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Crociera transatlantica

Dès la fin du XIXe siècle, l’Italie fut à l’avant-garde du développement d’un corps d’armée aéronautique. Grâce aux idées alors révolutionnaires du général Giulio Douhet qui préconisait la participation des avions dans une guerre, l’Italie fut le premier pays à effectuer des reconnaissances aériennes, puis à effectuer des bombardements à haute altitude, sur les troupes turques en Tripolitaine lors de la guerre italo-turque en Libye en 1911.

Lors de la Première Guerre mondiale, Douhet proposa la construction de 500 bombardiers capables de lancer 125 tonnes de bombes par jour, mais le gouvernement italien refusa de suivre ses conseils jusqu’à la défaite de Caporetto en novembre 1917. Douhet fut alors nommé directeur central de l’aviation avec la responsabilité du développement du corps aéronautique.

A la fin de la guerre, Douhet démissionna de l’armée et le développement s’arrêta. Les avions restèrent principalement au sol, jusqu’à l’arrivée de Benito Mussolini au pouvoir. Convaincu de la justesse des idées de Douhet, Mussolini éleva en 1923 le corps aérien au rang de force armée et en fit l’un des éléments de prestige du régime fasciste: dans les années 1920, la Regia Aeronautica conquit presque une centaine de records internationaux.

En 1926, Mussolini nomma un de ses plus fidèles compagnons, Italo Balbo, secrétaire d’état de l’Aviation, puis le promut maréchal des forces aériennes en 1928 et ministre de l’Aviation en 1929. Balbo était un passionné d’aviation. Né en 1896, il avait à peine trente-trois ans lorsqu’il fut nommé ministre. Il avait suivi avec intérêt les exploits de la Regia Aeronautica, ainsi que ceux de ses compatriotes: Arturo Ferrarin et Guido Masiero qui réalisèrent en 1920 le vol Rome-Tokyo en 106 jours; Francesco de Pinedo qui effectua en 1925 un périple de 55 000 km entre Naples, Melbourne, Tokyo et Rome à bord d’un hydravion Savoia-Marchetti SM-16; ou Umberto Nobile qui fut le premier avec le norvégien Roald Amundsen et l’américain Lincoln Ellsworth à survoler le Pôle Nord en 1926 à bord du dirigeable Norge.

A l’heure des prouesses individuelles, Balbo eut l’idée d’organiser des vols collectifs en formation. Le premier eut lieu du 26 mai au 2 juin 1928 dans la Méditerranée occidentale et le suivant du 5 au 19 juin 1929 en Méditerranée orientale. Après ces deux succès, il se lança dans un projet de plus grande envergure, jamais encore réalisé: la traversée de l’Atlantique avec quatre escadrilles totalisant quatorze appareils entre l’Italie et le Brésil. Les entraînements eurent lieu à Orbetello en Toscane, à l’Ecole de navigation aérienne de haute mer, sur des hydravions Savoia-Marchetti SM-55 équipés de moteurs à douze cylindres en V Fiat A.22R.

Crociera_aerea_italia_brasile - Author: Emanuele Mastrangelo

Le 17 décembre 1930, les hydravions partirent d’Orbetello et effectuèrent la première étape de 1 200 km jusqu’à Los Alcazares en Espagne. Chaque équipage était composé de deux pilotes, un mécanicien et un radio. Le 19 décembre, la deuxième étape de 700 km les amena à Port-Lyautey au Maroc. Le 23 décembre, les avions atteignirent Villa Cisneros au Sahara Occidental (1 600 km), puis le 25 décembre à Boloma en Guinée portugaise (1 500 km).

La sixième étape était la plus dangereuse, car elle était de 3 000 km à travers l’Atlantique, soit environ 20 heures de vol, avec les avions chargés au maximum de carburant lors du décollage. Pour alléger le poids, les équipages se départirent même de leurs gilets de sauvetage. Le 5 janvier, lors du décollage, trois avions se trouvèrent en difficulté: le I-RECA, piloté par le capitaine Enea Silvio Recagno, le I-BOER, piloté par le capitaine Luigi Boer et le I-VALL, piloté par le général Giuseppe Valle. Le I-BOER explosa au décollage, provoquant la mort des quatre hommes de son équipage. Les deux autres avions ratèrent leur décollage et allégèrent leur chargement. Le I-RECA put décoller, mais perdit rapidement de l’altitude et s’écrasa en mer, tuant le sergent Luigi Fois. Le I-VALL réussit à se maintenir et rejoignit le Brésil en solo.

Des navires de la Regia Marina s’étaient positionnés le long de la route. Pendant la traversée, deux avions durent effectuer un amerrissage forcé: le I-BAIS, piloté par le capitaine Umberto Baistrocchi, qui put repartir et le I-DONA, piloté par le capitaine Renato Donadelli, qui fut abîmé, mais dont l’équipage put être sauvé. Onze hydravions sur les quatorze du départ arrivèrent donc à Natal au Brésil. La fin du trajet se déroula sans histoire: jusqu’à Bahia (1 000 km) le 11 janvier et l’arrivée à Rio de Janeiro (1 350 km) le 15 janvier.

Le retour se fit par voie maritime. Le succès de cette première fut tel qu’Italo Balbo lança un nouveau défi encore plus extraordinaire: la traversée nord-atlantique avec 25 hydravions. La traversée de 1930 marqua cependant un tournant dans l’histoire de l’aviation, entre le « romantisme » de l’aviateur solitaire un peu fou et le « réalisme » du pilote expérimenté dont les exploits étaient soigneusement planifiés et organisés.

Savoia-Marchetti_S.55 - Copyright free

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