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 Filippo MazzeiFilippo Mazzei naquit le 25 décembre 1730 à Poggio a Calano, en Toscane, d’une famille noble de vignerons. Après avoir terminé ses études de médecine à Florence, il s’installa à Pise en 1752, puis à Livourne. Deux ans plus tard, il accepta la proposition d’un médecin local de l’accompagner à Smyrne, en tant que chirurgien. Mais il n’y resta pas longtemps et trouva un poste de médecin à bord d’un navire anglais qui se rendait à Londres. Il s’y établit, abandonna la pratique de la médecine et commença un commerce de produits méditerranéens, principalement de vins. Petit à petit, il s’intégra dans les salons de la bourgeoisie londonienne où il rencontra les politiciens américains, Thomas Adams et Benjamin Franklin, qui firent naître son intérêt pour les colonies américaines.

Grâce à son commerce, il avait noué des relations avec un politicien et agronome américain, Thomas Jefferson, futur président des Etats-Unis, qui le convainquit de venir s’installer en Virginie afin d’y introduire la culture de vergers et de vignes. L’Assemblée législative de Virginie accorda à Mazzei un terrain dans le comté d’Augusta et, en 1773, Mazzei partit avec un petit groupe d’agriculteurs toscans. Sur le chemin de la vallée de Shenandoah où se trouvaient ses terres, Mazzei s’arrêta à Monticello, le domaine de Jefferson, pour lui faire une visite de courtoisie. L’Américain rêvait de créer un havre méditerranéen dans les collines de Virginie et il céda à Mazzei une parcelle en bordure de son domaine afin que l’expérience puisse être faite aux abords de Monticello. Mazzei acheta des acres supplémentaires et fonda un domaine qu’il nomma Colle, en souvenir du village de Colle di Val d’Elsa en Toscane où sa famille possédait des terres. Les oliviers, orangers, citronniers et vignes amenés d’Italie ne survécurent pas à l’expérience, au contraire de l’amitié entre les deux hommes qui dura jusqu’à la mort de Mazzei.

Influencé par Jefferson, Mazzei se tourna alors vers la politique et soutint activement le mouvement pour l’indépendance des colonies américaines. Il écrivit plusieurs essais contre le régime oppressif britannique, faisant l’éloge de la liberté et de l’égalité. Elu président de la paroisse locale seulement six mois après son arrivée, il défendit et répandit les idées de Jefferson sur la liberté de culte. Quant à Jefferson, il s’inspira des Instructions of the Freeholders of Albemarle County to their Delegates in Convention de Mazzei pour écrire le projet de la constitution de l’état de Virginie et il emprunta certaines idées de Mazzei dans sa rédaction de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis. Lorsque le futur président américain John F. Kennedy écrivit A Nation of Immigrants en 1958, il rendit hommage à Mazzei en lui attribuant la paternité de la fameuse doctrine « All men are created equal ».

All_men_are_created_equal - Author: Mazzei et Jefferson

Mazzei s’engagea dès le début de la guerre d’indépendance comme simple soldat aux côtés des patriotes américains, mais il fut décidé, en 1778, qu’il serait plus utile en Europe à collecter des fonds et envoyer des armes en Virginie. Ayant reçu la citoyenneté de Virginie, il retourna aux Etats-Unis en 1783, mais fut déçu de ne pas être nommé à un poste consulaire (n’étant pas né sur le sol américain) et il quitta définitivement les Etats-Unis en 1785.

En 1788, Mazzei publia en français une histoire en quatre volumes des colonies (Recherches et politiques historiques sur les Etats-Unis de l’Amérique septentrionale), qui devint une référence sur la révolution américaine en contrepoids à la propagande britannique et à la censure française. En parcourant l’Europe pour diffuser ses idées, il se fit l’ambassadeur officieux de la cause américaine. La renommée et le succès de son livre conduisirent à sa nomination de chargé d’affaires à Paris du roi éclairé Stanislas II de Pologne, puis à celle de conseiller privé du roi à Varsovie, où il resta jusqu’à ce que la partition de la Pologne en 1795 le force à prendre sa retraite. Le tsar Alexandre Ier lui accorda une pension et Mazzei se retira à Pise où il écrivit ses mémoires, qui paraîtront de manière posthume en 1848. Ses amis américains, surtout Jefferson, insistèrent pour qu’il revienne en Virginie, mais Mazzei préféra rester à Pise, où il mourut en 1816.

Parmi la nombreuse correspondance écrite entre Jefferson et Mazzei, une lettre poursuivit Jefferson jusqu’à la fin de sa vie. Le 24 avril 1796, il confia sa déception à Mazzei suite au traité de Londres de 1795, signé par une administration à Washington aussi « anglicane, monarchique et aristocratique » que l’Angleterre, qui nomme des politiciens « timides qui préfèrent le calme du despotisme à la mer orageuse de la liberté », … « des apostats … qui étaient des Samsons dans le combat et des Salomons en politique, mais qui ont eu leur tête rasée par la catin d’Angleterre. » Mazzei trahit son ami en envoyant cette lettre privée à plusieurs éditeurs à Florence et aux Pays-Bas. Elle fut publiée en France dans le Moniteur Universel le 25 janvier 1797. Le journal traversa l’Atlantique et la lettre fut publiée le 2 mai aux Etats-Unis où elle causa une vive controverse. Jefferson ne se prononça jamais publiquement sur ce sujet, mais l’amitié déjà fragile entre l’ancien président américain George Washington (du Parti fédéraliste) et Jefferson (du parti républicain-démocrate) n’y survécut pas. Par contre, quelles que furent les leçons que Jefferson tira de cette mésaventure, il ne retira jamais son amitié à Mazzei.

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