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Mamoiada

Le petit village de Mamoiada est situé sur les collines du haut-plateau de la Barbagio Ollolai, à 650 mètres d’altitude, dans une région où la présence de nombreux cours d’eau favorisa le développement des pâturages et de l’agriculture. Cette richesse naturelle fut exploitée dès le pré-néolithique et la région est parsemée de traces archéologiques importantes.

Outre les nuraghi (constructions coniques en pierres, datant d’entre le XVIe et le Xe siècle av. J.-C., qui pourraient avoir servi de tours de guet, de temples ou d’habitations) typiques de l’ensemble de la Sardaigne, on trouve des dolmens et des menhirs, dont un en particulier, la Sa Perda Pintà, attire l’attention. Il s’agit d’une stèle mégalithique datant de 3 500 av. J.-C. Elle fut retrouvée accidentellement en 1997 dans un jardin lors de la construction d’une piscine et est unique en Europe en raison de sa taille: 2,67 mètres de hauteur, entre 2,1 et 1,3 de largeur et 0,57 de profondeur. Sur une de ses faces, des cercles concentriques de différentes tailles et des cupules donnent au monument une valeur magique et sacrée et peuvent être interprétés dans le cadre des cultes centrés sur la figure féminine de la déesse-mère, de la fertilité et du cycle de la mort et de la renaissance, typique des croyances des peuples de l’âge néolithique. Ces symboles sont uniques en Sardaigne, mais sont présents sur des monuments en Irlande, en Ecosse, en Angleterre et dans le nord de la France.

Sa Perda Pintà - Author: www.geosearch.it

Compte tenu de sa position stratégique sur un haut-plateau au bord de la route qui reliait Cagliari à Olbia, Mamoiada fut certainement un fort militaire romain. Le quartier On ‘astru porte un nom qui reflète celui donné par les Romains à leurs petites garnisons (Castrum). La présence romaine est également attestée par le puit antaru vetzu (la vieille source), au centre du quartier du même nom.

Autour du XIe siècle, Mamoiada fut incorporée dans le judicat d’Arborée. Plus tard, la couronne d’Aragon l’attribua au duché de Mandas. En 1820, pendant la domination de la Maison de Savoie, le féodalisme fut officiellement aboli, permettant aux paysans de devenir propriétaires des terres, mais rares furent ceux qui eurent les moyens d’en acheter. A l’unification de l’Italie, Mamoiada fut rattachée à la province de Nuoro.

L’église Santa Maria di Loreto est le monument le plus important du village. Elle fut vraisemblablement construite au XVIe siècle et son dôme est décoré de magnifiques fresques. La petite église de Nostra Signora del Carmine est une ancien couvent et est le point de départ de nombreuses processions religieuses. Dans la campagne, à quelques kilomètres, le sanctuaire des saints Côme et Damien date du VIIe siècle. Il est entouré par une cinquantaine de maisons d’accueil pour les pèlerins.

Chiesa di N.S. del Carmelo - Author unknown

L’événement qui rend Mamoiada célèbre dans le monde entier est son carnaval de masques, considéré comme le plus caractéristique et le plus ancien de l’île. Il tire son origine d’un rite expiatoire en faveur de la nouvelle récolte. Les festivités commencent la veille de la Saint-Antoine, le 16 janvier, avec un grand feu devant l’église autour duquel les fidèles tournent trois fois en récitant le Credo. Chaque quartier allume ensuite son propre feu avec des braises du feu principal. C’est le lendemain qu’apparaissent pour la première fois de l’année les mamuthones et les issohadores. Les mamuthones portent des masques en bois noir, ils sont habillés d’une peau de chèvre noire et portent jusqu’à 30 kilos de cloches de différentes tailles sur leur dos. Au nombre de douze, ils marchent en deux files, lentement, d’un pas lourd et rythmé, en secouant leurs épaules et produisant ainsi un vacarme aussi triste que mélancolique. Pour les protéger et les garder, huit issohadrores les entourent. Masqués de blanc, avec des habits de couleur, ils sont beaucoup plus mobiles et joyeux. Ceux, mais surtout celles, qui se font prendre dans leur lasso reçoivent de bons auspices de santé et de fertilité.

Mamoiada - Author unknown

Mamoiada accueille le Musée des Masques méditerranéens. A travers quelques salles, il propose une exposition comparative de plusieurs carnavals qui tirent leur origine de croyances païennes antérieures à l’ère chrétienne et dont les costumes peuvent être comparés à ceux des mamuthones et des issohadores.

A noter que selon une théorie pseudo-historique et soutenue par certains érudits sardes, le président argentin Juan Domingo Perón serait né à Mamoiada sous le nom de Giovanni Piras et se serait inventé une nouvelle identité et origine pour éviter la conscription pendant le Première Guerre mondiale. Cette légende commença à être mentionnée en 1951 pendant le premier mandat du président. Cependant, au début des années 2000, le chercheur Raffaele Ballore la démolit scientifiquement en retrouvant les véritables descendants de Piras.

Marmoiada - Author: NordNordWestLiens externes

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