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Transumanza

Le réseau des chemins de transhumance en Italie méridionale s’étend sur 3 100 kilomètres, principalement dans les Abruzzes, au Molise, en Ombrie, en Basilicate, en Campanie et dans les Pouilles. Une importante portion du territoire est occupée par la chaîne des Apennins qui forme le squelette de toute la péninsule. Entre les crêtes, de vastes plateaux offrent une terre maigre avec un climat hivernal rigoureux, alors qu’une herbe, certes pauvre mais plus abondante, s’étale dans les plaines du sud. Les troupeaux descendent aux premiers mauvais jours vers le sud où les agriculteurs voient arriver avec plaisir ces bêtes qui fertilisent leurs terres et leur fournissent laine et fromage. Cependant, à l’arrivée du printemps, les troupeaux doivent laisser la place aux récoltes. Ils repartent alors vers les montagnes où la végétation, bien que rare, suffit à leur nourriture pendant la belle saison. Cette méthode d’élevage est le seul moyen de tirer profit des vastes territoires montagneux où toute agriculture est impossible.

L’histoire de la transhumance se perd dans la nuit des temps. Déjà à l’époque préhistorique, les bergers du bassin méditerranéen (France, Italie et Espagne) emmenaient leurs troupeaux vers des pâturages situés à de courtes distances pour y trouver de meilleures conditions climatiques lors des mois d’hiver. A l’époque romaine, de vastes espaces incultes, les tratturi, étaient réservés aux passages des troupeaux. Soustraits à la propriété privée et à l’agriculture, ils étaient laissés à l’usage commun des bergers. De distance en distance, ils s’élargissaient pour former des riposi, des emplacement où le bétail pouvait se reposer ou où il pouvait attendre que l’écoulement d’un autre troupeau lui permette d’avancer à son tour. En contre-partie des terres « perdues », le gouvernement romain prélevait des taxes proportionnelles au nombre de bêtes.

Il est possible que les transhumances aient été interrompues, ou tout au moins qu’elles se soient déroulées sur de plus courtes distances, pendant les guerres et les conflits qui suivirent la chute de Rome. Au XIIe siècle, Guillaume Ier de Sicile, dont le royaume s’étendait sur tout le sud de la péninsule jusqu’aux Abruzzes, réglementa les propriétés réservées aux pâturages. Quatre chemins précis furent définis et enregistrés pour les migrations des bêtes: L’Aquila-Foggia, Celano-Foggia, Lucera-Castel di Sangro et Pescasseroli-Candela.

tratturo - Author: Bari.repubblica.it

Au milieu du XVe siècle, le roi Alphonse Ier des Deux-Siciles fit rédiger une série de règlements institutionnalisant tous les aspects des transhumances. Il établit à Foggia une douane royale, la Regia Dogana della Mena delle Pecore, qui prélevait les taxes, réglementait la vie des bergers et statuait sur leurs différends. Par ailleurs, il consolida le réseau des chemins en les signalant par des drailles royales sur lesquelles les initiales « RT » (Regio Tratturo) et un numéro de référence étaient gravés. L’autorité de la douane s’étendait sur un réseau d’environ 3 000 kilomètres, composés de chemins principaux de 111 mètres de largeur qui se ramifiaient en chemins de plus en plus étroits. C’était une entreprise que les rois favorisaient si l’on pense que jusqu’à trois millions de bêtes transitaient sur les chemins.

Ce système dura pendant 350 ans, jusqu’à l’occupation française. En 1806, le roi de Naples Joseph Bonaparte promulgua une loi qui supprimait la douane de Foggia. La conséquence de cette décision fut le remplacement progressif des pâturages par des champs cultivés. En 1820, l’ancien bâtiment de la douane accueillit les archives d’état qui conservent plusieurs milliers de documents et cartes sur les chemins de transhumance et les divers aspects de la vie des bergers.

De nos jours, la transhumance est toujours pratiquée, mais à une échelle beaucoup plus réduite qu’à l’époque. Parfois, si les conditions économiques s’y prêtent, elle se fait par camion. Les chemins existent encore, plus étroits, et, depuis une dizaine d’années, de nombreuses associations proposent un certain nombre de projets pour les remettre en valeur, en autres pour en faire des chemins de randonnée selon le modèle des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Tratturo Magno - Author: OeildeCat

Le chemin illustré sur le timbre est le Tratturo Magno, aussi appelé le Tratturo del Re. Son nom officiel est le Regio Tratturo L’Aquila-Fogia. C’est un des plus anciens du réseau italien et le plus long avec ses 244 kilomètres. Il traverse 46 communes de 5 provinces de 3 régions (Abruzzes, Molise et les Pouilles). Il part de la basilique di Santa Maria di Collemaggio à L’Aquila, descend en zigzag à travers les hauts plateaux qui bordent la vallée de l’Aterno-Pescara jusqu’à l’Adriatique qu’il longe avant de se diriger vers sa destination finale, la douane de Foggia. A distance régulière, des Chiese tratturali (petites églises) offraient de l’aide, des secours et une aire de repos aux bergers et aux bêtes.

Tratturo Magno

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