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Giovanni Minzoni

Giovanni Minzoni naquit dans une famille de la classe moyenne de Ravenna en 1885. Il étudia au séminaire et fut ordonné prêtre en 1909. L’année suivante, il fut nommé chapelain de l’église Saint-Nicolas à Argenta où il resta trois ans. En 1912, il partit étudier à la Scuola Sociale de Bergame. Animé d’un amour absolu pour l’Eglise et doté d’une sensibilité aiguë pour les problèmes sociaux, il s’intéressa très rapidement à la vie politique et sociale du pays.

Enrôlé dans l’armée en août 1916, il servit d’abord dans les troupes sanitaires à l’hôpital militaire d’Ancône, avant d’être envoyé sur le front comme aumônier. Il reçut la médaille d’argent à la valeur militaire pour le courage dont il fit preuve lors de la bataille du Piave.

Après la guerre, il retourna à Argenta où il reçut l’investiture d’archiprêtre de la paroisse de Saint-Nicolas et reprit aussitôt ses activités d’animateur et d’organisateur d’initiatives religieuses, civiles et culturelles auxquelles il s’était déjà dédié avant la guerre. Il se rapprocha du Parti populaire italien et se lia d’amitié avec le syndicaliste socialiste Natale Gaiba qui fut assassiné en 1921 par un groupe fasciste. Cet incident, ainsi que sa politique de soutien à la doctrine de la coopérative plutôt qu’au corporatisme prôné par les fascistes, en fit un adversaire intransigeant à la politique de Benito Mussolini.

Il entra en conflit avec les responsables fascistes lorsqu’il intervint contre la création d’une organisation de jeunesse fasciste à Argenta. Il préférait que l’éducation des jeunes se fasse dans le cadre des valeurs catholiques. Après avoir rencontré le père Emilio Faggioli, fondateur en 1917 du groupe scout Bologna I et ecclésiastique régional adjoint de l’Association des scouts catholiques italiens de l’Emilie-Romagne, il fut convaincu des vertus et des bonnes valeurs enseignées au sein du mouvement scout et décida de fonder un groupe dans sa propre paroisse.

Le 8 juillet 1923, il fut invité au hall paroissial d’Argenta pour expliquer les valeurs éducatives des scouts. « A travers l’enseignement et la discipline de la volonté et du corps, nous visons à former des hommes de caractère », déclara-t-il. Parmi les spectateurs se trouvait le secrétaire du parti fasciste local qui lui répondit: « Nous avons déjà Mussolini! » Minzoni l’ignora et continua en expliquant que le mouvement scout agissait à l’extérieur des partis politiques et que bientôt des jeunes scouts seraient vus chantant le long des routes de la ville. Le chef fasciste répliqua que les scouts ne seraient pas autorisés à se rendre sur la place principale. Minzoni lui résista en insistant que tant qu’il serait là, les scouts iraient où ils voudraient, même sur la place principale. Cette dispute fut interrompue par les applaudissement des quelques soixante-dix jeunes gens qui assistaient à la conférence et qui le soutenaient.

Dans les semaines qui suivirent, les tensions avec les responsables fascistes locaux augmentèrent et le soir du 23 août 1923, il mourut assassiné sous les coups de deux voyous à la solde d’Italo Balbo, quadrumviro de la Marche sur Rome. Les recherches sur les assassins furent rapidement clôturées, mais le scandale politique qui suivit l’assassinat de Giacomo Matteotti le 10 juin 1924 relança l’affaire. Les journaux Il Popolo et La Voce Repubblicana dénoncèrent Balbo comme étant l’instigateur de l’assassinat de Minzoni et révélèrent l’identité de ses assassins. Balbo, qui entre-temps était devenu le commandant général de la milice des volontaires pour la sécurité nationale, démissionna de son poste. Il perdit son procès en diffamation contre les journaux et fut contraint de payer les frais de justice, mais fut acquitté de l’assassinat de Minzoni. En 1947, un nouveau procès s’ouvrit à la cour d’Assises de Ferrare. Balbo, qui était mort dans un accident d’avion à Tobrouk en 1940, fut à nouveau acquitté (je n’ai pas réussi à trouver la confirmation de cette information, car je ne comprends pas comment on peut juger un mort) et deux hommes furent condamnés du meurtre de Minzoni.

Lors des célébrations du soixantième anniversaire de l’assassinat du prêtre, le pape Jean-Paul II écrivit à l’archevêque de Ravenna en rendant hommage à la vie et au travail de Minzoni et en soulignant la dette que les scouts catholiques avaient envers lui.

Quelque temps avant de mourir, Minzoni avait écrit: « A cœur ouvert, en priant pour mes persécuteurs, prière qui, j’espère, ne s’éteindra pas sur mes lèvres, j’attends la tourmente, la persécution, peut-être la mort pour le triomphe de la cause du Christ. » Il est mort tel qu’il l’avait demandé avant de partir à la guerre: « Je prie Dieu de me laisser mourir en accomplissant jusqu’au dernier moment mon devoir de prêtre et d’Italien, heureux de finir ma courte vie dans un sacrifice suprême. »

Minzoni - Author unknown

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