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Antonio Rosmini Serbati naquit dans une famille noble, en 1797, à Rovereto dans l’actuelle région du Trentin-Haut-Adige, alors sous domination autrichienne. La famille Rosmini avait fait fortune dans le commerce de la soie et vivait un mode de vie propre à la petite noblesse. Très tôt, Antonio montra un penchant pour la religion. Il fit ses classes au lycée impérial de Rovereto, tout en s’instruisant en parallèle à la maison grâce à la bibliothèque de son oncle, puis il poursuivit ses études à l’université de Padoue, en droit et en théologie. En 1821, il fut ordonné prêtre par l’évêque de Chioggia. Après ses études, il resta à Rovereto et commença à étudier la philosophie.

En 1826, Rosmini dut quitter sa ville natale en raison de ses positions anti-autrichiennes qui lui attirèrent l’hostilité de l’évêque autrichien Johann Nepomuk von Tschiderer et il s’installa à Milan où il rencontra l’écrivain Alessandro Manzoni qui dira de lui qu’il « est une des six ou sept intelligences dont l’humanité est le plus honorée ». Au cours de sa vie, il deviendra également ami avec les patriotes Giovanni Stefani, Niccolò Tommaseo et Vincenzo Gioberti.

En 1828, il fonda un nouvel ordre religieux, l’Institut de la Charité (aussi appelé ordre des Rosminiens ou Pères Rosminiani). Les membres pouvaient être prêtres ou laïcs, et se consacraient à la prédication, à l’enseignement de la jeunesse, et aux œuvres de charité, qu’elles soient matérielles, morales ou intellectuelles. Les règles de son ordre, contenues dans un livre dont il s’occupa toute sa vie, furent approuvées par le pape Grégoire XVI en 1839.

En 1848, il fut chargé par le roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Albert de Savoie, de convaincre le pape Pie IX de présider une confédération d’états italiens. Mais lorsque le gouvernement piémontais demanda que le pape entre lui aussi en guerre contre l’Autriche, le père Rosmini renonça à sa mission diplomatique. Après l’assassinat du politicien Pellegrino Rossi, Pie IX consacra Rossini cardinal et le nomma premier ministre des Etats pontificaux. Rossini suivit le pape dans sa fuite à Gaeta lors de la proclamation de la république romaine, mais il tomba rapidement en disgrâce, car il était en désaccord avec la ligne politique du cardinal Giacomo Antonelli, qui voulait que le pape soit soutenu par des armées étrangères. En 1849, il prit congé de Pie IX et se retira à Stresa au bord du lac Majeur.

A la même époque, il publia deux ouvrages qui suscitèrent une forte opposition, notamment de la part des Jésuites: Les Cinq Plaies de la Sainte Église et La Constitution selon la justice sociale. Ils furent mis à l’Index en 1849. Les Cinq Plaies présupposent un parallélisme entre le corps physique du Christ et son corps mystique, l’Eglise, percé par les péchés et les erreurs des hommes dans le cours de l’histoire chrétienne. La plaie de la main droite correspondait à la division entre le clergé et le peuple, due au manque d’éducation de la population et à la tendance du clergé de former une caste supérieure. La plaie de la main droite correspondait au manque d’éducation du clergé. La troisième plaie, celle du flanc, concernait la désunion parmi les évêques dans l’oubli de leur vraie union dans le corps du Christ. C’était une critique sévère à l’égard du clergé de l’Ancien Régime qui s’occupait de politique en dehors du ministère sacerdotal et se préoccupait plus de ses ambitions personnelles et de ses propriétés que de servir l’Eglise comme un seul corps. La plaie du pied droit était due au pouvoir temporel des évêques qui les rendait serviles, manipulateurs et égoïstes. La dernière plaie concernait la servitude des biens ecclésiastiques.

Une année avant la mort de Rosmini, le pape retira les ouvrages de l’Index. Mais la controverse sur ses écrits continua pendant trente ans et, en 1887, le pape Léon XIII condamna quarante thèses rosminiennes et interdit qu’on les enseigne. Un remarquable revirement eut lieu en 2001 lorsque le Vatican leva cette interdiction.

Rosmini mourut en 1855 à Stresa. A son chevet, se trouvait son ami Manzoni qui reçut son héritage spirituel: adorer, se taire et se réjouir.

Rosmini laissa de nombreux écrits, tant politiques, philosophiques que religieux. C’était un esprit libéral de pure souche, à une époque où pour l’Eglise, libéralisme rimait avec satanisme. Dans son livre Philosophie de la politique, il fit part de son admiration pour La démocratie en Amérique, le chef-d’œuvre d’Alexis de Tocqueville. Par ailleurs, il prévit plus d’un siècle à l’avance les thèses soutenues par le Concile Vatican II à propos de la liberté religieuse. Il était opposé au catholicisme comme « religion d’état » et il fut un défenseur infatigable des libertés des citoyens contre les abus d’un état tout-puissant.

La valeur des vertus de Rosmini fut reconnue par l’Eglise le 26 juin 2006. Après la signature d’un décret de béatification par le pape Benoît XVI le 3 juin 2007, il fut béatifié le 18 novembre, à Novare par le cardinal José Saraiva Martins.

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