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Villa Adriana

L’Empire romain connut une rupture dans sa politique d’expansion territoriale à l’arrivée d’Hadrien sur le trône en 117 apr. J.-C. Alors que son prédécesseur, Trajan, avait étiré les limites de l’Empire à leur maximum, Hadrien s’attacha à le pacifier et à l’organiser tout en consolidant les frontières. Il fut le premier empereur à appliquer une politique strictement défensive et passa dix ans à sillonner les provinces pour accélérer le processus de leur intégration dans l’Empire et renforcer l’autorité de l’administration centrale. Il fit de l’Empire non plus un état centré sur une seule cité, mais un monde formé de provinces et ouvert aux influences extérieures.

De formation intellectuelle romaine, Hadrien était un esthète, un homme raffiné attiré par les lettres grecques et les traditions égyptiennes. Il établit un vaste programme de construction de monuments à Athènes, fonda une ville  à la mémoire de son favori Antinoüs sur les bords du Nil, et reconstruisit le Panthéon à Rome, sur les fondations de celui de Marcus Vipsanius Agrippa, détruit par un incendie en 110 de notre ère. Ce fut lui qui posa les bases du nouveau mausolée funéraire impérial sur la rive droite du Tibre, plus connu de nos jours sous le nom de château Saint-Ange, et il commença le chantier de l’immense temple de Vénus et de Rome entre le Colisée et le Forum romain.

Villa-Hadriana-map - Author: Ursus

En 118, il entreprit la construction d’une résidence impériale éloignée de Rome pour échapper à la chaleur estivale. Son choix se porta sur un plateau légèrement vallonné, enserré entre deux petits cours d’eau, où se trouvait déjà une villa appartenant à sa femme, situé sur les pentes des monts Tiburtins à 30 kilomètres de la ville (l’actuelle Tivoli). La zone comprenait de nombreuses carrières et était approvisionnée en eau par les aqueducs de l’Aqua Marcia et de l’Aqua Claudio. L’empereur conçut un vaste complexe réparti sur 120 hectares, comprenant, outre le palais impérial, des bâtiments administratifs, des bibliothèques, des thermes, des théâtres et des promenades, insérés dans un ensemble de jardins et d’espaces verts agrémentés de fontaines et de plans d’eau. Passionné par l’architecture, il dessina lui-même quelques bâtiments, montrant une préférence pour les édifices à coupole. D’après l’étude du système de canalisations et des égouts, il est possible que l’ensemble ait été conçu dans sa globalité dès le départ, malgré l’impression de libre improvisation provoquée par la répartition dissymétrique et disséminée des constructions.

maquette - Author: dalbera

Le chantier dura vingt ans à des rythmes plus ou moins soutenus. Hadrien en fit peu à peu sa résidence principale et, à la fin de sa vie, la villa était devenue le symbole d’un pouvoir qui était devenu progressivement absolu, avec une imposante cour de 3 000 personnes qui y demeuraient de manière permanente. Après la mort d’Hadrien en 138, ses successeurs préférèrent revenir au palais impérial de Rome, mais la villa continua cependant à être agrandie et embellie. A la chute de l’Empire, elle fut mise à sac et pillée par les hordes successives d’envahisseurs barbares et finit par tomber à l’abandon. Elle fut redécouverte au XVe siècle grâce à l’historien Flavio Biondo et, au XVIe siècle, le cardinal Hippolyte II d’Este entreprit des fouilles pour récupérer des marbres et des objets d’art destinés à orner sa villa d’Este située à proximité. En 1870, le domaine devint la propriété de l’état italien et à partir des années 1950, des fouilles furent effectuées avec des techniques modernes. La plus grande partie du site reste néanmoins à explorer.

teatro maritimo - Author: dalbera

Les ruines visibles de nos jours couvrent environ 40 hectares. Le Théâtre maritime est parmi les mieux conservées. C’était une petite villa située au milieu d’un bassin rond entouré d’un mur et de colonnes. L’île pouvait être atteinte par un pont-levis et la villa servait de lieu d’isolement et de recueillement à l’empereur. Elle disposait d’un portique, d’un atrium, de quelques pièces, d’un petit jardin et de thermes. Les colonnes ioniques indiquent que le style choisi était d’influence grecque.

Canope - Author: Jastrow

Un autre monument remarquable est le Canope, un bassin long de 119 mètres et large de 18 mètres. Il devait son nom à une ville égyptienne réputée pour ses cultes d’Isis et de Sérapis et était dédié à Antinoüs. Le bassin symbolisait un antique canal qui reliait les deux villes égyptiennes d’Alexandrie et de Canope. Il était bordé par une double rangée de colonnes corinthiennes à l’est et une colonnade simple à l’ouest, complétée de quatre copies des caryatides de l’Erechthéion d’Athènes et de deux statues de Silènes. Au sud, un édifice couvert d’une demi-coupole contenait des statues d’Antinoüs et de divinités égyptiennes et servait vraisemblablement de lieu pour se reposer et de salle de banquet. Au nord, une colonnade surmontée d’architraves horizontales et en arc était ornée de statues d’Arès, d’Hermès et d’Athena.

Poikile - Author: Jastrow

Un peu plus au nord du Canope, le Pécile (du grec poikilé ) était une reproduction d’une imposante structure d’Athènes connue pour ses peintures et ses associations avec les philosophes stoïciens, et consistait en un vaste péristyle rectangulaire. Ses murs imposants, dotés de colonnades tout du long, ont en partie survécu. La partie centrale de l’enceinte était occupée par un bassin rectangulaire entouré par un espace libre, peut-être utilisé comme champ de courses.

Le Palais était formé d’un ensemble de salles groupées autour d’une cour relativement simple, contrairement à la Piazza d’Oro (nom moderne révélateur de la riche décoration architecturale et sculpturale découverte au XVe siècle avant son dépouillement systématique le siècle suivant). Au centre du bâtiment, un grand jardin central était entouré d’un péristyle à double colonnade en marbre cipolin et en granit égyptien et orné de statues en marbre et de portraits de l’empereur et de sa femme. Les détails architecturaux semblent indiquer que cette partie était réservée aux fonctions publiques du palais.

Olivo a Villa Adriana

En dehors de ces structures, la villa comportait un complexe très étendu d’aménagements souterrains, avec des cryptoportiques et des galeries utilisées pour les communications internes et comme entrepôts ou écuries pour les chevaux.

Depuis 1999, la Villa Adriana fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO, car elle est considérée comme un chef-d’oeuvre qui réunit de façon unique les meilleurs éléments des cultures matérielles d’Egypte, de Grèce et de Rome.

Tivoli - Author: NordNordWest

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