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Vanoni Ezio

Ezio Vanoni naquit en 1903 à Morbegno, dans la Valteline. Il était le fils aîné d’une famille aisée grâce aux professions de son père (greffier) et de sa mère (enseignante). Le jeune Ezio fut cependant marqué par la profonde pauvreté dont souffrait alors la région. Il suivit l’école élémentaire à Morbegno, alla au lycée de Sondrio et passa son diplôme de droit en 1925 au Collège Ghislieri de Pavie avec une thèse intitulée « Nature et interprétation des lois fiscales ».

Pendant ses études, il s’intéressa à la politique et adhéra au Groupe des étudiants socialistes en opposition aux associations universitaires fascistes. Mais à l’obtention de son diplôme, à cause de la montée totalitariste du fascisme, il abandonna la politique et se consacra entièrement aux études et à sa carrière.

Entre 1926 et 1927, il devint l’assistant bénévole de Benvenuto Griziotti à l’Institut juridique de l’université de Pavie et travailla sur une thèse intitulée « La réévaluation de la lire et l’équilibre économique ».

En 1928, il obtint une bourse d’études de deux ans de la Fondation Rockefeller pour étudier en Allemagne. Pendant son séjour en Allemagne, il approfondit ses études en sciences économiques et en droit financier et acquit une large connaissance dans le secteur financier. Il développa également la conception que l’Etat devait être une entité d’abord morale avant d’être politique.

En 1930, il fut nommé professeur en finances publiques et en droit financier à l’université de Cagliari. Après un court passage à Milan, il fut nommé, de 1933 à 1936, à l’université de Rome. Ces années furent extrêmement importantes pour sa formation idéologique et politique. Il retrouva ses anciens camarades du Collège Ghislieri et rencontra des représentants du « parti catholique », comme Sergio Paronetto, Alcide De Gasperi et Guido Gonella, qui ravivèrent sa vocation politique et sa foi religieuse.

De 1937 à 1938, il fut nommé à l’université de Pavie et fonda, avec Griziotti et Mario Pugliese, la Rivista di scienza delle finanze e diritto finanziario. En 1928, il publia un article sur les problèmes de la codification fiscale, dans lequel transparaissait l’influence de Paronetto et de ses amis romains. En 1938, il adhéra au parti fasciste, ce qui lui permit d’obtenir la chaire d’enseignement des sciences économiques à l’Institut supérieur d’Economie et de Commerce de Venise.

De 1941 à 1944, avec Paronetto, Giuseppe Capograssi et Pasquale Saraceno, il participa à la rédaction du Codice di Camaldoli, un programme de politique économique pensé sur le modèle du Codice di Malines de 1927. Ce document de 76 articles, clairement anti-fasciste et définissant l’Etat comme une entité morale et la politique comme une science ayant pour but la justice sociale, s’adressait à toutes les consciences catholiques qui se devaient de réagir face à l’état de torpeur idéologique dans lequel les avait entraînées le fascisme.

A partir de 1943, l’activité politique de Vanoni s’intensifia, mais il vécut la fin de la guerre dans la clandestinité de la résistance à l’invasion allemande. A la libération de Rome, en juin 1944, il fut nommé à divers postes: commissaire à la Banca Nazionale dell’Agricoltura; conseiller national de la Démocratie chrétienne; député pour la Démocratie chrétienne à l’Assemblée constituante élue le 2 juin 1946;  expert pour les questions économiques et financières dans la délégation menée par De Gasperi à la Conférence de paix de Paris; membre de la Commission des 75 pour l’élaboration d’une constitution républicaine.

Entre 1943 et 1946, il publia quatre articles qui représentent ses idées sur la justice sociale: La finanza e la giustizia sociale, La persona umana nella pubblica economia, Il nostro programma sociale et La nostra via, ce dernier document contenant, plus que les autres, ses réflexions sur le meilleur système politique et économique à choisir pour parvenir à une véritable justice sociale.

En 1947, Vanoni fut nommé ministre du Commerce extérieur dans le troisième gouvernement de De Gasperi. L’expérience fut de courte durée (quatre mois) et faillit mettre un terme à sa carrière politique, suite à des accusations formulées au parlement par le député indépendant Finocchiaro Aprile sur le salaire soit-disant démesuré qu’il aurait reçu alors qu’il était commissaire à la Banca Nazionale dell’Agricoltura.

Lors des élection du 18 avril 1948, Vanoni fut élu sénateur et devint ministre des Finances. Il fut toujours soutenu par De Gasperi qui voyait et reconnaissait l’exhaustivité et la clairvoyance de ses idées dans le domaine économique. Le fil conducteur des réformes de Vanoni était la conviction que l’économie publique devait servir l’homme et non l’inverse. En particulier, l’objectif de la politique économique devait être de s’assurer que toutes les personnes vivent une vie libre et digne, en maintenant la stabilité de l’emploi et en assurant une rémunération adéquate à chacun. Il est à noter que, malgré le passé socialiste de Vanoni, il n’était pas partisan des théories keynésiennes sur l’intervention de l’Etat dans l’économie.

Dès son arrivée au gouvernement, Vanoni travailla sur la réforme fiscale dans le but de parvenir, à travers une justice fiscale, à une véritable démocratie. Mais avant de pouvoir réformer le système légal, il lui fut d’abord nécessaire de révolutionner les esprits en convainquant les Italiens de leurs responsabilités et de leurs obligations vis-à-vis des impôts. En 1951, il réussit à faire passer la réforme fiscale qui porte son nom en introduisant l’obligation pour chacun de remplir une déclaration de revenus.

La réforme du système fiscal ne pouvait se faire sans une réorganisation radicale de l’administration financière. En tant que ministre des Finances, Vanoni entreprit une transformation complète de son administration. Il organisa, entre autres, la fondation d’une école supérieure pour la formation des fonctionnaires du ministères des Finances sur les questions fiscales. Malheureusement, il mourut en 1956, une année avant son inauguration, d’une crise cardiaque au Palazzo Madama, après avoir prononcé un discours devant le Sénat, où il avait rappelé l’inspiration de son travail appelant à une plus grande justice pour les humbles et les pauvres.

Il reçut de manière posthume, quelques mois après sa mort, la médaille d’or à la valeur civile.

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