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San Giovanni in Laterano

L’église votive du Latran, communément nommée depuis le haut Moyen Age Saint-Jean-de-Latran, fut construite pendant la deuxième décennie du IVe siècle par l’empereur Constantin Ier et dédiée au Christ-Sauveur en remerciement pour la victoire de Constantin sur l’empereur Maxence à la bataille du pont Milvius. Cet ex-voto est rappelé dans l’inscription sur l’architrave sous le tympan de la façade: Christo Salvatori. La basilique fut solennellement consacrée en 324. La splendeur de ses décorations et de son mobilier était telle qu’elle fut appelée la « basilique dorée » par le pape Grégoire Ier.

Le nom de Latran lui vient d’une famille de patriciens romains, les Laterani, qui possédait une splendide demeure à cet endroit. Cette demeure, attenante à la basilique, devint le palais du Latran, la résidence des papes jusqu’en 1309, date à laquelle le pape Clément V transféra sa résidence à Avignon. Entre-temps, le complexe avait déjà souffert du passage du temps et de l’histoire. En 410, les troupes du roi wisigoth Alaric saccagèrent Rome. En 455, le roi des Vandales Genséric fut autorisé par le pape Léon Ier à piller pendant quinze jours la ville sous la condition que ses troupes limitent au maximum les massacres. Quatre siècles plus tard, c’est le tremblement de terre de 896 qui endommagea irrémédiablement la basilique. Reconstruite magnifiquement au Xe siècle par le pape Serge III, elle fut à nouveau détruite par le grand incendie du 15 juin 1308.

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Avec le départ du pape à Avignon, le palais et la basilique furent abandonnées et se retrouvèrent dans un tel état de délabrement, surtout après l’incendie du 21 août 1361 qui détruisit quatre colonnes en jaspe de la nef centrale, le ciborium et le toit à chevrons de la salle majeure, que Pétrarque écrivit au pape Innocent VI ces vers fameux: « Dans quel esprit t’endors-tu sur les rives du Rhône sous les plafonds à caissons dorés, alors qu’au Latran la mère de toutes les églises tombe en morceaux, sans toit, exposée aux intempéries. »

Le pape qui ramena la papauté à Rome, Grégoire XI, émit une bulle le 23 janvier 1372 dans laquelle il établit que la sacro-sainte église du Latran était son siège parmi toute les églises et basiliques de Rome et du monde. Sur la base d’une des immenses colonnes de la façade de la basilique, un texte rappelle cet événement: « La Très Sainte Eglise du Latran est la mère et l’archétype de toutes les églises de Rome et du monde. » Ainsi, non seulement la basilique est la première de toutes les églises dans l’ordre protocolaire, mais elle sert également de modèle à tous les édifices religieux catholiques.

Saint Jean de Latran - Author: Giovanni Paolo Pannini

Il fallut cependant attendre le milieu du XVIIe siècle pour que la basilique fasse l’objet d’une sérieuse restructuration en prévision du jubilé de l’an 1650. Les travaux furent confiés par le pape Innocent X à Francesco Borromini. Le pape imposa à l’architecte de respecter le plus possible la forme antique de l’église et de laisser le grand plafond de la nef centrale datant du XVIe siècle. Borromini garda donc les dimensions de la basilique médiévale (135 mètres de long et 65 mètres de large), ainsi que la disposition générale des cinq nefs. Par contre, il restaura l’intérieur en lui donnant un nouveau lustre baroque. Son intervention est surtout remarquée dans les voûtes et les arcs des nefs latérales où des anges ailés se succèdent dans une élégante perspective. Dans les niches qu’il prépara le long de l’allée centrale se trouvent maintenant les statues monumentales des douze apôtres qui furent ajoutées au début du XVIIIe siècle.

Cosmati - Author: Lhimec

De l’ancienne basilique du Saint-Sauveur, il reste, entre autres, un fragment d’une fresque de Giotto di Bondone provenant de l’ancienne Loge des Bénédictions érigée par le pape Boniface VIII pour le jubilé de 1300, le pavement cosmatesque de l’allée centrale commandité par le pape Martin V au XVe siècle et le ciborium orné de peintures siennoises du XIVe siècle contenant deux bustes reliquaires avec les crânes de saint Paul et de saint Pierre. La décoration du transept est due à Giacomo della Porta et au Cavalier d’Arpin, Giuseppe Cesari, pour le jubilé de 1600. C’est un exemple typique du maniérisme romain, présentant un cycle de peintures sur la fondation de la basilique et la vie de Constantin Ier.

