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A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le traité de Paris du 10 février 1947 força l’Italie à abandonner les territoires qu’elle avait conquis en Istrie pendant la Première Guerre mondiale et qu’elle avait formellement annexés dans les années 1920. Dans ces zones annexées, les parties rurales étaient principalement habitées par des Slovènes au nord et des Croates au sud-est, mais les Italiens formaient la majorité des habitants des zones côtières et des villes, notamment de Trieste et de Fiume.

Dans l’entre-deux-guerres, les tensions entre les Slaves et les Italiens avaient abouti à de nombreux actes de discrimination et à des attentats terroristes qui forcèrent les habitants des deux camps à émigrer dans les zones où ils étaient majoritairement représentés. A la chute du régime fasciste en 1943, ces territoires furent immédiatement occupés par les forces allemandes et les forces communistes yougoslaves. Les populations italiennes se retrouvèrent ainsi isolées face à deux ennemis: l’ancien allié des forces de l’Axe devenu ennemi depuis l’armistice de Cassibile de septembre 1943 et les représentants des griefs historiques accumulés lors des deux décennies précédentes et intensifiés par l’occupation italienne de la Yougoslavie en avril 1941.

La population italienne était à l’époque considérée par beaucoup comme hostile au régime communiste conçu par Josip Broz Tito qui fit tout d’abord éliminer les éléments les plus compromis du régime fasciste, puis pratiqua une politique systématique de purification ethnique, instaurant ainsi un régime de terreur à l’encontre des Italiens.

A la fin de la guerre, les forces de Tito commencèrent une nouvelle phase d’élimination, mais cette fois moins en rapport avec le nettoyage ethnique qu’avec le nettoyage politique. Les opposants au régime furent systématiquement tués ou internés dans des camps qui n’avaient rien à envier à ceux d’Adolf Hitler ou de Joseph Staline.

Le nombre des victimes italiennes ne fut jamais clairement défini. Il va d’un minimum de 4 500 à un maximum de 20 000. Selon le Comité de libération national italien, il serait de 12 000, alors que l’Association nationale Venezia Giulia e Dalmazio parle de 20 000 morts. Quel qu’il fût, il fut suffisamment élevé pour provoquer le départ massif de la population italienne, et ce dès 1943.

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Le traité de Paris du 10 février 1947 signa l’abandon définitif des territoires dalmates et istriens aux mains des communistes yougoslaves et l’exode italien prit une ampleur historique: l’émigration des Italiens réduisit considérablement la population totale de la région, changea de manière significative sa structure ethnique originale et affecta son économie pendant de nombreuses années. Dans les jours qui suivirent la signature du traité, le bateau à vapeur Toscana fit dix voyages entre la ville de Pola en Croatie et Venise, transportant quelques 15 000 réfugiés italiens. On estime qu’entre 250 000 et 350 000 Italiens de souche et quelques milliers d’anti-communistes slovènes et croates partirent entre 1943 et 1956. L’exode se termina quelques années après le protocole de Londres de 1954 qui attribua le nord du Territoire libre de Trieste à l’Italie et le sud à la Yougoslavie.

Certains Italiens, en particulier les ouvriers, choisirent de rester en Yougoslavie. Ils étaient motivés par des raisons idéologiques ou parce qu’il leur était impossible de partir à cause de l’âge, de la santé ou des liens familiaux. Ils s’intégrèrent plus ou moins bien dans la société yougoslave et obtinrent avec le temps la reconnaissance de certains de leurs droits. En 1953, officiellement, seuls 36 000 Italiens vivaient en Yougoslavie, 16% de la population d’avant la Seconde Guerre mondiale. En 2002, les census slovènes et croates recensaient 23 398 Italiens. Fait intéressant en considérant la chute du Mur de Berlin en 1989: le nombre de personnes se déclarant italiennes et résidant en Croatie doubla entre 1981 et 1991.

Les exilés partirent sans aucune possession ou fortune et étaient complètement démunis. Certains choisirent de partir à l’étranger, mais la majorité préféra s’installer en Italie. Le gouvernement italien organisa des programmes de relocalisation dans différentes parties du pays et les régions du nord et du centre accueillirent plus des neuf dixièmes des réfugiés. Environ 11 000 personnes furent relocalisées dans les provinces du sud et sur les îles.

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Une des villes qui accueillit chaleureusement les Istriens et les Dalmatiens fut Alghero en Sardaigne. Elle leur donna le quartier de Fertilia à quelques kilomètres du centre où ils s’installèrent. Sur la place principale, les exilés érigèrent une colonne surmontée du Lion ailé de Venise et renommèrent les rues en l’honneur des lieux et des événements de la Vénétie julienne. Fertilia est toujours une petite enclave vénitienne au milieu de la Sardaigne.

Depuis 2005, le 10 février de chaque année (le jour anniversaire du traité de Paris) est dédié à la mémoire des victimes en Istrie et en Dalmatie.

Fertilia - Author: Gianf84

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