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calabresi

Luigi Calabresi naquit en 1937 à Rome d’une famille de la classe moyenne. Il fréquenta le lycée classique San Leone Magno, puis la faculté de droit où il passa sa licence en 1964 avec une thèse sur la mafia sicilienne. Pendant ses études, il devint membre du mouvement Oasi fondé par le jésuite Virginio Rotondi.

A la place de choisir une carrière dans la magistrature ou au barreau, Calabresi choisit d’entrer dans la police. En 1965, il réussit le concours de commissaire de la sécurité publique et suivit un cours de spécialisation à l’académie de police de Rome. Une année plus tard, il fut affecté au commissariat milanais de Monforte, et deux mois plus tard, il fut nommé à la tête de la section responsable de la surveillance et des enquêtes sur la gauche extra-parlementaire. En 1968, il fut nommé commissaire principal chargé de diriger les services de police pour le maintien de l’ordre public pendant les affrontements des manifestations milanaises.

Après l’attentat du 25 avril 1969 au stand FIAT de la Foire de Milan, qui ne provoqua que des blessures superficielles, et la découverte de bombes encore intactes quelques heures plus tard à la gare centrale de Milan, Calabresi favorisa la piste anarchiste et fut accusé de partialité pour n’avoir privilégié qu’une seule voie sans preuve à l’appui. Il fit emprisonner pendant plusieurs mois une quinzaine de personnes de la gauche extra-parlementaire qui durent être libérées pour manque de preuves et qui portèrent plainte auprès du tribunal de La Haye pour les traitements reçus. Cette enquête fut la première qui donna à Calabresi une couverture médiatique et son visage fut désormais connu du grand public.

Pendant sa courte carrière, il eut l’occasion de rencontrer le cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli avec lequel il établit une relation de confiance et de respect. Mais quelques jours après les attentats du 12 décembre 1969 de la Piazza Fontana à Milan qui firent seize morts et en blessèrent 88, Pinelli fut arrêté. Alors qu’il était interrogé dans le bureau du commissaire par un autre officier de police, il se tua en tombant par la fenêtre qui se trouvait au quatrième étage.

Lors de la conférence de presse à laquelle assistait Calabresi, l’officier déclara que Pinelli avait voulu se suicider, parce qu’il était impliqué dans les attentats, version déclarée fausse ultérieurement en raison de la solidité de l’alibi de Pinelli.

Calabresi devint immédiatement la cible des mouvements intellectuels d’extrême-gauche qui l’accusèrent d’avoir défenestré Pinelli. La haine contre le commissaire fut attisée par le journal Lotta Continua qui entama une campagne de dénonciation sur la responsabilité de la police dans la mort du cheminot. S’en suivit un procès en diffamation continue et aggravée contre Pio Baldelli, le directeur du journal, alors que le juge Antonio Amati lançait l’enquête sur la mort de Pinelli. Malgré les résultats de cette enquête qui déclarèrent la mort accidentelle, la bataille politique, juridique et médiatique continua. Calabresi fut accusé d’être un tortionnaire, la police d’avoir pollué l’enquête et le juge d’avoir pris parti. En juin 1971, 757 intellectuels italiens signèrent une lettre ouverte demandant l’exclusion de tous les intervenants mêlés à l’enquête.

Pendant ce temps, des menaces directes contre le commissaire se firent plus précises, mais Calabresi refusa de porter son Beretta 6.35 comme les autres officiers de police, affirmant que s’il devait être assassiné, ce serait de toute façon par derrière. Dans cette campagne de calomnies et d’isolement, il trouva le réconfort dans la foi au point de déclarer: « Si je n’étais pas chrétien, si je ne croyais pas en Dieu, je ne sais pas comment je pourrais résister. »

Le 17 mai 1972, Calabresi fut abattu par un groupe de deux hommes, de deux balles dans la tête et dans le dos, devant son domicile à Milan. Cet assassinat fut le premier d’une longue série qui toucha les hommes courageux qui s’attaquèrent au terrorisme. Le 18 mai, la Lotta Continua titra: « Calabresi tué, le principal responsable de l’assassinat de Pinelli » et, dans l’article qui suivit, le journal décrivit l’assassinat de Calabresi comme « un acte dans lequel les exploités reconnaissent leur propre désir de justice ».

L’enquête piétina pendant plusieurs années jusqu’en 1988, lorsqu’un ancien membre de la Lotta Continua, Leonardo Marino, témoigna et avoua avoir été le chauffeur de l’assassin. Il dénonça trois de ses camarades: Adriano Sofri et Giorgio Pietrostefani, dirigeants de la Lotta Continua, et Ovidio Bompressi. En raison de sa dénonciation, Marino ne fut condamné qu’à onze ans de prison, alors que les trois autres furent condamnés à des lourdes peines de vingt-deux ans.

Le 27 octobre 1975, le juge d’instruction Gerardo D’Ambrosio finalisa le rapport sur la mort de Pinelli. Il confirma que le décès était imputable à des causes accidentelles dues à un malaise du détenu qui perdit l’équilibre et que le commissaire Calabresi n’était pas présent dans la pièce lors de la chute.

Luigi Calabresi fut déclaré un Serviteur de Dieu par le pape Paul VI et un procès de béatification est actuellement en cours, ouvert par le pape Jean-Paul II. Par ailleurs, il reçut la médaille d’or au mérite civil.

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