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Editto di Milano01

Après que Rome eut envahit la Judée en 63 apr. J.-C., elle rencontra à partir de 66 une résistance féroce de la part des habitants. Après quatre ans de siège, les légions romaines du futur empereur Titus pénétrèrent, pillèrent et détruisirent Jérusalem et le temple d’Hérode, et l’empereur Vespasien imposa, comme mesure de rétorsion, le fiscus judaicus, une taxe annuelle prélevée sur tous les juifs de l’Empire. Cet impôt assurait non seulement un revenu non négligeable à Rome, mais était aussi une humiliation collective pour les vaincus. A cette époque, les premiers chrétiens étaient assimilés aux juifs et, s’ils bénéficiaient ainsi – comme les juifs – de la protection du droit romain, ils furent également contraints de payer ce nouvel impôt.

Ce n’est qu’en 97 que l’empereur Nerva limita le fiscus judaicus aux seuls juifs pratiquant ouvertement leur religion et marqua alors une importante étape dans la différenciation des juifs et des chrétiens. Ces derniers devinrent ainsi un groupe spécifique avec une identité propre que le pouvoir de Rome allait être amené à contrôler et à maîtriser.

Les premiers chrétiens étaient suspects aux yeux non seulement des empereurs, mais aussi de la population païenne romaine. Ils agissaient en secret, selon des codes privés, hors de la sphère publique. Pour les adeptes des cultes traditionnels, ils n’étaient ni tout-à-fait romains, ni tout-à-fait barbares, mais leurs pratiques religieuses menaçaient le tissu ancestral de la société romaine.

Pourtant, pendant les deux premiers siècles de notre ère, aucun empereur ne s’engagea dans une politique de discrimation des chrétiens, ni n’émit de décret contre les chrétiens ou leur Eglise. Les persécutions qui eurent lieu à cette époque ne furent effectuées que sous l’autorité de potentats locaux ou dans des pogroms provoqués par la population locale. Lorsque l’empereur Néron persécuta les chrétiens pour leur soit-disante responsabilité dans le grand incendie de Rome de 64, ce ne fut qu’à l’intérieur des limites de la ville, sans toucher aux chrétiens du reste de l’Empire. Ces persécutions furent certes violentes, mais elles n’étaient que sporadiques et brèves, et ne constituaient pas une menace pour le christianisme dans son ensemble.

Cet état de fait commença à changer à la fin du IIIe siècle. En 284, l’empereur Dioclétien arriva au pouvoir. C’était un homme profondément attaché aux cultes traditionnels, principalement à ceux des divinités olympiennes. Il s’identifiait à Jupiter et son co-empereur Maximien à Hercule. Cette relation entre le dieu et l’empereur permettait ainsi de légitimiser les prétentions au pouvoir de ce dernier, mais le principal intérêt de Dioclétien était d’unifier l’Empire sous des dieux favorables à l’ensemble des communautés et de ne plus s’attacher à des déités locales. A la différence de ses prédécesseurs qui avaient préféré régner à l’intérieur des structures pré-existantes à la domination romaine, il était prêt à réformer chaque aspect de la vie publique pour retourner à l’âge d’or de l’Empire d’avant les crises politiques, économiques, sociales, religieuses et morales qui avaient marqué presque tout le IIIe siècle.

L’élimination des minorités religieuses faisait donc partie de son grand projet d’unification et les chrétiens se retrouvèrent au centre des persécutions. Les juifs avaient gagné la tolérance impériale grâce à l’ancienneté de leur foi et bénéficiaient d’une certaine liberté, mais la foi chrétienne était récente et, surtout, les chrétiens n’étaient plus les pauvres hères du Ier siècle rassemblés autour de leur croyance. Ils étaient devenus des personnes aisées appartenant aux classes supérieures et refusaient ouvertement de se plier aux rites traditionnels romains. Par ailleurs, ils s’étaient distancés de leur héritage juif et ne pouvaient donc pas bénéficier de la protection accordée aux juifs.

C’est ainsi qu’au début du IVe siècle eut lieu la « grande persécution ». Entre 303 et 304, Dioclétien promulgua quatre édits de plus en plus sévères. Les églises furent détruites, les livres saints confisqués, le clergé arrêté et finalement tous ceux qui refusèrent de sacrifier aux dieux de l’Empire furent torturés, condamnés à mort ou déportés dans les mines.

La persécution fut cette fois systématique et reposait sur l’administration locale. Elle dura jusqu’en 311, mais fut appliquée avec plus ou moins de force suivant les autorités. Les auteurs antiques parlent de milliers de victimes, surtout dans la partie orientale de l’Empire.

Le 30 avril 311, l’empereur Galère admit que la politique de discrimination à l’encontre du christianisme était un échec et il publia à Nicomédie un édit de tolérance reconnaissant l’existence de la religion chrétienne. Cet édit, appelé édit de Sardique, mit fin à toutes les mesures encore en vigueur sur le territoire contre les chrétiens.

Deux ans plus tard, en février 313, l’empereur Constantin Ier, devenu chrétien depuis sa victoire sur son rival Maxence à la bataille du pont Milvius et qui contrôlait la partie occidentale de l’Empire, et l’empereur Licinius, qui contrôlait les Balkans, se rencontrèrent à Milan et discutèrent, entre autres, de la situation des chrétiens. En effet, si les persécutions avaient bien cessé, le sort du christianisme n’était pas pour autant clairement défini et le statut des chrétiens, surtout en Orient, était encore précaire. Le 13 juin 313, les deux empereurs envoyèrent une lettre aux gouverneurs des provinces de l’Empire d’Orient dans laquelle ils déclaraient que chacun pouvait adorer à sa manière la divinité de son choix et ils accordaient la liberté de culte à toutes les religions. En d’autres termes, ils confirmaient et officialisaient l’édit de tolérance de Galère et autorisaient les chrétiens à pratiquer leur culte sans devoir vénérer l’empereur comme un dieu.

Cet édit, dans un certain sens, marqua l’apparition pour la première fois dans l’histoire occidentale de la liberté religieuse et de la laïcité de l’Etat. Cela ne dura que quelques années, puisque le christianisme ne cessa de se développer dans l’Empire jusqu’à en devenir l’unique religion officielle sous l’empereur Théodose Ier en 380. Les religions païennes furent alors définitivement interdites et leurs fidèles à leur tour persécutés par la nouvelle religion dominante.

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