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Nuoro

Nuoro est peut-être la plus sarde des villes de Sardaigne. Située sur un haut plateau à l’intérieur des terres, elle fut plus ou moins protégée des influences extérieures, qu’elles fussent génoises, pisanes, aragonaises ou savoyardes.

Les origines de Nuoro sont incertaines. Les plus anciens établissements humains trouvés près de la ville datent de l’époque nuragique, comme en témoigne la présence de nombreux nuraghi (constructions coniques en pierres, datant d’entre le XVIe et le Xe siècle av. J.-C., qui pourraient avoir servi de tours de guet, de temples ou d’habitations). De récentes études montrent que, pour échapper à l’avancée des Romains, les habitants se réfugièrent d’abord dans le voisinage du mont Ortobene, puis se déplacèrent en aval et s’installèrent dans la région où se trouve actuellement la vieille ville de Nuoro. Cette première résistance à une soumission étrangère valut à la région le surnom de Barbagia (pays des Barbares) qui lui fut donné par Cicéron et qu’elle porta fièrement tout au long de son histoire.

Nuoro - Author: Rafael Brix

Après la chute de l’Empire romain, le bourg tomba, comme le reste de la Sardaigne, entre les mains des Byzantins qui gouvernèrent l’île sans y apporter aucun bénéfice, tout en imposant de lourds tribus de guerre. Plus tard, Nuoro passa sous la domination des juges du judicat d’Arborée, mais on ne sait pas exactement quand pendant la longue période d’hostilité qui opposa les Arboréens aux Aragonais. L’une des rares informations qui nous soit parvenue sur cette période est que des représentants de la ville étaient présents lors d’un armistice entre Jean Ier d’Aragon et Eléonore d’Arborée en 1388.

Nuoro ne fut que faiblement touchée par les luttes de pouvoir qui opposèrent les deux républiques maritimes de Gênes et de Pise, mais elle tomba à la chute du judicat d’Arborée en 1420 sous l’emprise de la Couronne d’Aragon qui lui imposa un oppressant régime féodal. Cette situation provoqua la propagation du banditisme et l’isolement de la ville du reste de l’île.

Lorsque la Sardaigne fut cédée à la Maison de Savoie en 1718, les conditions économiques de Nuoro étaient désastreuses, dues à cette politique séculaire de résistance et d’isolement. Les premières décennies sous la domination du Piémont, qui dans cette période était engagé dans la guerre contre la France, ne changèrent par vraiment la situation et les nombreuses révoltes contre le gouvernement piémontais endommagèrent encore davantage l’économie déjà fragile de la ville. Néanmoins, au cours du XVIIIe siècle, le région de Nuoro gagna progressivement en importance par rapport à d’autres villages, si bien qu’en 1779, le pape Pie VI l’éleva au rang d’évêché.

centro_storico - Author: Max.oppo

Cette promotion dans le domaine ecclésiastique fut suivie dans le domaine civil par la nomination de Nuoro comme siège de la Cour de la Préfecture en 1807. En 1836, elle fut élevée au rang de ville et, en 1848, elle fut choisie comme centre de division administrative, au même titre que Cagliari et Sassari. Cette dernière organisation ne dura cependant que jusqu’en 1859, lorsque la ville fut rétrogradée au rang de sous-préfecture de la province de Sassari.

Dans les années qui suivirent, la ville connut de nombreux et violents soulèvements populaires durement réprimés par le gouvernement, provoqués par l’émission en 1820 d’un décret de privatisation des terres communautaires en faveur de riches propriétaires terriens. La plus connue de ces émeutes eut lieu en 1868 lorsque les bergers et les paysans attaquèrent et incendièrent la mairie pour défendre ce qui restait de leurs terres. Ce dernier incident provoqua l’envoi d’une commission parlementaire présidée par Agostino Depretis sur l’île afin d’en étudier les conditions sociales et économiques. Cela ne donna malheureusement aucun résultat positif; au contraire, en 1871, Nuoro fut exclue du projet de réseau ferroviaire qui était développé sur l’île, principalement autour de Cagliari et de Sassari.

En 1913, Nuoro demanda le rétablissement de la province de Nuoro dissoute en 1859, mais ce n’est qu’en 1927 que sa demande fut finalement acceptée. Après 1945, la ville se développa à un rythme rapide, en raison de la dépopulation progressive des villes voisines, avec un développement immobilier sauvage qui se fit parfois au détriment du caractère typique de la vieille ville.

chiesa_di_Su_Serbadore - Author: Max.oppo

Il reste cependant de très beaux bâtiments, entre autres la cathédrale néoclassique de Santa Maria della Neve, l’église de la Madonna delle Grazie qui fut construite à la fin du XVIIe siècle et les nombreuses petites chapelles parsemées dans la ville. L’une d’elles, la petite église de la Madonna della Solitudine, contient le sarcophage de Grazia Deledda, lauréate du prix Nobel de Littérature de 1926.

La région autour de Nuoro est intéressante à visiter, grâce au nombre important de sites archéologiques et de nuraghi. Les montagnes offrent de magnifiques randonnées, surtout le Monte Ortobene au sommet duquel s’élève la statue du Christ Rédempteur, érigée sur ordre du pape Léon XIII pour les célébrations du jubilé de 1900. Le village médiéval de Lollove, situé juste à l’extérieur de la ville, vaut le détour. Les maisons et les ruines sont restées inchangées depuis des siècles et les 26 habitants répertoriés en 2009 parlent encore un dialecte du XVIIe siècle. Nuoro est éloignée d’une quarantaine de kilomètres de la mer. Sur la zone côtière, de très belles plages alternent avec des hautes falaises rocheuses.

Nuoro - Author: NordNordWestLien externe

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