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Sant'Agnese in Agone

La place Navone est une des places les plus visitées et les plus admirées de Rome. Elle se situe exactement sur les ruines du stade que l’empereur Domitien fit construire au Ier siècle de notre ère, suite à un incendie qui ravagea le Champ de Mars.

Au début du IVe siècle, Agnès, une jeune fille de noblesse romaine et chrétienne fut demandée en mariage par le fils du préfet, un jeune païen. Elle repoussa ses avances en lui répondant qu’elle était déjà fiancée à un époux céleste et invisible. Elle fut alors arrêtée comme chrétienne et conduite nue dans un lieu de débauche sous les arènes du stade. Cependant, ses cheveux recouvrirent par miracle sa nudité. Après avoir accompli d’autres miracles, elle fut exécutée sur place. Quelques années plus tard, lorsque les chrétiens obtinrent la liberté de culte sous l’empereur Constantin Ier, l’emplacement de son martyre fut transformé en un petit sanctuaire et devint un lieu de pèlerinage.

Au XIIe siècle, le pape Calixte II fit transformer l’oratoire en une petite basilique dont l’entrée donnait sur la via dell’Anima et l’appela Sant’Agnese in Agone, agone signifiant « le lieu où se déroulent les jeux ». C’est de ce nom que la place Navone tire son propre nom: agone se déforma en nagone, puis en navone.

Au XVIIe siècle, les demeures autour de la place devinrent peu à peu la propriété des Pamphili, famille du pape Innocent X, au point que la place était considérée comme le « forum des Pamphili ». Au début de son pontificat, le pape fit agrandir le palais familial sur la place (l’actuelle ambassade du Brésil) et, en 1652, il décida de refaire complètement l’église Sainte-Agnès en Agone pour en faire une chapelle nobiliaire où il serait enterré. Le projet fut confié à Girolamo Rainaldi, mais suite à une dispute en 1653 entre l’architecte et le Souverain pontife, Francesco Borromini reprit la direction des travaux. Il travailla sur la base déjà construite de Rainaldi, mais modifia profondément les plans. Il changea, entre autres, la façade rectiligne pour y ajouter le jeu des formes concaves et convexes dont il s’était rendu maître et qui le rendit si célèbre.

A la mort d’Innocent X en 1655, Borromini souffrit de la surveillance et du contrôle du nouveau pape, Alexandre VII, et donna sa démission. Le projet, qui était loin d’être achevé, fut alors confié à Carlo Rainaldi, le fils de Girolamo. Les plans furent une fois de plus modifiés. En 1666, le neveu d’Innocent X, qui avait reçu de son oncle la tâche d’achever l’église, mourut et sa veuve, Olympia Aldobrandini, demanda que Gian Battista Bernini soit intégré au projet. On lui attribue le dessin de la corniche interne, les stucs, les arcades, la frise et les voûtes. L’église, dont les décorations n’étaient pas encore terminées, fut enfin consacrée le 17 janvier 1672.

Sant'Agnese in Agone - Author: MarkusMark

A cause de la succession d’architectes de renom qui modifièrent les plans de leurs prédécesseurs, la façade ne montre malheureusement pas une unité propre à un artiste. En particulier, le projet borrominien d’alternance des lignes concaves et convexes fut en partie annulé par les travaux de Carlo Rainaldi.

A l’intérieur, l’église présente un plan en croix grecque octogonal avec, sur les axes principaux, l’entrée, l’abside et deux chapelles latérales. Les quatre côtés en diagonale sont chacun ornés d’un autel en marbre précieux surmonté d’un retable. Aux angles de l’octogone, huit grandes colonnes en marbre de Cottanello rouge servent de pilastres pour le tambour de la coupole. La décoration fut confiée à Alessandro Algardi, puis à sa mort, à ses élèves, Ercole Ferrata and Domenico Guidi.

En face du portail principal, l’autel absidal fut réalisé en 1720, sur des croquis de Carlo Rainaldi. Les quatre colonnes en marbre vert qui entourent le retable proviennent de l’arc de Marc-Aurèle au Corso. Le retable est un haut-relief en marbre blanc qui représente La Sainte Famille, réalisé en 1688 par Guidi. Il ne fut placé que lorsque l’autel fut fini.

St_Agnese_in_Agone - Author: MatthiasKabel

La chapelle latérale de droite est consacrée à sainte Agnès. Elle est bordée de marbres vert et jaune. L’autel est représenté par un sarcophage en marbre de Cottanello. Dans la niche au-dessus de l’autel, Ferrata réalisa une statue de sainte Agnès au milieu des flammes, dans le même style que la statue de l’ange à la croix que Bernini lui commanda pour le pont Saint-Ange. En face, la chapelle latérale de gauche est dédiée à saint Sébastien avec une statue réalisée par Pietro Paulo Campi. Les deux chapelles sont surmontées par une fausse perspective simulant un portique à trois arcades avec des voûtes d’arêtes, en brèche corallienne et de Serravezza, soutenues par des pilastres en vert antique et raccordées par un encadrement en bardiglio.

Les autels en diagonale sont nichés dans quatre grandes absides peu profondes. Ils sont en marbre vert antique décorés de stucs dorés et surmontés d’un retable en marbre sculpté en haut-relief. En partant de l’entrée à droite, ils sont dédiés à saint Alessio (de Giovanni Francesco Rossi), à sainte Emerenziana (de Ferrata et Leonardo Retti), à sainte Cécile (de Giuseppe Peroni et Antonio Raggi) et à saint Eustache (de Melchiorre Caffà, Ferrata et Rossi).

Les fresques dans les quatre médaillons au-dessus de ces autels ont été peintes par Giovanni Batista Gaulli entre 1667 et 1671. Le cycle représente des allégories des quatre vertus cardinales: la Justice et la Paix; la Prudence et la Providence; la Force et la Charité; et la Tempérance et la Chasteté.

coupole - Author: MatthiasKabel

La coupole est surélevée par un imposant tambour et illuminée par huit fenêtres. La décoration fut confiée à Ciro Ferri, mais il mourut avant d’avoir pu l’achever. C’est un de ses élèves, Sebastiano Corbellini, qui la termina. Le thème est La présentation de sainte Agnès à la gloire du ciel. Le lanternon au-dessus de la coupole fut projeté par Borromini et réalisé par Rainaldi après quelques modifications. Il est décoré d’une colombe, l’emblème  de la famille Pamphili.

Innocent X - Author: SteO153

L’église fut construite pour accueillir le tombeau d’Innocent X. Borromini avait prévu de le placer dans le transept droit, mais Rainaldi décida de le mettre en face, afin que la chapelle de sainte Agnès soit plus proche de l’emplacement de son martyre. Lorsque Bernini reprit les travaux, il plaça à gauche la chapelle de saint Sébastien et fit des projets qui restèrent sans suite pour le tombeau. Ce n’est qu’en 1698 que l’on décida de le placer au-dessus de la porte d’entrée. Les reliefs furent sculptés au début du XVIIIe siècle par Giovanni Battista Maini.

Il existe une légende sur la fontaine des Quatre-Fleuves, construite par Bernini juste en face de l’église. A cause de la rivalité entre Bernini et Borromini, Bernini aurait sculpté la statue du Rio de la Plata avec le bras levé dans la crainte d’un effondrement de l’église et la statue du Nil se voilerait le visage pour ne pas avoir à la regarder. En réalité, la fontaine fut construite avant le début de la construction de l’église et le Nil a le visage couvert, car ses sources étaient à l’époque inconnues.

Roma - Author: NordNordWest

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