abside mosaique - Author: Kit36a

L’abside est décorée d’une magnifique mosaïque de Jacopo Torriti datant du XIIIe siècle et restaurée au XIXe siècle. Au-dessous du buste du Christ-Sauveur, une croix gemmée surplombe le Mont paradisiaque et laisse s’écouler les eaux des quatre fleuves bibliques dans le Jourdain. A gauche de la croix, la Vierge Marie introduit le pape Nicolas IV, petit et agenouillé, en posant sa main sur sa tiare. Saint François, saint Pierre et saint Paul les suivent. A droite, saint Jean-Baptiste mène saint Antoine, saint Jean l’Evangéliste et saint André. Dans les entrailles du Mont paradisiaque se détachent les murailles dorées de la Jérusalem céleste, dont la porte est gardée par un ange. Au dessus, un palmier et un phoenix évoque la vie éternelle. L’iconographie de la composition est typique l’art chrétien primitif et le buste du Christ date de la période constantienne, ce qui laisse à penser que Torriti travailla à partir d’un décor de mosaïque du IVe siècle, comme il l’a fait dans l’abside de la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Sous la mosaïque, la cathèdre demeure le centre du l’hémicycle absidal. C’est de ce trône que le pape, aujourd’hui encore, donne son magistère.

messe pontificale - Author: Godong

Sous le ciborium se trouve l’autel où seul le pape a le droit de célébrer l’eucharistie. Selon la tradition, il aurait été utilisé par saint Pierre lui-même, ainsi que par ses successeurs. A noter que, au contraire de la basilique Saint-Pierre du Vatican, Saint-Jean-de-Latran n’est pas une basilique érigée sur un martyrium. Elle fut construite pour les utilisations de la communauté chrétienne de Rome. Ainsi, la sépulture au sol devant l’autel n’est pas la tombe de saint Jean-Baptiste ou de saint Jean l’Evangéliste, mais renferme la dépouille mortelle de Martin V, mort en 1431, premier commanditaire de restaurations et d’embellissements de la basilique après l’abandon prolongé dû à l’exil à Avignon. En souvenir et en remerciement de sa générosité, la tradition demande que l’on jette une obole sur son tombeau. Vingt et un autres papes sont inhumés dans la basilique.

Saint-Jean-de-Latran - Author: dalbera

La façade principale fut construite en 1734 par l’architecte Alessandro Galilei. Elle est surmontée de quinze statues, onze sur la façade et quatre sur les retours. On sait le nom des saints qu’elles représentent grâce aux contrats des sculpteurs, mais certains sont difficilement identifiables. Sur la façade, le Saint-Sauveur, saint Jean-Baptiste (à gauche) et saint Jean l’Evangéliste (à droite) sont au centre. Les quatre docteurs de l’Eglise latine (saints Ambroise, Augustin, Grégoire le Grand et Jérôme) et les quatre docteurs de l’Eglise grecque (saints Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome) les entourent. Sur les retours se trouvent saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, auxquels l’Eglise au XVIe siècle décida de rendre le même culte qu’aux docteurs, et saint Eusèbe de Verceil et saint Bernard qui furent deux grands défenseurs de l’Eglise.

Loge des bénédictions - Author: cat's_101

Sur la place du Latran, le côté nord de la basilique est typique de la Renaissance du XVIe siècle. Il fut construit en 1580 par l’architecte Domenico Fontana sous le pape Sixte V. Le premier étage sert aux bénédictions papales le jour de l’ascension.

La porte principale de la basilique provient de la Curie sur le Forum romain où se réunissait le Sénat. Elle fut transférée et adaptée pour l’église par Borromini. La porte à droite de la façade principale est la porte sainte, murée à l’intérieur entre chaque année jubilaire. Elle fut pour la première fois ouverte par Martin V pour le Jubilé de 1423. Elle évoque le passage que tout chrétien est appelé à accomplir du péché à la grâce. La porte actuelle est un portail en bronze à un seul battant réalisé par le sculpteur Florian Bodini et mis en place le 18 décembre 2000.

La basilique a un lien privilégié avec la France. En 1482, le roi de France Louis XI avait accordé des droits au chapitre du Latran sur l’abbaye de Clairac en Aquitaine. En contrepartie, le chapitre fit ériger une statue à l’effigie du roi de France, auquel il attribua le titre de chanoine d’honneur. Depuis, la tradition a perduré et chaque président de la République française est fait chanoine d’honneur. Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy prirent possession de leur stalle qui confère théoriquement le droit d’entrer à cheval dans la basilique.

Roma - Author: NordNordWest

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