Mots-clefs

Sa sartiglia - OristanoLe dernier dimanche du carnaval d’Oristano et le Mardi gras sont marqués par des jeux équestres absolument époustouflants. Même si nous n’avons pas de documents historiques attestant leur date de création, on peut faire remonter leur origine au Moyen Age, à l’époque où les seigneurs offraient au peuple des tournois et des joutes équestres. Les historiens s’accordent pour penser que la Sartiglia daterait de l’époque de la domination aragonaise (à partir du XVe siècle), mais dans une lettre écrite au XIVe siècle à un moine anglais, sainte Catherine de Sienne déclarait que le judicat d’Arborée (duquel dépendait Oristano) pourrait fournir deux galères et mille cavaliers pour combattre dans une croisade, ce qui témoignerait de l’importance, déjà à l’époque, de l’élevage de chevaux dans la région. De manière générale, on peut penser que l’événement a environ cinq cent ans et, selon la tradition orale transmise par les habitants de génération en génération, il n’aurait jamais été interrompu ni par les guerres, ni par les épidémies, ni par les conditions météorologiques.

La fête du dimanche est organisée par la corporation des fermiers sous le patronage de saint Jean-Baptiste, alors que celle du Mardi gras est organisée par la corporation des charpentiers sous la protection de saint Joseph. Les deux journées se déroulent de la même manière avec les mêmes rituels et les mêmes épreuves équestres.

Valentina Uda - Author: Francesco Pinna

Les festivités commencent par un rituel centré sur le Componidori, le maître de cérémonie. Chaque corporation désigne le sien à la Chandeleur (2 février) lors d’une cérémonie durant laquelle la consécration d’un grand cierge béni en marque l’investiture. Le matin du tournoi, le Componidori se rend d’abord aux écuries pour accueillir les participants, puis chez le président de la corporation. De là, un cortège, composé de tambours et de clairons, de massaieddas (jeunes filles portant le costume traditionnel d’Oristano), de la Massaia Manna (femme responsable du rituel de l’habillement) et des membres de la corporation, l’accompagne jusqu’à la salle où il est habillé devant le public avec le costume typique de sa fonction. Une fois son visage caché par le masque (ni homme, ni femme, mais androgyne), il devient une figure subliminale, représentant la plus haute autorité de la joute. Son cheval lui est présenté, sur lequel il doit monter sans toucher terre et sur lequel il reste jusqu’à la fin des festivités lors du rituel du « déshabillement », et il sort de la salle dans un grand silence. Avec sa Pippia ‘e Maiu (un sceptre à deux bouquets de violettes et de pervenches), il bénit la foule et se dirige avec tous les cavaliers habillés en costume traditionnel vers la cathédrale Santa Maria Assunta où le tournoi commence.

Stella - Author: Roibeird

La première épreuve est une joute à l’anneau. Les cavaliers, en plein galop, doivent attraper avec leur épée une étoile en métal percée en son centre et suspendue en travers de la lice. La tradition populaire dit qu’il s’agit de l’étoile d’origine, utilisée pour la première fois en 1543. En réalité, les étoiles ont été régulièrement modifiées, soit agrandies, soit embellies. Le Componidori et ses deux aides commencent l’épreuve, suivis des cavaliers que le Componidori aura choisi en fonction de leur compétence et de leur adresse. Lorsque tous les candidats ont passé, ils rendent leur épée au président de la corporation et le Componidori et ses aides reçoivent une lance en bois pour tenter une deuxième chance. Les cavaliers qui réussissent reçoivent un étoile en argent. Ceux qui réussissent deux fois reçoivent une étoile en or et ceux qui réussissent trois fois reçoivent une étoile en platine (seuls les Componidori et leurs aides peuvent y parvenir, car ils passent deux fois le jour organisé par leur corporation et une fois la seconde journée). A la fin de cette première joute, le Componidori reprend son sceptre de fleurs et effectue une nouvelle prouesse, la remada, en lançant son cheval au galop sur la lice tout en étant couché sur son dos et en bénissant la foule.

pariglie - Author: unknown

Le cortège se dirige ensuite vers la Via Mazzini où se trouve la deuxième lice. Par groupe de trois, les cavaliers exécutent des prouesses acrobatiques sur leurs chevaux lancés au galop. Le Camponidori ouvre l’épreuve avec ses deux aides, mais sa personne est trop précieuse pour qu’il puisse se lancer dans des acrobaties trop périlleuses. Par contre, les autres cavaliers rivalisent d’audace et d’adresse. Ces dernières années, beaucoup de candidats sortaient des hautes écoles équestres et chaque année la course prend plus d’envergure. Elle est terminée par une seconde et dernière remada du Camponidori.

remada - Author unknown

La journée se termine par le rituel du « déshabillement ». Le Camponidori descend de son cheval qui est confié à un palefrenier. Au moment où son masque est enlevé, le public explose de joie. L’androgyne est redevenu un cavalier et la fête est terminée.

musiciens - Author unknown

Un élément très important de l’événement est l’accompagnement musical. Chaque joute est marquée par les rythmes des tambours et des trompettes, afin de souligner son importance et sa solennité. La musique a également une fonction de sécurité, mettant en garde le public lorsque les cavaliers se lancent sur la piste au galop.

Les Oristanais sont extrêmement fiers de leur fête, une des plus célèbres de la Sardaigne. C’est la fête des mille symboles, un festival de magie et de prouesses. Chaque cavalier est l’héritier d’une tradition vieille de plusieurs siècles où se mélangent les croyances païenne et chrétienne et chaque spectateur galope avec le maître du jeu, ce Camponidori androgyne tout puissant.

Oristano - Author: NordNordWest

Liens externes

Publicités