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Deledda Grazia

Grazia Deledda naquit le 27 septembre 1871 à Nuoro en Sardaigne de parents aisés. Son père, Giovanni Antonio, était un riche propriétaire terrien et un entrepreneur, poète à ses heures perdues. Comme il était de coutume à l’époque pour les jeunes filles, Grazia alla à l’école jusqu’à onze ans, puis reçut une éducation privée à la maison. Elle apprit l’italien et le français et lisait assidument la littérature italienne, russe, française et anglaise de l’époque. Son précepteur l’encouragea à écrire, puis à publier. Ses premières nouvelles parurent à la fin des années 1880 dans la revue féminine L’ultima moda et, en 1890, elle publia son premier ouvrage Nell’Azzurro! En octobre 1899, elle rencontra à Cagliari un fonctionnaire du ministère des Finances et l’épousa deux mois plus tard. Elle déménagea à Rome où elle s’installa dans une vie domestique tranquille. Sa production littéraire était régulière, d’environ un livre par année. Ses meilleurs ouvrages, et les plus connus, sont ses romans et ses nouvelles, mais elle publia aussi des poèmes, des essais, des pièces de théâtre, des contes folkloriques et des histoires pour les enfants, et elle traduisit Eugènie Grandet d’Honoré de Balzac en italien. En 1926, elle fut la première femme à recevoir le prix Nobel de Littérature, certainement pour son roman La Madre publié en 1920. Elle mourut le 15 août 1936 à Rome d’un cancer.

Deledda écrivit exclusivement en italien classique, même si elle ne devait pas le maîtriser aussi bien que le dialecte sarde de son enfance. Ses ouvrages, cependant, sont fortement imprégnés de la culture sarde, de ses dialectes, de ses traditions, de son peuple et de ses paysages. Dans l’ensemble de son oeuvre, on retrouve une certaine nostalgie, ainsi qu’un pessimisme typiquement sarde né de siècles d’oppression. Certains critiques lièrent son oeuvre au mouvement du vérisme, alors que d’autres critiquèrent son régionalisme folklorique parfois trop prononcé. Cependant, son interprétation de la vie paysanne sarde, avec ses passions primitives et ses protagonistes, ses décors mystérieux et romantiques, ses dilemmes moraux ressentis comme des fatalités ethniques, donna à son oeuvre un caractère unique qui la rendit rapidement célèbre en Italie et à l’étranger.

En 1903, Deledda publia son premier grand succès, Elias Portolu, traduit en plusieurs langues. C’est un roman sur la notion de transgression, avec des personnages fatalement faibles, déchirés entre l’espoir et le découragement, le bien et le mal, le péché et la rédemption. Deledda explore le combat entre la volonté et le destin et c’est un chef-d’oeuvre de l’amour tragique dans un drame où les protagonistes luttent contre leurs aspirations et leur sort.

L’année suivante, elle publia Cenere, une oeuvre troublante qui raconte l’histoire d’une femme qui abandonne son enfant à des parents adoptifs afin de lui donner une meilleure chance dans la vie. L’enfant finit par la retrouver et lui reproche son geste à tel point qu’elle se suicide. Le roman eut un immense succès dans toute l’Europe et il fut adapté au cinéma en 1916 par Febo Mari. L’actrice de théâtre Eleonora Duse, qui s’était retirée des planches en 1909, accepta de jouer le rôle de la mère; ce fut son seul rôle au cinéma.

En 1920, Deledda publia La Madre, un livre dont l’histoire se passe dans un petit village sarde encore soumis aux anciennes superstitions. L’intérêt de ce roman réside dans l’étude psychologique des deux personnages principaux, une mère incapable d’admettre que son fils puisse être à la fois prêtre et homme. Le drame, presque grec dans la simplicité de sa tragédie inévitable, se déroule sur deux jours et explore les conflits mentaux imposés par les circonstances. Deledda attaque la bigoterie et les normes sociales, mais pas les transgresseurs, car elle considérait qu’ils souffraient de leurs propres instincts. Elle ne touche pas aux questions de la doctrine chrétienne, mais développe le problème de la nature humaine aux prises avec des lois humaines qu’elle ne peut comprendre.

Les dernières oeuvres de Deledda contiennent plusieurs éléments autobiographiques, en particulier son roman inachevé et publié après sa mort, Cosima (Cosima était le deuxième prénom de Deledda). L’héroïne parle de sa vie en Sardaigne jusqu’à son séjour à Cagliari en 1899 où elle rencontre son futur mari. Elle raconte que la Sardaigne est l’âme de ses écrits et la raison principale de son désir de devenir écrivain, et que ses oeuvres sont écrites comme par la main invisible d’une puissance cachée.

Deledda était une femme timide et solitaire qui laissait ses écrits parler pour elle. Elle évitait autant que possible de parler en public et son discours à la cérémonie du prix Nobel fut l’un des plus courts jamais prononcés. Elle est enterrée dans un sarcophage de granit noir dans l’église de la Madonna della Solitudine au pied du mont Ortobene à Nuoro. Sa maison natale, dans le centre historique de Nuoro, a été transformée en musée.

Grazia_Deledda_1926 - Author: Nobel Foundation

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