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Emilio Alessandrini naquit à Penne dans les Abruzzes en août 1942. En décembre 1946, sa famille déménagea à Pescara où le jeune Emilio fit ses écoles au lycée D’Annunzio jusqu’à l’obtention du baccalauréat classique en 1960. En 1964, il obtint sa licence de droit à l’université de Naples. De mars 1966 à juin 1967, il effectua son service militaire à l’Académie aéronautique de Pozzuoli, puis à l’aéroport de Bari, en tant que sous-lieutenant.

En novembre 1967, il commença sa carrière dans la magistrature comme juge stagiaire au tribunal de Bologne et, le 16 décembre 1968, il fut nommé procureur adjoint à Milan où il se distingua très vite dans ses enquêtes sur le terrorisme des milieux d’extrême droite.

En 1972, il fut chargé d’ouvrir avec son collègue Luigi Rocco Fiasconaro une nouvelle section en charge des crimes strictement financiers, ainsi que de la lutte contre la contrebande et les trafics de drogue. Parallèlement, il mena l’enquête sur l’attentat de la Piazza Fontana du 12 décembre 1969. L’enquête se révéla vite être une des plus difficiles de l’après-guerre, impliquant non seulement des milieux d’extrême droite néo fascistes, mais également des individus liés aux services secrets. Le 6 février 1974, Alessandrini déposa un acte d’accusation détaillé contre les cellules néo fascistes dirigées par Franco Freda et Giovanni Ventura, qui servit de point de référence à tous ceux qui furent amenés à s’occuper ultérieurement de l’affaire.

A l’issue de son enquête sur le massacre de la Piazza Fontana, Alessandrini continua à être intéressé par les organisations révolutionnaires, en particulier par celles de l’extrême gauche. Il fut l’un des premiers juges à tenter de comprendre les racines et les motivations de ce phénomène, non seulement du point de vue juridique, mais aussi sur le plan social. Il participa à la réforme des codes juridiques et fit partie de la direction de la revue Giustizia e Costituzione avec d’autres magistrats, tels que Guido Galli, Girolamo Minervini et Girolamo Tartaglione.

Son travail, sa diligence et son engagement attirèrent rapidement l’attention des groupes terroristes d’extrême gauche qui voyaient en lui une menace à cause de son intelligence et à ses capacités professionnelles. Il avait ouvert entre autres une enquête sur l’Autonomia Operaia de Milan qui mènera à l’arrestation des chefs du mouvement le 7 avril 1979.

Mais le magistrat n’eut pas l’occasion de se réjouir des fruits de son travail. Dans la matinée du 9 janvier 1979, alors qu’il se rendait à son travail après avoir accompagné son fils à l’école, il fut abattu par cinq hommes armés à l’intersection de la viale Umbria et la via Muratori à Milan. Atteint de huit balles, il mourut sur le champ. Plus de 200 000 personnes assistèrent à ses funérailles, exprimant l’indignation des magistrats, des politiciens et des citoyens. Le journaliste Walter Tobagi, qui sera lui-même abattu par des terroristes un peu plus d’un an plus tard, écrivit dans le Corriere della Sera: « Il était le symbole des juges libéraux mais intransigeants, ni faucon bavard, ni colombe soumise ».

Emilio Alessandrini - Author Silvestre: Loconsolo

Ses assassins réussirent à s’enfuir en lançant des bombes fumigènes. Quelques heures plus tard, la Prima Linea, un groupe terroriste communiste, revendiqua l’attentat. L’enquête débuta difficilement, mais en mai 1980, un terroriste « repenti », Roberto Sandal, révéla à la justice le nom des assassins. Il fut décidé d’ouvrir une procédure unique pour juger toutes les activités de la Prima Linea de 1976 à 1980. A la fin de l’enquête, le 10 mars 1983, 124 prévenus furent mis en accusation. Le procès dura du 30 mai au 10 décembre 1983 à la cour d’assises de Turin. Après douze jours de délibérations, le tribunal condamna à la prison à vie Sergio Segio et à vingt-quatre ans et six mois de prison Bruno Rossi Palombi. Les trois autres assassins reçurent des peines inférieures, grâce à une loi qui accordait des remises de peine aux « repentis ».

Emilio Alessandrini fut une des victimes parmi des dizaines d’autres des groupes terroristes pendant les années de plomb. Ses amis de la Giustizia e Costituzione (Galli, Minervini et Tartaglione) furent également abattus entre 1978 et 1980. La liste pour les citer tous serait bien longue.

Alessandrini - Author unknownLien externe

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