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Carloforte

La petite ville de Carloforte présente une caractéristique unique, comme seule la Sardaigne semble en avoir le secret. En effet, on y parle un dialecte ligure proche du génois, le tabarchino, de même qu’à La Maddalena, on parle une variante du dialecte corse et, à Alghero, on parle un catalan ancien mêlé de sarde. Et comme pour ces deux dernières communes, cette unicité est liée à son histoire.

Carloforte fut fondée en 1738 par une centaine de familles de pêcheurs de corail, originaires du quartier de Pegli à Gênes. Elles avaient quitté leur ville natale en 1541 pour coloniser l’île de Tabarka, au large des côtes tunisiennes. Après deux siècles, le corail dans la région étant épuisé, quelques Tabarkins repartirent en Italie et trouvèrent des récifs coraliens importants au large de la côte ouest de la Sardaigne. Ils demandèrent au roi de Sardaigne Charles-Emmanuel III l’autorisation de s’installer sur l’île de San Pietro, alors inhabitée. Le roi leur donna sa permission et les pionniers nommèrent la ville qu’ils fondèrent Carloforte en son honneur.

carloforte - Author: Istante giovamar

Quelques années plus tard, en 1742, sous les attaques répétées des raïs de Tunis et d’Alger sur l’île Tabarka, la population d’origine génoise se résolut à fuir. Ceux qui ne furent pas faits prisonniers, partirent se réfugier soit à Carloforte, soit sur l’île de Nueva Tabarca en Espagne, mais au contraire de la colonie sarde, la colonie espagnole perdit l’usage du tabarchino.

En 1798, Carloforte subit un raid nocturne féroce de pirates tunisiens. Plus de 900 habitants furent emmenés en esclavage à Tunis et le roi de Sardaigne Charles-Emmanuel IV dut payer une importante rançon pour les libérer. Pendant leur captivité, les Carloforti trouvèrent une statue en bois de la Vierge enfouie dans le sable. C’était certainement une figure de proue d’un navire échoué, mais les captifs y virent un miracle et ainsi naquit le culte de la Vierge de l’Esclave, protectrice des Tabarkins. Cette statue est encore visible dans le petit oratoire construit à Carloforte par les captifs à leur retour et est vénérée chaque année lors d’une célébration religieuse.

Monumento-a-Carlo-Emanuele - Author: mraxani

Quelques années plus tard, l’île fut brièvement occupée par les forces napoléoniennes qui propagèrent parmi certains habitants les nouveaux principes de liberté, fraternité et égalité de la Révolution française. Cela provoqua des troubles au sein de la population locale entre les partisans des nouvelles idées et les fidèles au roi. Pendant cette période mouvementée, la statue du roi Charles-Emmanuel III qui avait été érigée sur la place principale fut enlevée et enterrée afin de la protéger. Mais le trou creusé était trop petit et le bras droit du roi dépassait. Dans l’urgence d’enterrer au plus vite la statue, les partisans du roi cassèrent le bras à coup de massue. Lorsque les troubles furent terminés, la statue fut déterrée et replacée à sa place originale, sans son bras droit, en mémoire à cette période agitée de l’histoire de la ville.

Le 10 novembre 2004, Carloforte fut nommée commune d’honneur de la province de Gênes en raison des relations historiques, économiques et culturelles qui la lie à la capitale génoise et notamment au quartier de Pegli. Elle est également jumelée avec Nueva Tabarka, sa soeur presque jumelle de l’autre côté de la mer de Sardaigne.

L’agriculture joua dans ses débuts un rôle important afin d’assurer à l’île son autosuffisance, mais la pêche du thon rouge prit le premier rang au cours du XIXe siècle. La raréfaction de l’espèce et les réglementations destinées à la protéger ramenèrent la pêche au thon au rang de curiosité anecdotique. Carloforte a également une longue tradition de construction navale en bois. Cet artisanat est encore très actif dans l’île grâce à la compétence des artisans locaux. Actuellement, son économie dépend principalement du tourisme estival.

La manifestation la plus importante de la ville est le Girotonno, un événement culturel et gastronomique international qui a lieu chaque année fin mai, lors de l’abattage du thon et où divers pays méditerranéens présentent leur cuisine traditionnelle. Carloforte offre une tradition culinaire influencée par son histoire génoise et tunisienne: le pesto et la farineta liguriens, et le couscous tabarkin.

Carloforte - Author: NordNordWestLien externe

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