Étiquettes

Discesa dei Candelieri

Au XIe siècle, Sassari entretenait des relations commerciales privilégiées avec la république maritime de Pise et la ville hébergeait une communauté pisane importante. Cette dernière importa ses lois et ses coutumes, dont certaines devinrent propres à la culture de Sassari, même après le départ des Pisans et l’arrivée des Génois, puis des Aragonais.

L’une d’elles était la Discesa dei Candelieri en italien, ou la Farrada di li Candareri en dialecte sarde. L’origine de la tradition, qui se répandit sur tout le territoire de la république de Pise, était d’offrir de la cire vierge à l’Eglise Santa Maria de Pise pour les célébrations liturgiques. La procession se déroulait les 14 août, la veille de l’Assomption de Marie, et les dons de cire étaient faits par les corporations rurales et citadines, manuelles et artisanales, au nom de la population. Dans certaines villes, la cire était modelée en colonnes, en autels ou en statues. A Pise, elle était présentée au public sous forme d’images saintes montées sur des autels transportés sur l’épaule par des porteurs, afin non seulement de rendre hommage à la Vierge, mais aussi de provoquer l’admiration du peuple. Les autels étaient décorés de drapeaux et la procession était rythmée de musique religieuse. Avec le temps, les autels en cire furent remplacés par des colonnes de bois dont le transport était plus pratique et facile pour les porteurs et plus visible pour la foule.

La procession pisane s’imposa à Sassari dès le XIe siècle, mais nous ne savons pas dans quelle mesure elle fut fidèlement et régulièrement suivie, car les annales de la ville brûlèrent au début du XVIe siècle. En 1528, selon la tradition, une épidémie de peste prit fin le 14 août après l’intercession de la Vierge et, dès 1531, huit corporations, gremi en dialecte sarde, (agriculteurs, bergers, commerçants, tailleurs, cordonniers, tanneurs, maçons et charpentiers) firent le voeu de fabriquer et de porter tous les 14 août huit chandeliers de cire de la Piazza Castello à l’église de Santa Maria di Betlem. Ces voeux furent solennellement renouvelés à plusieurs reprises, souvent au cours de nouvelles épidémies, notamment en 1580 et en 1652.

La_Discesa_dei_candelieri - Author: Gianni Careddu

La fabrication des chandeliers étant à la charge de la ville de Sassari, le vice-roi espagnol essaya en 1694 de supprimer la procession, mais il dut faire face à l’opposition des habitants qui ne voulaient pas briser le voeu fait à la Vierge. Au début du XVIIIe siècle, les chandeliers qui, jusque là, étaient en cire, furent remplacés par des chandeliers en bois, rendant l’offrande purement symbolique. Au milieu du XIXe siècle, le conseil municipal et l’archevêque tentèrent de supprimer l’événement, le considérant comme une fête laïque et imposèrent de remplacer les colonnes par des bougies réalisées à la main et ornées d’une croix. Ce changement ne fut pas accepté par les habitants et, pendant quatre ans, la procession fut annulée. Mais, suite à une épidémie de choléra en 1856, la vieille tradition fut rétablie.

Depuis l’époque de la colonie pisane jusqu’à aujourd’hui, la Discesa dei Candelieri a conservé beaucoup de son ancienne physionomie. Plusieurs changements eurent lieu dans l’organisation des corporations: certaines, comme celle des commerçants, ne furent plus intéressées à la création des chandeliers et furent dissoutes. Celle des bergers disparut suite à la perte de son importance économique et de son prestige social. Certaines fusionnèrent et d’autres s’ajoutèrent. Actuellement, il y a dix gremi, donc dix chandeliers.

Candeliere,_primi_'900 - Author unknown

La cérémonie commence tôt le matin avec la décoration des chandeliers devant la maison du président ou devant le siège de chaque corporation. Les chandeliers sont ornés de drapeaux, de guirlandes et de fleurs. Les deux corporations des agriculteurs et des paysans décorent les leurs d’épis de maïs. Les chandeliers sont ensuite amenés à la Piazza Castello, où après une courte action de grâce devant la Vierge de l’église del Rosario, la procession commence. Accompagnés par des orchestres et le son des tambours, les porteurs dansent et tournent sur eux-mêmes pour enrouler les guirlandes. Arrivés devant l’hôtel de ville, le maire et son conseil sont invités à se joindre au cortège qui remonte le Corso Vittorio Emanuele jusqu’à Santa Maria di Betlem. La procession suit les règles établies au XVIe siècle, avec la position de chaque chandelier clairement définie en fonction du prestige et de l’ancienneté de sa corporation et, pendant le défilé, certains gremi ont des tâches spécifiques ou des parcours à suivre afin de respecter la tradition et d’empêcher la peste de revenir.

Actuellement, un musée dédié à cette fête est en cours de construction. Lorsqu’il sera fini, il exposera l’histoire des gremi et des chandeliers avec des témoignages et d’anciennes photographies.

Sassari - Author: NordNordWestLiens externes

Publicités