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Serao Matilde

Matilde Serao naquit en 1856 à Patras, en Grèce, d’un père italien, Francesco, qui avait émigré en 1848 suite aux troubles nationalistes anti-Bourbons à Naples, et d’une mère grecque intelligente et cultivée, Paolina Borely, descendante des princes de Trébizonde.

En 1860, lors de la chute du roi Ferdinand II des Deux-Siciles, les Serao revinrent en Italie et s’installèrent à Ventaroli, au nord de Naples. Malgré le métier de journaliste de son père et l’érudition de sa mère, Matilde ne savait toujours pas lire à l’âge de huit ans. A quinze ans, privée du certificat d’études, elle se présenta comme simple auditrice à l’Ecole Normale de Naples. En très peu de temps cependant, grâce à son intelligence et à sa forte volonté, elle obtint son diplôme d’institutrice, tout en travaillant comme auxiliaire au bureau du télégraphe pour améliorer l’ordinaire familial. Cette première expérience l’amena à se pencher sur la vie des femmes des classes pauvre et moyenne et les conditions de travail déplorables auxquelles elles étaient soumises, expérience qu’elle décrivit plus tard dans la préface de son recueil de nouvelles, Leggende Napolitane.

Dans son temps libre, elle écrivait de brefs articles et des nouvelles, sous le pseudonyme « Tuffolina », qu’elle envoyait au Giornale di Napoli. A vingt-deux ans, elle acheva son premier livre, Opale, et à vingt-cinq ans, elle partit à Rome pour travailler à la revue Il Capitan Fracassa où elle resta cinq ans. Durant cette période, elle écrivit plusieurs recueils de nouvelles, toutes traitant de la vie ordinaire, et Serao fut reconnue bientôt comme un grand écrivain, se distinguant par un sens aigu de l’observation.

Pourtant, un homme n’appréciait pas la valeur et l’importance de ses écrits et le fit savoir publiquement: l’écrivain et journaliste Edoardo Scarfoglio. A l’occasion de la sortie du livre qui rendit Serao célèbre, Fantasia, il écrivit: « Nous pouvons dire que c’est comme un matériau inorganique, comme une soupe faite de tous les restes d’un banquet copieux, dans laquelle certains piments trop forts tentent en vain d’assaisonner la bêtise de l’ensemble. »

Ce jugement sévère n’empêcha pas le couple de tomber amoureux. Scarfoglio et Serao se marièrent le 28 février 1885 et décidèrent de fonder leur propre journal Il Corriere di Roma. Malheureusement, le journal ne réussit pas à concurrencer La Tribuna, le quotidien romain alors le plus diffusé, et il cessa de paraître en novembre 1887.

Le couple déménagea à Naples et rencontra un banquier de Livourne installé à Naples, Matteo Schilizzi, qui accepta de payer leurs dettes et les aida à fonder Il Corriere di Napoli. Serao se jeta à corps perdu dans la nouvelle entreprise, faisant appel à des écrivains aussi prestigieux que Giosuè Carducci et Gabriele D’Annunzio. En 1891, le couple vendit ses parts pour 100 000 lires avec lesquelles il fonda un nouveau journal, Il Mattino, dont le premier numéro sortit le 16 mars 1892.

Ce fut également en 1892 que commença le déclin de leur relation, lorsque Scarfoglio prit une maîtresse, Gabrielle Bessart, qui lui donna une fille deux ans plus tard. La jeune française se suicida devant sa porte lorsque Scarfoglio décida de rompre, laissant le nouveau-né sur le palier. Serao éleva la petite comme un de ses propres enfants (elle avait quatre garçons) et supporta les infidélités de Scarfoglio pendant des années, mais finalement elle le quitta en 1902.

Elle fut alors évincée du Mattino, mais elle rebondit en fondant Il Giorno, un concurrent direct au Mattino. Sa ligne éditoriale était plus modérée que celle du Mattino, et le journal connut un vif succès. Avant l’entrée de l’Italie dans la Première Guerre mondiale, elle garda une position pacifiste, alors que Scarfoglio soutenait les interventionnistes.

A la mort de Scarfoglio en 1917, elle put se marier avec son nouvel amant, l’avocat Giuseppe Natale, avec lequel elle avait eu une fille qu’elle avait appelée Eleonora en l’honneur de la célèbre comédienne Eleonora Duse. Serao mourut à Naples en 1927, à l’âge de 71 ans, d’une crise cardiaque, alors qu’elle était en train d’écrire à son bureau.

Son dévouement pour la carrière journalistique ne limita en aucune façon son activité littéraire. Entre 1880 et 1900, elle publia une quinzaine de romans dans lesquels elle décrivit avec puissance et sensibilité la vie et le caractère du peuple italien. Elle aborda tous les sujets: la pauvreté, le monde du travail pour les femmes, la mode, la littérature et la haute société. Sa démarche ressemblait à celle d’Emile Zola, dont elle connaissait Les Rougon-Macquart, et deux de ses ouvrages reprennent directement des titres de la série: La conquista di Roma et Il ventre di Napoli. Ses oeuvres les plus acclamées sont sans doute celles dans lesquelles elle fit preuve d’un réalisme sévère que certains critiques assimilent au mouvement du vérisme et où elle exposa les maux sociaux de l’Italie du Sud, notamment la pauvreté endémique, la corruption politique et les différences sociales. Dans Il ventre di Napoli, par exemple, elle dénonce l’échec du gouvernement à aider le peuple napolitain pendant une épidémie de choléra et, dans Il paese di Cuccagna, elle examine la dévastation causée par le lotto napolitain dans la vie des participants.

Ses derniers ouvrages, écrits après sa séparation d’avec Scarfoglio, sont beaucoup plus mélodramatiques et furent durement critiqués ou même ignorés. Certains critiques pensent que ce sont ses positions plus radicales face aux événements italiens et internationaux qui lui firent perdre le prix Nobel de Littérature en 1926, finalement attribué à sa rivale Grazia Deledda.

Bien qu’extrêmement célèbre durant sa vie, les oeuvres de Serao fut ignorées pendant des décennies après sa mort. Une des critiques les plus courantes est qu’elle n’alla pas suffisamment loin dans son analyse de la société. En effet, beaucoup a été dit sur sa conscience du problème de l’identité féminine dans une société patriarchale, alors qu’elle était ouvertement anti-féministe. Même si les femmes étaient les protagonistes de ses romans, elle n’utilisa pas sa position de journaliste pour améliorer leur situation et écrivit souvent contre leurs causes, en particulier contre le suffrage des femmes. De même qu’elle n’intervint jamais en tant que journaliste pour améliorer les maux sociaux dont elle était pourtant le porte-parole en tant qu’écrivain.

Ce n’est que récemment que les critiques littéraires ont revu son oeuvre et reconnu la subtilité de ses intrigues et de ses personnages, en particulier dans ses portraits des problèmes de l’identité féminine et des liens qui unissaient les femmes à leur entourage.

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