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Visconti Luchino

Luchino Visconti di Modrone, comte de Lonate Pozzolo, naquit le 2 novembre 1906 à Milan. Il était le quatrième enfant d’un des mariages les plus en vue de Milan de l’époque: son père, le duc Giuseppe Visconti di Modrone, appartenait à une famille qui domina Milan entre le XIII et le XVe siècle, et sa mère, Carla Erba, était la petite-fille héritière du richissime fondateur de la maison pharmaceutique Erba et la nièce du compositeur et éditeur Giulio Ricordi.

Le jeune Luchino reçut une éducation classique, stricte et conservatrice, tout en étant exposé aux arts: dans sa jeunesse, il apprit le violoncelle et fut capable de donner des concerts publics dès l’âge de 14 ans; sa famille avait une loge privée à la Scala et Luchino était passionné de théâtre; et de grands artistes, comme le compositeur Giacomo Puccini, le chef d’orchestre Arturo Toscanini et l’écrivain Gabriele d’Annunzio fréquentèrent la maison familiale de la Via Cerva, où il y avait même une salle de théâtre. Son père, érudit en littérature, lui fit découvrir les oeuvres de Marcel Proust et Visconti essayera toute sa vie d’adapter A la recherche du temps perdu au cinéma, sans jamais y parvenir.

Sa première passion fut les chevaux. Enrôlé de 1926 à 1928 dans la cavalerie à Pignerol, dans le Piémont, il acheta des chevaux dès son retour à Milan et ce, jusqu’au début des années 1930. En 1934, il partit à Paris et, par l’intérmédiaire de Coco Chanel, rencontra le réalisateur Jean Renoir. Cette rencontre fut déterminante dans sa vie à plusieurs points de vue. Alors que jusque-là ses idées politiques avaient été influencées par sa mère, nettement fasciste, il fréquenta la gauche française et les exilés anti-fascistes italiens qui lui ouvrirent les yeux sur la situation des libertés publiques en Italie. Par ailleurs, aux côtés de Renoir pour lequel il travailla quelques temps comme assistant, il découvrit le monde du cinéma et s’ouvrit aux films venant de l’étranger. Finalement, et c’est un des aspects les plus importants de la personnalité de Visconti, suite à ses fréquentations des milieux créatifs et libertins parisiens, il reconnut et accepta entièrement son homosexualité.

Luchino Visconti - Author unknown

A son retour en Italie, grâce à la recommandation de Renoir, il écrivit pour la revue Cinéma. Cette revue, paradoxalement dirigée par Vittorio Mussolini, regroupait des intellectuels de gauche et des partisans du Parti communiste dans leur amour du cinéma et ils prônaient un cinéma réaliste influencé par les films français et soviétiques et le mouvement littéraire du vérisme. Grâce à ses nouveaux amis, Visconti se rapprocha du Parti communiste, sans toutefois en demander la carte.

Au printemps 1943, il sortit son premier film, Ossessione, qui fut, dans un premier temps, accepté par la censure fasciste. Après l’armistice de Cassibile de septembre 1943, le film fut interdit et toutes les copies furent détruites, sauf une que Visconti réussit à sauver. Avec Ossessione, Visconti initia un genre cinématographique nouveau en Italie, le néoréalisme, orienté vers la réalité quotidienne des petites gens et des exclus.

Sous l’occupation allemande, Visconti entra dans la résistance, organisant des cachettes pour les clandestins. Il fut arrêté par la Gestapo en avril 1944 et c’est l’actrice Maria Denis qui intervint auprès des autorités allemandes pour obtenir sa libération.

Après la guerre, Visconti monta plusieurs pièces de théâtre de dramaturges étrangers, dont Jean Cocteau, Jean Anouilh, Ernest Hemingway et Jean-Paul Sartre. Ce fut un véritable bouleversement pour le public italien qui découvrait des oeuvres provenant d’ailleurs.

En 1947, Visconti fut contacté par le Parti communiste pour réaliser un documentaire sur la lutte des classes en Italie du Sud, qui pourrait servir la propagande électorale. Il choisit de tourner un film d’après le roman de Giovanni Verga, La Terre tremble, avec des acteurs choisis directement sur le lieu du tournage à Aci Trezza en Sicile. Le tournage fut lent et pénible, car les dialogues étaient en dialogue local et les acteurs extrêmement difficile à diriger. A sa sortie à la Mostra de Venise, le film fut très mal reçu par le public et les critiques qui lui reprochèrent sa longueur, sa lenteur et ses dialogues incompréhensibles, même pour des Siciliens.

Le Guépard - Author unknown

Visconti tourna en 1951 un troisième film néoréaliste, Bellissima, avec Anna Magnani dans le rôle principal. Son quatrième film fut d’un tout autre genre. Senso, tiré d’une nouvelle de Camillo Boito, était une magnifique reconstitution historique en costume et préfigurait le chef-d’oeuvre que sera dix ans plus tard Le Guépard. Dans les deux films, Visconti présenta le déclin de l’aristocratie dans le contexte de l’unification italienne dans des décors et avec des costumes admirablement reconstitués.

Visconti réalisa plusieurs longs métrages entre 1957 et 1967, dont Rocco et ses frères (qui, du certaine manière, fait partie d’une « trilogie sicilienne » avec La Terre tremble et Le Guépard), avant de réaliser « la trilogie allemande » (Les Damnés, Mort à Venise et Ludwig ou le Crépuscule des Dieux). Son dernier film, L’Innocent, dont il ne vit que le premier montage, est tiré d’un roman de Gabriele D’Annunzio, un écrivain qu’il n’appréciait guère.

Parallèlement, Visconti mit en scène une dizaine d’opéras, dont cinq avec Maria Callas à la Scala, et une quarantaine de pièces de théâtres tirées des plus grands dramaturges italiens et étrangers. En 1958, il participa à la première édition du Festival dei Due Mondi, à Spoleto, en mettant en scène le Macbeth de Giuseppe Verdi, dirigé par le chef d’orchestre américain Thomas Schippers.

Il mourut en mars 1976 d’une forme grave de thrombose. En 1972, il avait souffert d’un accident vasculaire cérébral qui l’avait laissé à moitié paralysé et qui l’avait empêché de tourner le quatrième volet qu’il avait planifié pour la série allemande, La Montagne magique de Thomas Mann.

Visconti peut être considéré à la fois comme un classique et comme un innovateur. Son oeuvre est influencée par les grands maîtres de la littérature, de la musique ou de la peinture, tout en amorçant une rupture par rapport au cinéma italien d’avant-guerre par son approche plus directe de la réalité. Cette dualité empêcha que son cinéma fasse école. Pourtant, ses films sont considérés parmi les plus beaux du cinéma italien.

Visconti - Author unknown

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