Massafra rejoignit alors la principauté de Tarente dans laquelle elle resta jusqu’en 1463. En 1419, elle reçut le statut de ville libre et fut choisie comme siège de l’élevage des chevaux princiers.

En 1484, Massafra fut occupée par l’armée aragonaise et érigée en baronnie. Dix ans plus tard, elle fut saccagée par les troupes du roi Charles VIII de France venu dans le royaume de Naples faire valoir les droits que les derniers princes de la Maison d’Anjou avaient légués à sa famille. A la fin de cette Première Guerre d’Italie en 1497, le fief de Massafra fut accordé à Artusio Pappacoda, un noble de Naples, dont le fils Francesco relança et développa toutes les institutions civiques, économiques et religieuses de la ville et entreprit de grands travaux de restauration et de construction de monuments monumentaux dont il reste de nombreux témoignages. Entre autres, il restaura le château qui avait été fortifié par des créneaux et des remparts sous les Angevins.

Vers 1633, le fief fut vendu à la famille Carmignano de Naples qui le conserva jusqu’en 1663 et le passa à la famille princière Imperiale. Au début du XVIIIe siècle, un des membres de cette famille, Michele II, planifia la réorganisation des cultures en campagne, avec la plantation d’oliviers, de vignes, d’amandiers et d’arbres fruitiers. Il fit également restaurer et moderniser le château et entreprit la construction du monastère de Saint-Benoît et de la Tour de l’Horloge. En 1799, la féodalité fut abolie lors de la révolution à Naples provoquée par les troupes françaises et, en 1860, l’histoire de Massafra rejoignit celle du nouveau royaume d’Italie.

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Le ravin San Marco sépare la ville en deux et est une sorte de frontière physique entre les civilisations ancienne et moderne. La ville historique se trouve sur le bas du versant nord du ravin, alors que la ville du XIXe siècle est de l’autre côté et est accessible par trois ponts. Le château se trouve directement au bord du ravin et présente les caractéristiques typiques des châteaux-forts angevins: quatre tours reliées par un épais mur d’enceinte. Le long des parois des ravins, les grottes naturelles furent aménagées en cryptes ou en églises et consacrées à divers saints.

Selon la tradition populaire, Massafra serait la « terre des magiciens ». Cette légende est certainement liée au fait que les ravins recèlent plus de six cents plantes médicinales que les habitants prirent l’habitude de cueillir pour soigner de nombreux maux. Malheureusement, la santé des habitants est actuellement une des plus fragiles des Pouilles, en raison de la nature industrielle de la ville de Tarente située à 16 kilomètres à vol d’oiseau. La pollution de l’air y est particulièrement élevée et les statistiques attestent d’une incidence élevée du cancer du poumon et d’autres maladies des voies respiratoires. En outre, les ravines qui se jettent dans les ravins principaux sont souvent utilisées comme décharges sauvages, polluant ainsi les eaux souterraines.

Massafra - Author: NordNordWestLien externe

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